Épicure, Lettre à Ménécée : pourquoi craignons-nous la mort ?
Une petite machine logique : si la mort est privation de sensation, quel sujet pourrait en faire l’expérience ?

Le texte et son importance#
Le texte
- Auteur
- Épicure
- Œuvre
- Lettre à Ménécée
- Date
- fin du IVe / début du IIIe siècle av. J.-C.
- Passage
- argument sur la mort
La traduction française citée ici est une traduction ancienne (Octave Hamelin), libre de droits.
Pourquoi ce texte est indispensable#
Avant de lire#
Le passage à connaître#
« la mort n’est rien pour nous »
Épicure, Lettre à Ménécée (trad. française ancienne d’Octave Hamelin, libre de droits, Wikisource)
Puis : « quand la mort existe, nous ne sommes plus ».
C’est suffisant. Pas besoin d’apprendre vingt lignes.
En français très simple#
La thèse#
La thèse
La sagesse consiste à empêcher l’idée de notre mort future de détruire la vie présente.
Les 3 idées#
Les 3 idées
- 1
Le problème est la peur présente
La mort future ne me fait pas actuellement souffrir physiquement.
Mais la représentation de la mort peut empoisonner ma vie actuelle. Un mal imaginaire futur produit un mal psychique réel présent.
La philosophie doit donc corriger notre représentation.
- 2
L’immortalité n’est pas nécessaire au bonheur
Épicure compare la vie à un repas : le sage ne cherche pas nécessairement la plus grande quantité, mais ce qui est agréable.
Autrement dit : une bonne vie n’a pas besoin d’être une vie infinie.
Idée exceptionnellement utile contre une version simpliste du transhumanisme : plus longtemps = nécessairement mieux.
- 3
Le but est la vie, pas la mort
Le texte ne cherche pas à célébrer la mort : il veut libérer la vie de la crainte qui la paralyse.
L’argument peut être contesté#
Mais l’argument d’Épicure peut être contesté
Voilà pourquoi le texte est philosophiquement passionnant.
Supposons que vous mouriez demain alors que vous auriez pu vivre soixante années heureuses. Vous ne souffrirez pas d’être mort. Mais n’avez-vous rien perdu ?
Une réponse célèbre consiste à dire : la mort peut être mauvaise comme privation des biens qu’aurait contenus la vie supplémentaire. C’est la grande critique privationniste étudiée dans la philosophie contemporaine de la mort.
Ainsi : Épicure - le mort ne ressent aucun dommage.
Objection - mais sa mort peut lui avoir retiré une continuation de vie qui aurait été bonne.
Le duel est excellent.
Mort, mourir et deuil#
Mort, mourir et deuil doivent être distingués
Trois problèmes.
Mourir : le processus peut être douloureux.
Être mort : c’est le problème épicurien.
Perdre quelqu’un : c’est le problème des survivants.
Une dissertation qui mélange les trois devient immédiatement confuse.
Épicure, Pascal et l’immortalité#
Épicure et Pascal : le duel parfait
Épicure : neutraliser intellectuellement la peur de la mort.
Pascal : notre volonté permanente de ne pas regarder notre condition est elle-même révélatrice.
La question : faut-il cesser de penser à la mort ou apprendre à la penser correctement ?
Épicure et l’immortalité
Le texte permet une question étonnamment contemporaine.
Si nous pouvions vivre mille ans, serions-nous nécessairement mille fois plus heureux ?
Épicure répondrait probablement que la durée ne constitue pas à elle seule la mesure du bonheur. Le véritable problème reste : quelle vie menons-nous ?
Ce qu’il ne faut pas lui faire dire#
Pour viser plus haut#
À apprendre par cœur#
À apprendre par cœurCitation exacte
« la mort n’est rien pour nous »
Puis être capable de produire le raisonnement :
vivant → la mort absente ; mort → le sujet sensible absent.
Sans ce raisonnement, la citation ne sert presque à rien.
Dans quels sujets ?#
À confronter avec#
À confronter avec
- PascalDivertissement et conscience de la mort.
- HeideggerLa mort comme possibilité structurant l’existence.
- Bernard WilliamsL’immortalité pourrait-elle devenir insupportable ?
- TranshumanismeAllonger la vie est-il nécessairement un progrès ?
- JonasLa mort individuelle et la continuation collective ne sont pas les mêmes problèmes.
Fiche mémoire#
Fiche mémoire
- Auteur
- Épicure
- Texte
- Lettre à Ménécée
- Question
- peur de la mort
- Principe
- bien/mal supposent sensation
- Mort
- absence de sensation
- But
- mieux vivre
- Piège
- « la mort des autres ne compte pas »
Les textes 6 à 10#
Cinq nouveaux visages de L’humanité
| Texte | L’homme apparaît comme… | Question essentielle |
|---|---|---|
| Pascal | un être faible qui sait sa faiblesse | Notre grandeur vient-elle de la conscience ? |
| Hobbes | un être vulnérable face à ses semblables | Pourquoi faut-il une société politique ? |
| Épicure | un mortel troublé par la représentation de sa mort | Comment vivre sans être paralysé par notre fin ? |
| Nietzsche | un passage et non un terme | L’homme actuel doit-il être dépassé ? |
| Frankenstein | un créateur devenu responsable de sa création | Que devons-nous à ce que nous faisons entrer dans le monde ? |
Le grand parcours des 10 premiers textes
- 1
L’homme doit fabriquer ce que la nature ne lui a pas donné.
- 2
Mais sa culture déforme facilement le regard qu’il porte sur les autres hommes.
- 3
Il est perfectible : son humanité possède une histoire.
- 4
Chaque personne ne doit jamais être réduite à une simple utilité.
- 5
Cette personne humaine appartient pourtant à l’histoire animale du vivant.
- 6
Elle est vulnérable, mais consciente de sa vulnérabilité.
- 7
Sa vulnérabilité face aux autres rend nécessaire une organisation politique.
- 8
Épicure
Sa mortalité ne doit pas empêcher sa vie d’être heureuse.
- 9
Mais rien n’oblige à considérer l’homme actuel comme le dernier mot de L’humanité.
- 10
Et si l’homme crée de nouvelles formes d’existence, sa puissance nouvelle crée de nouvelles responsabilités.
En dix textes, l’étudiant possède déjà une véritable philosophie transversale de L’humanité.
Le test des 10 textes
6. Sujet : « L’homme est-il faible ? » Quelle référence permet de répondre simultanément oui et non ?
7. Sujet : « Qu’est-ce qui peut transformer l’égalité humaine en conflit ? » Quelle référence mobiliser ?
8. Sujet : « Notre mortalité condamne-t-elle le bonheur ? » Quelle référence mobiliser ?
9. Sujet : « Faut-il préserver L’humanité telle qu’elle est ? » Quelle référence mobiliser ?
10. Sujet : « La puissance crée-t-elle des devoirs ? » Quelle référence mobiliser ?
Les 10 réflexes à avoir
- Sujet sur Technique→ Platon / Frankenstein
- Sujet sur Culture→ Montaigne / Rousseau
- Sujet sur Dignité→ Kant
- Sujet sur Animalité→ Darwin
- Sujet sur Finitude→ Pascal / Épicure
- Sujet sur Violence→ Hobbes
- Sujet sur Dépassement→ Nietzsche
- Sujet sur Responsabilité technologique→ Frankenstein
- Sujet sur Nature humaine→ Rousseau / Darwin
- Sujet sur Humanité comme contradiction→ Pascal
Où en es-tu ?
Crée ton compte gratuit pour garder la trace de ce que tu as appris, sur tous tes appareils.
Ton geste est conservé : il s’applique tout seul dès que tu es connecté. Toutes les pages restent lisibles sans compte.
À lire ensuite
Les suites de lecture les plus proches de cette page, calculées automatiquement.
- Étape suivante recommandéePascal, Pensées : l’homme est-il grand ou misérable ?Concours18 min de lecture
- Étape suivante recommandéeNietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra : l’homme doit-il être dépassé ?Concours20 min de lecture
- Étape suivante recommandéeLa mortalité fait-elle partie de notre humanité ?Concours24 min de lecture
- Étape suivante recommandéeUne humanité immortelle serait-elle encore humaine ?Concours24 min de lecture
Sources
- Épicure, Lettre à Ménécée - traduction française ancienne d’Octave Hamelin, libre de droits, Wikisource

