Hobbes, Leviathan, chapitre XIII : pourquoi l’homme menace-t-il l’homme ?
La violence humaine ne suppose pas des monstres : elle peut naître de l’égalité, de la vulnérabilité et de la peur réciproque.

Le texte et son importance#
Le texte
- Auteur
- Thomas Hobbes
- Œuvre
- Leviathan
- Date
- 1651
- Passage
- chapitre XIII, « Of the Naturall Condition of Mankind »
- Langue du passage cité
- anglais (édition originale)
Le chapitre XIII est librement accessible dans l’édition anglaise originale.
Pourquoi ce texte est indispensable#
Avant de lire#
Première surprise : les hommes sont égaux#
Première surprise : les hommes sont égaux
Nous imaginons parfois que le plus fort domine naturellement tous les autres.
Hobbes refuse cette tranquillité. Même l’homme très fort peut être tué.
Par surprise. Par alliance. Par ruse.
Il affirme donc que la nature a rendu les hommes suffisamment égaux dans leurs facultés pour qu’aucun ne puisse être totalement à l’abri des prétentions des autres.
En français très simple#
Le passage à connaître#
« competition; diffidence; glory »Hobbes, Leviathan (1651), chapitre XIII, « Of the Naturall Condition of Mankind »
En français : compétition (pour le gain), défiance (pour la sécurité), gloire (pour la réputation et la reconnaissance).
Trois moteurs extrêmement utiles en dissertation.
Les 3 idées#
Les 3 idées
- 1
Compétition
Deux individus désirent le même bien rare. Conflit.
Très simple. Mais essentiel : les hommes ne possèdent pas toujours des intérêts spontanément harmonieux.
- 2
Défiance
C’est probablement l’idée la plus moderne.
Je peux vous attaquer parce que j’ai peur que vous m’attaquiez.
La peur devient cause de la menace qu’elle voulait éviter.
C’est un mécanisme que nous retrouvons entre individus, entre groupes, entre États. Le problème hobbesien dépasse largement la psychologie individuelle.
- 3
Gloire
Les hommes ne cherchent pas seulement à survivre. Ils veulent aussi reconnaissance, prestige, réputation, respect.
Une offense apparemment minuscule peut alors produire un conflit disproportionné : honneur, amour-propre, humiliation, identité. Rousseau ne sera pas très loin.
La thèse#
La thèse
L’insécurité humaine ne provient pas seulement de la méchanceté des individus : elle peut naître de leur vulnérabilité réciproque en l’absence d’une puissance commune.
Qu’est-ce que la « guerre » ?#
Qu’est-ce que la « guerre » chez Hobbes ?
Autre contresens classique.
La guerre n’est pas seulement le moment où les coups sont effectivement échangés.
Dans une traduction française ancienne, Hobbes explique que la guerre existe tant qu’il demeure une disposition reconnue à combattre et aucune assurance du contraire.
Donc : une paix armée sans sécurité véritable peut rester structurellement proche de la guerre hobbesienne.
La fameuse vie « solitary, poor… »
Hobbes décrit la condition d’une vie privée de sécurité politique comme « solitary, poor, nasty, brutish, and short ».
Mais attention : ce qui compte n’est pas la citation spectaculaire. Il faut savoir expliquer pourquoi.
Sans sécurité stable : peu d’investissement, peu de production durable, peu de commerce, peu de coopération complexe.
La politique protège donc la possibilité même d’un monde humain durable.
L’état de nature a-t-il existé ?#
L’état de nature a-t-il réellement existé ?
Ne répondez pas trop vite. Hobbes mobilise cette construction de plusieurs manières.
Il ne faut surtout pas écrire : « Hobbes décrit scientifiquement la Préhistoire. »
L’état de nature constitue surtout une expérience philosophique permettant d’isoler ce que l’absence d’autorité commune fait aux relations humaines.
La politique est donc nécessaire
Si la peur mutuelle peut produire la violence, nous avons intérêt à construire une puissance commune.
La politique devient alors l’art d’empêcher que notre vulnérabilité commune ne produise une insécurité généralisée.
Magnifique paradoxe : nous avons besoin les uns des autres précisément aussi parce que nous pouvons être dangereux les uns pour les autres.
Ce qu’il ne faut pas lui faire dire#
Pour viser plus haut#
À apprendre par cœur#
À apprendre par cœurCitation exacte
« competition; diffidence; glory »
Compétition / défiance / gloire.
Puis être capable de les expliquer.
Dans quels sujets ?#
À confronter avec#
À confronter avec
- RousseauLe grand duel. Rousseau reproche à Hobbes d’avoir projeté sur l’homme naturel des passions développées socialement.
- FreudLes institutions contiennent-elles une agressivité plus profonde ?
- CaïnLa fraternité donnée ne garantit pas la paix.
- KantL’ordre juridique suffit-il ou devons-nous également devenir moralement autonomes ?
- ArendtQu’advient-il lorsque l’institution elle-même devient destructrice ?
Fiche mémoire#
Fiche mémoire
- Auteur
- Hobbes
- Texte
- Leviathan, XIII
- Point de départ
- égalité
- Conséquence
- vulnérabilité
- 3 causes
- compétition / défiance / gloire
- Solution
- pouvoir commun
- Piège
- homme naturellement « méchant »
Les textes 6 à 10#
Cinq nouveaux visages de L’humanité
| Texte | L’homme apparaît comme… | Question essentielle |
|---|---|---|
| Pascal | un être faible qui sait sa faiblesse | Notre grandeur vient-elle de la conscience ? |
| Hobbes | un être vulnérable face à ses semblables | Pourquoi faut-il une société politique ? |
| Épicure | un mortel troublé par la représentation de sa mort | Comment vivre sans être paralysé par notre fin ? |
| Nietzsche | un passage et non un terme | L’homme actuel doit-il être dépassé ? |
| Frankenstein | un créateur devenu responsable de sa création | Que devons-nous à ce que nous faisons entrer dans le monde ? |
Le grand parcours des 10 premiers textes
- 1
L’homme doit fabriquer ce que la nature ne lui a pas donné.
- 2
Mais sa culture déforme facilement le regard qu’il porte sur les autres hommes.
- 3
Il est perfectible : son humanité possède une histoire.
- 4
Chaque personne ne doit jamais être réduite à une simple utilité.
- 5
Cette personne humaine appartient pourtant à l’histoire animale du vivant.
- 6
Elle est vulnérable, mais consciente de sa vulnérabilité.
- 7
Hobbes
Sa vulnérabilité face aux autres rend nécessaire une organisation politique.
- 8
Sa mortalité ne doit pas empêcher sa vie d’être heureuse.
- 9
Mais rien n’oblige à considérer l’homme actuel comme le dernier mot de L’humanité.
- 10
Et si l’homme crée de nouvelles formes d’existence, sa puissance nouvelle crée de nouvelles responsabilités.
En dix textes, l’étudiant possède déjà une véritable philosophie transversale de L’humanité.
Le test des 10 textes
6. Sujet : « L’homme est-il faible ? » Quelle référence permet de répondre simultanément oui et non ?
7. Sujet : « Qu’est-ce qui peut transformer l’égalité humaine en conflit ? » Quelle référence mobiliser ?
8. Sujet : « Notre mortalité condamne-t-elle le bonheur ? » Quelle référence mobiliser ?
9. Sujet : « Faut-il préserver L’humanité telle qu’elle est ? » Quelle référence mobiliser ?
10. Sujet : « La puissance crée-t-elle des devoirs ? » Quelle référence mobiliser ?
Les 10 réflexes à avoir
- Sujet sur Technique→ Platon / Frankenstein
- Sujet sur Culture→ Montaigne / Rousseau
- Sujet sur Dignité→ Kant
- Sujet sur Animalité→ Darwin
- Sujet sur Finitude→ Pascal / Épicure
- Sujet sur Violence→ Hobbes
- Sujet sur Dépassement→ Nietzsche
- Sujet sur Responsabilité technologique→ Frankenstein
- Sujet sur Nature humaine→ Rousseau / Darwin
- Sujet sur Humanité comme contradiction→ Pascal
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Œuvres et films
Sources
- Thomas Hobbes, Leviathan (1651), chapitre XIII, « Of the Naturall Condition of Mankind as concerning their Felicity, and Misery » - édition anglaise originale, Project Gutenberg

