Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra : l’homme doit-il être dépassé ?
Et si l’homme actuel n’était pas le point final ? Un pont, écrit Zarathoustra, et non un but.

Le texte et son importance#
Le texte
- Auteur
- Friedrich Nietzsche
- Œuvre
- Ainsi parlait Zarathoustra
- Date
- 1883-1885
- Passage
- Prologue de Zarathoustra, §3
- Langue du passage cité
- traduction française d’Henri Albert (1903)
Lorsque le texte français est cité ici, il s’agit de la traduction d’Henri Albert (1903), libre de droits.
Pourquoi ce texte est indispensable#
Avant de lire#
Le passage à connaître#
« L’homme est quelque chose qui doit être surmonté. »
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Prologue, §3 (trad. Henri Albert, 1903)
Plus loin, une autre formule synthétise cette conception : « l’homme est un pont et non un but ».
Voilà les deux formules à connaître.
En français très simple#
La thèse#
La thèse
L’humain n’est peut-être pas une essence à conserver intacte mais une forme de vie capable de se dépasser.
Les 3 idées#
Les 3 idées
- 1
L’homme n’est plus la mesure absolue
L’humanisme peut être tenté de dire : « L’homme possède une valeur centrale. »
Nietzsche demande : quel homme ? Conformiste ? Créateur ? Faible ? Puissant ? Satisfait ? Capable de dépasser les valeurs reçues ?
Le mot « humanité » cesse donc d’être automatiquement rassurant. Il devient question sur la forme de vie que nous voulons produire.
- 2
Le Surhumain n’est pas une « race supérieure »
C’est un contresens majeur.
Le Surhumain ne doit pas être présenté comme programme racial ou biologique. Le passage s’inscrit dans une pensée du dépassement, de la création de valeurs et de la transformation de soi.
Nietzsche critique d’ailleurs brutalement la simple satisfaction collective. Son adversaire est notamment la figure du dernier homme, qui ne désire plus de grands dépassements.
- 3
Le dépassement est d’abord axiologique
Ce qui doit être surmonté n’est pas d’abord un corps : ce sont des valeurs reçues, figées, et la satisfaction qui les accompagne.
Nietzsche face à Kant, Rousseau, Darwin#
Nietzsche contre Kant
Magnifique confrontation.
Kant : il existe dans L’humanité une valeur qui doit être respectée universellement.
Nietzsche : pourquoi votre morale devrait-elle devenir la loi universelle de toute forme humaine future ?
La question est très difficile. Un universalisme protège contre la domination arbitraire. Mais peut-il également produire uniformité et nivellement ? Nietzsche force l’universalisme à justifier ses propres valeurs.
Nietzsche et Rousseau
Les deux refusent une humanité entièrement fixe.
Rousseau : perfectibilité. L’homme peut changer.
Nietzsche : dépassement. L’homme doit devenir autre.
Mais surtout ne pas les confondre. Rousseau analyse notamment l’histoire sociale de l’homme. Nietzsche mène une généalogie et une réévaluation des valeurs.
Nietzsche et Darwin
Encore un rapprochement séduisant mais à manier avec précision.
Nietzsche écrit dans un monde profondément transformé par les sciences de l’évolution.
Mais le Surhumain n’est pas simplement la prochaine espèce biologique produite par la sélection naturelle. Le dépassement dont il parle est également culturel, spirituel, axiologique.
Darwin explique l’évolution. Nietzsche interroge la valeur du devenir humain.
Le transhumanisme peut-il le récupérer ?#
Le transhumanisme peut-il récupérer Nietzsche ?
Le mot dépassement invite évidemment au rapprochement.
Le transhumanisme demande : pourquoi ne pas dépasser technologiquement certaines limites biologiques ?
Mais le raccourci Surhomme = humain augmenté est très mauvais.
Un homme doté d’un QI supérieur, d’une vie de 500 ans, de muscles renforcés pourrait parfaitement rester, dans une perspective nietzschéenne, un individu conformiste incapable de créer de nouvelles valeurs.
La puissance technique ne suffit pas au dépassement philosophique.
« Un pont et non un but »#
« Un pont et non un but »
Voilà probablement l’image la plus intéressante pour notre thème.
Un pont n’existe pas pour qu’on s’y installe. Il relie un point à un autre.
Dire que l’homme est un pont signifie : l’humanité actuelle est transition.
Cette idée s’oppose à toute représentation figée, satisfaite, définitive de l’être humain.
Ce qu’il ne faut pas lui faire dire#
Pour viser plus haut#
À apprendre par cœur#
À apprendre par cœurCitation exacte
« L’homme est quelque chose qui doit être surmonté. »
Et : « l’homme est un pont et non un but ».
Puis savoir expliquer : l’homme comme transition, non comme forme finale.
Dans quels sujets ?#
À confronter avec#
À confronter avec
- KantUniversalité morale / critique de l’universel.
- RousseauPerfectibilité / dépassement.
- DarwinÉvolution biologique / dépassement philosophique.
- JonasTransformation possible de l’humain / responsabilité envers l’avenir.
- TranshumanismeDépassement des limites par la technologie.
- 2001 : l’Odyssée de l’espaceL’homme comme étape dans une histoire qui pourrait le dépasser.
Fiche mémoire#
Fiche mémoire
- Auteur
- Nietzsche
- Texte
- Zarathoustra
- Image
- pont
- Concept
- dépassement
- Figure
- Surhumain
- Adversaire
- homme satisfait / valeurs figées
- Piège
- Surhumain = surhomme biologique
Les textes 6 à 10#
Cinq nouveaux visages de L’humanité
| Texte | L’homme apparaît comme… | Question essentielle |
|---|---|---|
| Pascal | un être faible qui sait sa faiblesse | Notre grandeur vient-elle de la conscience ? |
| Hobbes | un être vulnérable face à ses semblables | Pourquoi faut-il une société politique ? |
| Épicure | un mortel troublé par la représentation de sa mort | Comment vivre sans être paralysé par notre fin ? |
| Nietzsche | un passage et non un terme | L’homme actuel doit-il être dépassé ? |
| Frankenstein | un créateur devenu responsable de sa création | Que devons-nous à ce que nous faisons entrer dans le monde ? |
Le grand parcours des 10 premiers textes
- 1
L’homme doit fabriquer ce que la nature ne lui a pas donné.
- 2
Mais sa culture déforme facilement le regard qu’il porte sur les autres hommes.
- 3
Il est perfectible : son humanité possède une histoire.
- 4
Chaque personne ne doit jamais être réduite à une simple utilité.
- 5
Cette personne humaine appartient pourtant à l’histoire animale du vivant.
- 6
Elle est vulnérable, mais consciente de sa vulnérabilité.
- 7
Sa vulnérabilité face aux autres rend nécessaire une organisation politique.
- 8
Sa mortalité ne doit pas empêcher sa vie d’être heureuse.
- 9
Nietzsche
Mais rien n’oblige à considérer l’homme actuel comme le dernier mot de L’humanité.
- 10
Et si l’homme crée de nouvelles formes d’existence, sa puissance nouvelle crée de nouvelles responsabilités.
En dix textes, l’étudiant possède déjà une véritable philosophie transversale de L’humanité.
Le test des 10 textes
6. Sujet : « L’homme est-il faible ? » Quelle référence permet de répondre simultanément oui et non ?
7. Sujet : « Qu’est-ce qui peut transformer l’égalité humaine en conflit ? » Quelle référence mobiliser ?
8. Sujet : « Notre mortalité condamne-t-elle le bonheur ? » Quelle référence mobiliser ?
9. Sujet : « Faut-il préserver L’humanité telle qu’elle est ? » Quelle référence mobiliser ?
10. Sujet : « La puissance crée-t-elle des devoirs ? » Quelle référence mobiliser ?
Les 10 réflexes à avoir
- Sujet sur Technique→ Platon / Frankenstein
- Sujet sur Culture→ Montaigne / Rousseau
- Sujet sur Dignité→ Kant
- Sujet sur Animalité→ Darwin
- Sujet sur Finitude→ Pascal / Épicure
- Sujet sur Violence→ Hobbes
- Sujet sur Dépassement→ Nietzsche
- Sujet sur Responsabilité technologique→ Frankenstein
- Sujet sur Nature humaine→ Rousseau / Darwin
- Sujet sur Humanité comme contradiction→ Pascal
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Sources
- Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885), Prologue, §3 - traduction française d’Henri Albert (1903), libre de droits, Wikisource

