Humanité : définition simple et complète
Le mot « humanité » paraît évident. Nous l’utilisons constamment : nous parlons de l’histoire de l’humanité, d’un crime contre l’humanité, d’un homme plein d’humanité ou encore des humanités classiques.
Mais avez-vous remarqué quelque chose d’étrange ? Le même mot désigne à la fois tous les êtres humains et une qualité morale que tous les êtres humains ne possèdent pas nécessairement.
C’est précisément là que commence la réflexion philosophique.
1. L’humanité comme condition humaine#
Dans une première phrase :
« Le langage appartient-il à l’humanité ? »
« Humanité » signifie ici ce qui caractérise l’être humain en tant qu’être humain.
Nous cherchons alors ce qui pourrait nous distinguer :
- la raison ;
- le langage ;
- la conscience ;
- la liberté ;
- la technique ;
- la culture ;
- la morale ;
- le rire ;
- la capacité de se raconter ;
- la conscience de la mort ;
- la vie politique ;
- la transmission.
C’est la première grande question du thème :
Qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains ?
Mais attention : aucune réponse n’est aussi simple qu’elle en a l’air.
Les animaux communiquent. Certains utilisent des outils. Certains manifestent des comportements sociaux complexes. La biologie nous inscrit dans l’évolution du vivant.
La frontière entre l’homme et le reste du vivant devient donc un problème, et non une évidence.
2. L’humanité comme ensemble des humains#
Lorsque nous disons :
« L’humanité devra faire face au changement climatique »,
nous ne désignons plus une propriété de l’homme.
Nous parlons de tous les êtres humains considérés comme un ensemble.
L’Académie française donne précisément ce sens : « l’ensemble des hommes ».
Cela fait surgir une autre famille de questions.
Existe-t-il réellement une humanité ?
Biologiquement, nous appartenons à la même espèce. Mais politiquement, culturellement, historiquement, linguistiquement, religieusement, les êtres humains sont extraordinairement différents.
Peut-on donc parler de « l’humanité » au singulier ?
Et, surtout :
Qu’est-ce qui transforme plusieurs milliards d’êtres humains en un « nous » ?
Voilà un problème immense.
3. Avoir de l’humanité#
Considérez maintenant cette phrase :
« Malgré la violence de la situation, il a traité son adversaire avec humanité. »
Ici, « humanité » signifie bonté, sensibilité, compassion à l’égard d’autrui, sens également enregistré par l’Académie française.
Et soudain apparaît un paradoxe magnifique.
Un homme peut être un être humain tout en « manquant d’humanité ».
Inversement, nous pouvons dire de quelqu’un :
« Il a fait preuve d’une grande humanité. »
Cela signifie que nous ne nous contentons plus de décrire ce que l’homme est.
Nous affirmons ce que l’homme devrait être.
4. Les « humanités »#
On disait autrefois d’un élève qu’il « faisait ses humanités ».
Les humanités désignent historiquement une formation fondée largement sur les langues, les textes et les cultures classiques. Le français conserve encore cette signification, notamment lorsqu’il parle des « humanités grecques et latines ».
Ce sens n’est pas anecdotique.
Il contient une idée extraordinairement forte :
On ne naîtrait peut-être pas pleinement humain : on le deviendrait aussi par l’éducation et la culture.
Lire Homère, Sophocle, Cicéron ou Montaigne ne consiste alors pas seulement à acquérir des connaissances.
La culture serait une manière de former l’homme.
Nous rencontrons déjà une question fondamentale :
Naît-on humain ou le devient-on ?
Un mot, quatre mondes
| Sens | Exemple | Question philosophique |
|---|---|---|
| Condition humaine | « Ce comportement semble propre à l’humanité. » | Qu’est-ce qui définit l’homme ? |
| Genre humain | « L’avenir de l’humanité. » | Qu’est-ce qui unit tous les hommes ? |
| Qualité morale | « Faire preuve d’humanité. » | Que signifie se comporter humainement ? |
| Culture | « Faire ses humanités. » | La culture nous rend-elle humains ? |
Voilà pourquoi ce thème est beaucoup plus vaste qu’il n’y paraît.
5. Être humain et être « humain »#
Non.
Imaginez un tortionnaire.
Biologiquement, personne ne doute qu’il soit humain.
Pourtant, devant ses actes, nous pouvons être tentés de dire :
« C’est inhumain. »
Mais que signifie exactement cette expression ?
Certainement pas :
« Cet acte a été accompli par une autre espèce. »
Nous voulons dire :
« Un être humain ne devrait pas agir ainsi. »
Le mot « inhumain » contient donc une norme morale cachée.
Et voici une question redoutable :
Si l’homme est capable de l’inhumain, l’inhumain n’appartient-il pas lui aussi à l’humanité ?
Nous retrouverons cette interrogation au cœur du dossier « Peut-on perdre son humanité ? ».
6. Humanité et dignité#
La notion moderne de dignité constitue une autre porte d’entrée essentielle.
La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 affirme l’égalité des êtres humains « en dignité et en droits ». Cette dignité n’est pas présentée comme une récompense accordée aux hommes vertueux : elle appartient à tous les membres de la famille humaine.
Cela change beaucoup de choses.
Si la dignité dépendait de notre intelligence, de notre réussite, de notre force ou de notre utilité sociale, certains êtres humains pourraient en avoir davantage que d’autres.
L’idée de dignité humaine affirme au contraire qu’il existe quelque chose chez l’homme qui interdit de le réduire à une chose.
Nous rencontrerons ici Kant.
Kant formule l’une des expressions les plus célèbres de cette idée :
« traite l’humanité […] toujours en même temps comme une fin »
Il ne s’agit pas simplement d’être gentil.
Il s’agit de ne jamais réduire une personne à un simple instrument dont on pourrait disposer à volonté.
7. Six distinctions à connaître#
Humanité ≠ homme
L’homme désigne généralement l’individu ou l’être humain.
L’humanité peut désigner sa condition ou l’ensemble des hommes.
Humanité ≠ humanisme
L’humanisme désigne notamment le mouvement intellectuel de la Renaissance centré sur la redécouverte et l’étude des textes antiques, puis, dans des sens ultérieurs, différentes conceptions accordant une valeur centrale à l’être humain.
Humanité ≠ civilisation
Une civilisation est une forme historique et culturelle particulière.
L’humanité les englobe toutes.
Humanité ≠ personne
« Personne » est une notion morale, juridique et philosophique. Une grande question contemporaine consiste précisément à savoir si la catégorie de personne doit coïncider avec celle d’être humain.
Humanité ≠ humanitaire
« Humanitaire » renvoie notamment aux actions destinées à protéger ou secourir des populations.
Humanité ≠ bonté
La bonté n’est que l’un des sens du mot.
Réduire tout le thème à « être gentil avec les autres » ferait disparaître presque toute sa profondeur.
À utiliser dans une dissertation#
3 choses à retenir
- 1« Humanité » ne possède pas une mais plusieurs significations.
- 2Le mot peut désigner à la fois ce que l’homme est et ce qu’il devrait être.
- 3Une grande partie du thème consiste à interroger le passage de l’appartenance à l’espèce humaine à la dignité, la culture et la communauté morale.
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Sources
- Académie française, Dictionnaire, 9e éd. - entrée « humanité »
- CNRTL - entrée historique et étymologique « humanité »
- Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme - Déclaration universelle des droits de l’homme

