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Comment construire un plan en trois parties qui ne soit pas « oui / non / peut-être »

Établir, limiter, reconstruire : six architectures de plan, la structure d’une sous-partie en six blocs, cinq plans détaillés et les sept signes d’un mauvais plan.

Un grand escalier de trois marches vers un fanion au sommet, avec échafaudages et pointillés de plan d'architecte autour.
Construire le plan : trois mouvements qui montent. — illustration originale du hub.

Le schéma fondamental#

Le schéma fondamental d’un plan en trois parties se déploie ainsi.

Première partie I

Établir

Pourquoi la première réponse est-elle fondée ?

Deuxième partie II

Limiter

Où cette réponse devient-elle insuffisante ou contradictoire ?

Troisième partie III

Reconstruire

Quelle nouvelle distinction ou condition permet de répondre avec davantage de précision ?

Une bonne troisième partie ne dit pas « les deux ». Elle dit « nous avions mal défini le rapport entre les deux ».

Les six grandes architectures de plan#

Six grandes architectures de plan permettent de retrouver, derrière la diversité des sujets sur L'humanité, une même logique de progression.

Architecture 1

Condition / insuffisance / accomplissement

Sujet : La compassion nous rend-elle humains ?

I. La compassion ouvre l’homme à la souffrance d’autrui.

II. Elle demeure partiale, variable et parfois paternaliste.

III. Elle devient véritablement humanisante lorsqu'elle est relayée par des principes et des institutions de justice.

Architecture 2

Puissance / aliénation / responsabilité

Sujet : La technique nous rend-elle plus humains ?

I. La technique appartient à L'humanité et permet de dépasser certaines vulnérabilités.

II. Elle peut imposer sa logique, réduire l'homme à une ressource et accroître sa puissance destructrice.

III. La technique n'est humanisante que lorsque l'homme conserve la maîtrise normative de ses fins et assume la responsabilité de ses conséquences.

Architecture 3

Commun / différence / pluralisme

Sujet : Existe-t-il une seule humanité ?

I. L’unité biologique et morale fonde l’idée d’une humanité commune.

II. Les formes culturelles de l’existence humaine sont irréductiblement diverses.

III. L'unité doit être pensée comme égalité de dignité et possibilité d'un monde commun, non comme uniformisation.

Architecture 4

Nature / histoire / liberté située

Sujet : Existe-t-il une nature humaine ?

I. Certaines dispositions biologiques et conditions sont communes.

II. L’histoire et la culture transforment profondément les formes humaines.

III. La nature humaine peut être comprise comme ensemble de dispositions ouvertes, incluant la perfectibilité et la capacité de transformation.

Architecture 5

Exclusion / universalité / reconnaissance

Sujet : L’étranger est-il notre semblable ?

I. L’étrangeté culturelle et politique fait obstacle à l’identification spontanée.

II. L’appartenance à une même humanité fonde néanmoins une égalité de statut.

III. La véritable reconnaissance ne doit pas exiger que l'étranger cesse d'être autre pour devenir respectable.

Architecture 6

Fait / norme / projet

Sujet : L’humanité progresse-t-elle ?

I. Les connaissances, techniques et institutions connaissent certains progrès réels.

II. Ces progrès ne prouvent ni amélioration morale automatique ni direction nécessaire de l'histoire.

III. Le progrès humain doit être pensé comme projet normatif, institutionnel, pluriel et toujours réversible.

Comment construire une partie#

Une partie n'est pas un gros paragraphe décoré de trois auteurs. Elle doit contenir une thèse locale, un argument, une distinction, un exemple ou un cas, une référence qui transforme le raisonnement, une objection ou une limite, et une transition.

La structure d’une sous-partie se décompose en six blocs.

Bloc 1

Affirmation

La technique constitue d'abord une réponse à l'inachèvement biologique de l'homme.

Bloc 2

Explication

L'homme ne dispose ni de la force ni des protections naturelles de nombreux animaux. Il transforme donc ses conditions d'existence.

Bloc 3

Référence

Dans le mythe raconté par Protagoras chez Platon, Prométhée apporte le feu et les arts techniques aux hommes oubliés par Épiméthée.

Bloc 4

Exemple

La médecine permet de compenser des déficiences et de réduire certaines souffrances naturelles.

Bloc 5

Limite

Mais le mythe précise aussi que la technique ne suffit pas à rendre possible la coexistence politique.

Bloc 6

Transition

L'augmentation des capacités humaines ne constitue donc pas encore un progrès de L'humanité au sens moral.

Voilà une sous-partie.

Cinq plans intégralement détaillés#

Sujet 1 - « Peut-on perdre son humanité ? »

Problématique

Comment condamner moralement une conduite comme inhumaine sans transformer L'humanité en qualité que l'on pourrait retirer aux coupables ou aux victimes ?

I. L’humanité paraît pouvoir être perdue au sens moral

A. Le langage courant oppose humain et inhumain : cruauté, torture, indifférence.

B. Être humain semble impliquer certaines qualités : compassion, raison, respect. Références : Rousseau, Kant.

C. Le crime extrême paraît produire une rupture : le bourreau semble devenir étranger à la communauté morale.

Transition : Mais cette rupture morale suffit-elle à modifier son statut d'être humain ?

II. L'humanité ne peut être retirée comme appartenance ou dignité

A. Le bourreau demeure humain : sinon, le mal devient œuvre d'une autre espèce et cesse d'interroger L'humanité. Référence : Arendt.

B. La victime ne devient jamais moins humaine : le système concentrationnaire déshumanise le traitement, non l'essence de la victime. Référence : Primo Levi.

C. La dignité ne dépend pas du mérite. Référence : Kant, DUDH.

Transition : Il faut donc distinguer ce qui est perdu de ce qui demeure.

III. Ce qui peut être perdu est la relation humaine à soi et aux autres, non l'appartenance fondamentale

A. L’humanité morale est une tâche : on peut trahir les exigences associées à sa condition.

B. Les institutions peuvent détruire les médiations de l'humanité : nom, parole, autonomie, monde commun.

C. Affirmer l'inaliénabilité de la dignité permet précisément de condamner plus fortement l'inhumain : la condamnation ne suppose pas l'exclusion du coupable hors de l'espèce.

Sujet 2 - « La raison définit-elle l’homme ? »

I. La raison semble distinguer l'homme par langage, délibération et universalité. Aristote, Descartes, Kant.

II. Cette définition exclut abusivement les humains dont les capacités rationnelles sont limitées et sous-estime les continuités animales. Darwin, Singer.

III. La raison doit être pensée comme une capacité relationnelle et normative importante, mais non comme condition exclusive de toute dignité humaine. Arendt, Levinas, DUDH.

Sujet 3 - « Peut-on aimer une machine ? »

I. Une relation affective peut naître à partir de signes, d'attention et d'une histoire partagée. Her, Turing.

II. L'émotion du sujet ne suffit pas à établir l'existence d'une véritable réciprocité ou d'une conscience de la machine. Descartes, problème des autres esprits.

III. Il faut distinguer la vérité de l'expérience amoureuse et le statut réel de son objet ; une relation avec une machine ne deviendrait pleinement réciproque que si celle-ci possédait réellement autonomie, intérêts et capacité à répondre comme sujet. Kant, Hegel, Levinas.

Sujet 4 - « L’égalité rend-elle les hommes semblables ? »

I. L’égalité suppose une commune appartenance et facilite l’identification. DUDH, Tocqueville.

II. Elle ne supprime ni singularité ni diversité culturelle. Arendt, Lévi-Strauss.

III. L'égalité véritable protège précisément le droit de différer sans transformer la différence en infériorité. Wollstonecraft, Du Bois, Beauvoir.

Sujet 5 - « L’humanité doit-elle accepter d’être dépassée ? »

I. La perfectibilité et le dépassement appartiennent profondément à l'histoire humaine. Pico, Rousseau, Nietzsche.

II. Le dépassement technologique peut transformer l'homme en matériau d'optimisation et créer de nouvelles hiérarchies. Heidegger, Anders, transhumanisme.

III. Un dépassement compatible avec l'humanisme doit être jugé à sa capacité de préserver autonomie, dignité, justice et avenir ouvert. Kant, Jonas, Arendt.

Les sept signes d’un mauvais plan#

Sept signes doivent alerter avant de rédiger un plan.

  1. Les titres de parties pourraient être inversés sans effet.
  2. La troisième partie dit seulement « il faut nuancer ».
  3. Chaque partie correspond à un auteur.
  4. Les concepts ne changent jamais de définition.
  5. La deuxième partie annule entièrement la première.
  6. Le plan ne répond pas au verbe exact du sujet.
  7. La conclusion aurait pu être écrite avant le développement.

Le test du plan#

Avant de valider un plan, il faut se poser six questions.

  1. La partie II naît-elle réellement d’une limite de la partie I ?
  2. La partie III répond-elle à cette limite ?
  3. Le concept central est-il redéfini au cours du plan ?
  4. Chaque partie possède-t-elle une thèse formulable en une phrase ?
  5. Les références sont-elles interchangeables ou nécessaires ?
  6. Le plan conduit-il à une réponse précise ?

S'entraîner#

Bannissez le plan « oui / non / peut-être ». Utilisez le schéma établir / limiter / reconstruire, et vérifiez que votre troisième partie redéfinit le rapport entre les deux premières plutôt que de les mélanger.

Le piège invisible - le plan qui semble équilibré

Un plan bien symétrique, avec autant d'arguments et d'auteurs dans chaque partie, n'est pas nécessairement un bon plan. L'équilibre apparent peut cacher une simple addition d'opinions sans progression réelle.

Plan oui / non / peut-être

I. La technique est bénéfique pour l’homme.

II. La technique est dangereuse pour l’homme.

III. La technique est à la fois bénéfique et dangereuse.

Plan progressif

I. La technique appartient à L'humanité et permet de dépasser certaines vulnérabilités.

II. Elle peut imposer sa logique, réduire l'homme à une ressource et accroître sa puissance destructrice.

III. La technique n'est humanisante que lorsque l'homme conserve la maîtrise normative de ses fins et assume la responsabilité de ses conséquences.

Vous pensez savoir le faire ?

3 questions, correction immédiate.

Checklist finale#

Checklist finale0/6

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