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Cours d’ouverture : tout le thème en 30 minutes

Lecture ≈ 30 min. Neuf étapes. Objectif : à la fin, vous devez pouvoir expliquer le thème à quelqu’un dans le métro - et le tenir six heures en dissertation.

Des trois sens du mot à la déshumanisation, des frontières mouvantes de l’humain au procès de l’humanisme, ce cours d’ouverture donne la carte complète du thème - avec sa boîte à outils : distinctions, problématiques, plans, corpus, pièges.

Un lever de soleil où le soleil est un livre ouvert, avec une horloge géante dans le ciel et des lecteurs assis sur les collines.
Trente minutes pour comprendre de quoi le thème parle. — illustration originale du hub.

Avant de commencer#

≈ 3 min - une phrase que vous avez déjà prononcée

Un attaquant marque un but impossible, de la tête, à contre-pied. Le commentateur hurle : « Ce type n’est pas humain ! »

Le lendemain, un tribunal juge un homme qui a torturé pendant des années. Une victime sort de la salle et dit, en pleurant : « Ce type n’est pas humain. »

Même phrase. Sept mots identiques. Et pourtant, dans un cas, on a dit au-dessus, dans l’autre, au-dessous. Dans les deux cas, tout le monde a compris. Et dans les deux cas, la phrase est biologiquement fausse : le footballeur et le tortionnaire sont, l’un comme l’autre, des Homo sapiens, 46 chromosomes, même espèce, même code génétique à 99,9 %.

Arrêtez-vous là une seconde. Vous venez de mettre le doigt sur toute la difficulté du thème.

Aucun autre nom d’espèce ne fonctionne comme ça. Personne ne dit d’un chat cruel : « ce chat n’est pas un chat ». Personne ne dit d’un chêne magnifique : « cet arbre n’est pas un arbre ». « Humain » est le seul mot de la langue qui désigne à la fois un fait de nature (une espèce animale) et une échelle de valeur, avec un haut et un bas, un sur-humain et un sous-humain.

"HUMANITÉ" EST UN MOT QUI CONTIENT UNE CONTRADICTION DE FABRIQUE : IL DÉSIGNE QUELQUE CHOSE QUE NOUS SOMMES - ET QUELQUE CHOSE DONT NOUS POUVONS MANQUER.

Et voici le détail qui devrait vous glacer un peu : dans la vie ordinaire, personne ne dit jamais « je suis un être humain » pour se décrire. Vous ne remplissez pas un formulaire en cochant « être humain ». Cette phrase n’apparaît que dans une seule situation : quand quelqu’un vous traite comme si vous ne l’étiez pas. C’est un cri, pas une description.

Voilà notre fil rouge pour les six prochains mois :

Fil rouge

L’humanité n’est pas une chose que l’on constate. C’est un écart - entre ce que nous sommes de fait, ce que nous devrions être en droit, et le « nous » que nous formons peut-être ensemble. Tout le thème consiste à explorer cet écart sans le combler abusivement.

I. Un mot piégé#

≈ 4 min - trois sens dans un seul mot

Première chose à faire, toujours, avec ce genre de thème : compter les sens. Vous en trouverez trois. Ils ne se recouvrent jamais complètement, et c’est de leur frottement que naissent 90 % des sujets.

01L’humanité comme espèceHomo sapiens, apparu il y a environ 300 000 ans, un rameau parmi d’autres (les néandertaliens, les dénisoviens, Homo floresiensis…). C’est un fait. Il se constate, se date, se mesure, se séquence. Question typique : qui en fait partie ? (question d’extension, de frontière).
02L’humanité comme qualité« Il a manqué d’humanité. » « Ce médecin est d’une grande humanité. » « C’est un travail inhumain. » Ici, l’humanité est une valeur, une manière d’être, quelque chose dont on peut avoir plus ou moins. Question typique : en quoi consiste-t-elle ? (question de compréhension, de contenu).
03L’humanité comme collectif« Un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité. » « Patrimoine mondial de l’humanité. » « Crime contre l’humanité. » Ici, l’humanité est un sujet : un « nous » total, qui inclut les morts, les vivants, et peut-être ceux qui ne sont pas encore nés. Question typique : ce « nous » existe-t-il vraiment, et peut-il agir ?

Le mot vient de Rome, et ce n’est pas un hasard

Les Grecs n’avaient pas notre mot. Ils avaient anthrôpos (l’homme-espèce, zoologique), philanthrôpia (l’amour des hommes, une vertu), paideia (l’éducation, la culture). Trois mots séparés.

Les Romains, eux, ont forgé humanitas - et ce mot unique tient ensemble le genre humain, la culture et la bienveillance. Cicéron l’emploie dans les deux registres sans presque les distinguer. Deux siècles plus tard, le grammairien Aulu-Gelle s’agace : les gens croient qu’humanitas veut dire « gentillesse », alors que pour les anciens cela signifiait d’abord l’éducation aux arts libéraux. Ce sont les fameuses humanités - le latin, le grec, la littérature, ce qu’on enseigne encore aujourd’hui sous ce nom dans certaines classes.

Point décisif

Dès l’origine du mot, être humain et être cultivé sont noués. L’humanité n’est pas donnée à la naissance, elle s’acquiert par une formation. Ce qui implique - logiquement - qu’on puisse la rater.

Et l’étymologie enfonce le clou. Homo est apparenté à humus, la terre. L’homme, c’est le terrestre, le né-de-la-terre. Exactement la même intuition que dans la Genèse, où adam est tiré de l’adamah, la glaise. Deux traditions sans rapport, la même image : nous sommes ceux qui viennent du sol et qui y retournent. Humanité, humilité, humus, inhumer : la même famille. Ce n’est pas une coquetterie de linguiste - c’est déjà une thèse. Est humain celui qui est mortel et qui le sait.

Le piège logique n° 1 (à repérer partout)

Passer sans prévenir du sens 1 au sens 2, c’est-à-dire d’un fait à une valeur.

  • Il appartient à l’espèce humaine → constat.
  • Il a donc droit à un traitement digne → norme.

Le passage n’a rien d’évident. Il faut le justifier, pas le supposer. Et surtout, il fonctionne aussi à l’envers, et c’est là qu’il devient meurtrier : si l’humanité est une qualité, alors celui qui n’a pas la qualité… n’est plus de l’espèce ? Vous verrez en partie IV que toutes les grandes catastrophes du XXe siècle ont emprunté ce toboggan.

Un exemple pour ne plus jamais l’oublier : Kant

La deuxième formulation de l’impératif catégorique dit, en substance : agis de façon à traiter l’humanité, dans ta personne comme en celle d’autrui, toujours comme une fin, jamais simplement comme un moyen.

Lisez bien. Kant ne dit pas « traite les humains ». Il dit : traite l’humanité en eux. L’humanité est ici une qualité logée dans chaque personne, et que je peux respecter ou piétiner - y compris chez moi-même. On peut donc, chez Kant, manquer d’humanité envers soi.

II. Le « propre de l’homme »#

≈ 4 min - visite guidée d’un cimetière

Deuxième réflexe : si l’humanité est une qualité, laquelle ? Depuis 2 500 ans, on cherche le fameux propre de l’homme, le critère qui nous sépare du reste du vivant. Le catalogue est impressionnant :

  • Le rire (Rabelais) - et son cousin, les larmes.
  • Le langage (Aristote) : les animaux ont une voix qui exprime le plaisir et la douleur ; l’homme a le logos, qui permet de discuter du juste et de l’injuste. Nuance capitale : ce n’est pas communiquer qui nous distingue, c’est argumenter.
  • L’outil : Homo faber plutôt qu’Homo sapiens, disait Bergson.
  • Le travail : Marx compare l’abeille et l’architecte - l’abeille bâtit mieux, mais l’architecte a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la cire.
  • La promesse : Nietzsche définit l’homme comme l’animal qu’on a dressé pour qu’il puisse promettre - donc pour qu’il ait une mémoire de l’avenir.
  • La prohibition de l’inceste (Lévi-Strauss) : la seule règle à la fois universelle comme la nature et variable comme la culture. Le pivot exact du passage de l’une à l’autre.
  • La sépulture : l’animal qui enterre ses morts, et donc qui refuse la nature.
  • La conscience de la mort, le mensonge, la honte, la cuisine, l’art, l’ennui…

Et puis l’éthologie est arrivée, et le cimetière s’est rempli.

Jane Goodall, 1960 : les chimpanzés de Gombe fabriquent des brindilles pour pêcher les termites - un outil, préparé à l’avance, en vue d’une tâche future. Les corbeaux calédoniens tordent des crochets. Les cachalots et les mésanges ont des dialectes locaux, transmis, qui changent selon les régions : de la culture. Les éléphants s’attardent sur les ossements de leurs morts. Les grands singes trompent leurs congénères - donc ils modélisent ce que l’autre croit. Les rats émettent des ultrasons quand on les chatouille : quelque chose comme un rire.

Darwin l’avait annoncé froidement : entre l’homme et les animaux supérieurs, la différence est de degré, non de nature.

Le piège n° 2 : le critère qui exclut des humains

Ici, il faut être plus rigoureux encore, parce que la question devient brûlante.

Prenons le critère le plus classique : est humain celui qui est rationnel et autonome. Très bien. Que faites-vous, alors, du nouveau-né de trois jours ? De la personne en phase avancée d’Alzheimer, qui ne reconnaît plus ses enfants ? De l’adulte polyhandicapé qui ne parlera jamais ?

C’est ce qu’on appelle l’argument des cas marginaux - une expression affreuse pour une objection redoutable. Si vous fondez la dignité sur une performance (parler, raisonner, choisir), alors vous excluez mécaniquement une partie des humains, et vous incluez logiquement certains animaux qui réussissent le test mieux qu’eux. Peter Singer en tire une conclusion antispéciste ; d’autres en tirent des conclusions bien pires.

Trois réponses possibles, à connaître :

01L’appartenance à l’espèce suffitLe fait biologique fonde le statut moral. Solide en droit, mais fragile en raison : pourquoi ce fait-là aurait-il ce pouvoir ?
02La potentialitéLe nourrisson n’est pas rationnel, mais il le sera. Objection immédiate : et le malade d’Alzheimer, qui ne le sera plus ?
03La relationC’est la réponse la plus intéressante, défendue notamment par la philosophe Cora Diamond : « humain » n’est pas un concept biologique mais un concept de parenté. Il fonctionne comme « ma mère », « mon frère » - pas comme « bipède sans plumes ». Nous ne traitons pas nos morts avec respect parce qu’ils remplissent des critères ; ils n’en remplissent plus aucun. Nous le faisons parce qu’ils sont des nôtres. L’humanité serait alors moins une propriété qu’un lien reconnu.

Le retournement : et si le propre de l’homme était de ne rien avoir en propre ?

C’est la piste la plus féconde du thème. Pic de la Mirandole, en 1486, imagine Dieu s’adressant à Adam : je ne t’ai donné ni place fixe, ni visage propre, ni don particulier - tu te définiras toi-même. L’homme est le seul être sans nature assignée.

Rousseau dit la même chose autrement avec la perfectibilité : la faculté de se transformer indéfiniment. Et il ajoute, lucide, que cette faculté fait aussi bien le sage que le tyran - elle est la source de nos lumières et de nos malheurs. L’anthropologie allemande parlera de l’homme comme d’un être de carence (Mängelwesen) : biologiquement démuni, sans griffes, sans fourrure, né trop tôt, donc contraint d’inventer la technique et les institutions pour survivre. Sartre en fera une formule : l’existence précède l’essence.

III. On le devient#

≈ 4 min - on ne naît pas humain, on le devient

Si l’humanité n’est pas un donné mais une tâche, alors elle se fabrique. Et l’on peut décrire l’atelier.

Kant, sans détour : l’homme ne peut devenir homme que par l’éducation ; il n’est que ce qu’elle fait de lui. Érasme disait déjà, en latin : on ne naît pas hommes, on le devient - on est façonné.

Les trois institutions universelles. Le philosophe napolitain Vico remarquait au XVIIIe siècle que toutes les sociétés connues, sans exception, ont trois choses : une religion, un mariage, une sépulture. Traduisons : partout, l’homme organise son rapport à ce qui le dépasse, à la reproduction, et à la mort. Aucune société ne laisse ses morts là où ils tombent.

Ce détail vaut de l’or en dissertation. Antigone désobéit au roi pour recouvrir de terre le corps de son frère - quelques poignées de poussière, un geste inutile, et elle en meurt. Pourquoi ? Parce qu’un cadavre non enterré n’est plus tout à fait un homme, mais pas encore une chose. Enterrer, c’est refuser que le corps humain redevienne un simple objet naturel. Humus, inhumer, humanité.

Retour au concret. Vous, aujourd’hui, vous fabriquez de l’humanité sans y penser :

  • Vous dites « bonjour » à quelqu’un que vous ne reverrez jamais. Aucune utilité. C’est une reconnaissance : je vois que tu es là.
  • Vous détournez le regard quand quelqu’un est humilié dans le métro - et vous savez, en le faisant, que vous venez de le laisser tomber.
  • Vous appelez un service client, vous tombez sur un robot, et vous martelez : « Je veux parler à un humain ! » Demandez-vous une seconde ce que vous réclamez au juste. Pas de la compétence : le robot connaît mieux la procédure. Vous réclamez quelqu’un qui puisse être ému, et donc qui puisse faire une exception.

C’est peut-être la définition la plus concrète de l’humanité : la capacité de sortir de la règle en faveur de quelqu’un.

Objection !

Alors n’importe quelle société fabrique « son » humain, et il n’y a pas d’humanité universelle, seulement des cultures ? C’est exactement la question de la partie V. Gardez-la sous le coude.

IV. La déshumanisation#

≈ 5 min - le cœur noir du thème

Voici la conséquence terrible de la partie III. Si l’humanité s’acquiert, elle peut se retirer. Et l’histoire du XXe siècle est, pour une large part, l’histoire technique de ce retrait.

Ça commence toujours par le vocabulaire

Rwanda, 1994. Sur les ondes de la Radio-Télévision Libre des Mille Collines, les Tutsi sont désignés comme inyenzi : des cafards. On n’appelle pas au meurtre, on appelle à la désinsectisation. Le mot fait le travail que le fusil achèvera.

Le procédé est constant : vermine, rats, parasites, bois mort, sous-hommes, Stücke (« pièces »). On passe du nom propre au numéro, du visage au dossier, de la personne au flux à traiter. C’est pourquoi les mémoriaux modernes lisent les noms, un par un, pendant des heures : Yad Vashem signifie littéralement « un mémorial et un nom ». Rendre le nom, c’est rendre la singularité que l’entreprise criminelle avait précisément cherché à effacer.

La leçon la plus difficile : Primo Levi

Levi rentre d’Auschwitz et intitule son livre Si c’est un homme. Notez le si. Ce n’est pas une affirmation, c’est une question posée au lecteur.

Deux enseignements, et ils vont dans des directions opposées :

D’abord, sur les victimes. Levi décrit ceux que les détenus appelaient, dans le jargon du camp, les « musulmans » : des hommes vidés, qui ne parlaient plus, ne se défendaient plus, ne regardaient plus. Le système n’avait pas seulement décidé de les tuer ; il avait entrepris de rendre leur humanité douteuse à leurs propres yeux. C’est là toute la différence entre tuer et déshumaniser.

Ensuite, sur les bourreaux. Et là, Levi refuse la solution facile. Il ne dit pas que les tortionnaires étaient des monstres. Il dit, au contraire, que les monstres sont trop rares pour être vraiment dangereux - et que les vrais dangereux sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires, ceux qui exécutent sans poser de questions.

Hannah Arendt, couvrant le procès Eichmann à Jérusalem en 1961, formule la même intuition sous un nom devenu célèbre : la banalité du mal. Elle ne veut pas dire que le mal est banal ni excusable ; elle veut dire que son agent, lui, l’était : un homme sans profondeur, incapable de penser depuis la place d’un autre, appliquant des directives et soucieux de sa carrière.

Tirez-en la conséquence logique, elle est vertigineuse : dire d’un criminel qu’il « n’est pas humain », c’est se rassurer à bon compte. Cela revient à le mettre hors de notre espèce, donc hors de notre responsabilité, donc hors de tout enseignement possible. Et c’est reproduire, sur lui, l’opération même qu’on lui reproche.

C’est pour cette raison qu’on juge les criminels de masse au lieu de les abattre. Un procès, c’est un dispositif qui dit : tu es un homme, donc tu réponds de tes actes. Juger quelqu’un, c’est encore honorer son humanité.

Le paradoxe d’Arendt : l’homme nu n’est protégé par rien

Dans l’entre-deux-guerres, des millions de personnes perdent leur nationalité : apatrides, réfugiés, expulsés. En théorie, elles conservent leurs « droits de l’homme », ceux qui appartiennent à tout être humain du seul fait qu’il est humain.

En pratique ? Elles n’ont plus rien. Aucun État ne les protège, aucun tribunal ne les reçoit, aucune police ne les défend.

Sa conclusion : le moment où un être humain n’est plus rien d’autre qu’un être humain est précisément le moment où il est le plus vulnérable. Les droits abstraits ne protègent pas ; ce qui protège, c’est l’appartenance à une communauté politique qui les garantit. D’où sa formule, la plus importante du thème : le premier des droits, c’est le droit d’avoir des droits.

Vous entendez la portée ? Sur la Méditerranée, dans les zones d’attente, aux frontières, cette phrase de 1951 est encore le meilleur outil d’analyse disponible.

Ce n’est pas nouveau : Valladolid, 1550

N’imaginez pas que la question soit une invention moderne. En 1550-1551, à Valladolid, l’empereur Charles Quint convoque une controverse : les Indiens d’Amérique sont-ils pleinement des hommes, dotés d’une âme et de droits ?

D’un côté, Sepúlveda, armé d’Aristote : certains peuples sont esclaves par nature, la conquête est légitime, et même charitable. De l’autre, Las Casas, qui a vu les encomiendas de ses yeux : ce sont des hommes, ils ont des royaumes, des lois, des arts, on ne peut pas les asservir.

Deux nuances que les bonnes copies ajoutent :

  • L’Église avait déjà tranché en 1537 par la bulle Sublimis Deus - ce qui n’a rien changé sur le terrain. La reconnaissance juridique de l’humanité et son effectivité sont deux choses différentes.
  • Las Casas, pour épargner les Indiens, a d’abord suggéré d’importer des esclaves africains. Il s’en repentira. Retenez la leçon : on élargit presque toujours le cercle de l’humanité par le bord, en laissant quelqu’un dehors.

Et Montaigne, dans le même siècle, avait donné la clé anthropologique : chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. Lévi-Strauss, quatre siècles plus tard, retourne la phrase comme un gant : le barbare, c’est d’abord celui qui croit à la barbarie. Il ajoute une observation troublante : d’innombrables peuples se désignent eux-mêmes par un mot qui signifie « les hommes », « les vrais », « les excellents » - impliquant que les voisins n’en sont pas tout à fait.

1945-1948 : le droit invente l’humanité

D’où la riposte juridique, née des ruines. Deux dates :

  • 8 août 1945, statut du tribunal de Nuremberg : apparition officielle de la notion de crime contre l’humanité. Notion étrange : ici, la victime n’est plus seulement la personne assassinée, c’est l’humanité elle-même, en tant qu’elle est atteinte à travers elle. D’où l’imprescriptibilité.
  • 10 décembre 1948, Déclaration universelle : tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.

V. Un « nous » ?#

≈ 4 min - l’humanité peut-elle être un sujet ?

Passons au troisième sens. L’humanité-collectif. Existe-t-elle autrement que dans les discours ?

L’objection nominaliste

Joseph de Maistre, en 1797 : il dit avoir rencontré dans sa vie des Français, des Italiens, des Russes ; quant à l’Homme, il déclare ne l’avoir jamais croisé. Traduction : « l’humanité » est une abstraction ; il n’existe que des individus, des peuples, des langues, des histoires. Parler au nom de l’humanité, c’est souvent parler au nom de personne - ou, pire, universaliser son cas particulier.

La réplique universaliste

Diogène le Cynique, à qui l’on demande d’où il vient, répond qu’il est citoyen du monde - le mot « cosmopolite » est né là. Les stoïciens en font une doctrine : nous appartenons tous à une cité universelle régie par la même raison. Sénèque écrit que l’homme est chose sacrée pour l’homme - exactement à contre-pied de la formule que retiendra Hobbes. Et Térence fait dire à un personnage : je suis homme, rien de ce qui est humain ne m’est étranger.

Kant tranche autrement, et c’est le modèle le plus utile : l’humanité comme sujet n’est pas un fait constatable, c’est une Idée régulatrice - quelque chose qui n’existe pas encore, mais qui doit orienter l’action comme si elle existait. Il ajoute une intuition superbe, l’insociable sociabilité : nous ne pouvons ni vivre ensemble ni vivre séparés, et c’est cette contradiction elle-même - la rivalité, la vanité, la concurrence - qui nous pousse à développer nos talents et à inventer le droit. L’humanité ne se fera pas parce que nous nous aimons, mais parce que nous ne nous supportons pas.

Camus donne la version existentielle : « Je me révolte, donc nous sommes. » Le révolté qui dit non à un ordre injuste découvre, dans son propre refus, qu’il défend quelque chose qui déborde sa personne. L’humanité n’est pas le point de départ du raisonnement, elle en est le résultat.

L’humanité inclut-elle les morts et les non-nés ?

Auguste Comte l’affirmait sans détour : l’humanité se compose de bien plus de morts que de vivants. Nous héritons d’une langue, de routes, de vaccins, de théorèmes, de dettes, de crimes. Nous n’avons rien signé.

Et vers l’avant ? Hans Jonas, en 1979, formule un impératif inédit : les générations futures n’ont aucun moyen de pression sur nous - pas de vote, pas de grève, pas de tribunal. Elles dépendent entièrement de notre retenue. D’où un devoir asymétrique : agir de telle sorte qu’une vie authentiquement humaine reste possible après nous.

Et ici, l’actualité rattrape le concept. Depuis 2000, on parle d’Anthropocène : l’humanité serait devenue une force géologique, comparable au volcanisme, capable de modifier le climat, la chimie des océans, la composition des sédiments. Regardez le renversement : pendant des siècles, l’humanité-espèce (sens 1) était un objet pour les sciences de la nature, et l’humanité-sujet (sens 3) un idéal moral. Le climat les fait fusionner. Nous sommes devenus collectivement puissants avant d’être collectivement responsables - c’est le diagnostic de l’historien Dipesh Chakrabarty, et c’est peut-être la formule la plus utile pour un sujet contemporain.

Le droit suit, prudemment : fonds marins et espace déclarés « patrimoine commun de l’humanité », patrimoine mondial de l’UNESCO, procès climatiques intentés au nom des générations futures. Chaque fois, la même difficulté technique : qui parle pour l’humanité ? Un collectif sans porte-parole, sans mandat, sans corps, sans adresse.

Objection !

Et si l’unité de l’humanité n’était qu’un effet du danger ? Nous ne devenons « nous » que menacés - par une pandémie, un astéroïde, une catastrophe. Une humanité qui n’existe qu’en cas d’urgence est-elle une humanité ? Excellente problématique. Notez-la.

VI. Les frontières bougent#

≈ 4 min - l’animal, l’embryon, la machine, l’augmenté

Un concept se comprend toujours mieux à ses bords. Quatre fronts, tous d’actualité.

1. L’animal

Le mot spécisme a été forgé en 1970, sur le modèle de « racisme » et « sexisme » : accorder un statut moral différent en fonction de la seule appartenance à une espèce serait un préjugé arbitraire. Singer déplace le critère de la raison vers la sensibilité : la question n’est pas « peuvent-ils raisonner ? » mais « peuvent-ils souffrir ? ».

Contre-argument à connaître, défendu par exemple par Francis Wolff : l’humanisme n’est pas un privilège, c’est une charge. L’homme n’est pas le seul animal qui a des droits, il est le seul qui a des devoirs - y compris envers les autres espèces. Le lion ne se demandera jamais s’il a le droit de manger la gazelle. Nous, si. Et cette question elle-même est le meilleur indice qu’il existe quelque chose comme une différence humaine.

C’est au nom de l’humanité que nous nous soucions des animaux : l’antispécisme est peut-être le plus humain des combats.

2. Le commencement et la fin

Un embryon de trois jours est-il humain ? Le droit français fabrique une catégorie prudente : ni chose, ni personne. La mort n’est plus l’arrêt du cœur mais la mort encéphalique - définition retenue depuis les années 1960, sous la pression de la greffe d’organes. Autrement dit : nous avons redéfini le seuil de l’humanité en fonction de ce que la technique permettait d’en faire. Fait dérangeant, à manier avec précision, jamais avec ironie facile.

3. La machine

En 1950, Turing propose de remplacer la question « les machines peuvent-elles penser ? » - trop confuse - par un test : si, à l’aveugle, vous ne distinguez plus l’humain de la machine dans une conversation écrite, sur quoi fonderez-vous la différence ?

Soixante-quinze ans plus tard, la question a quitté les laboratoires. Des gens confient leurs chagrins à des systèmes conversationnels, des élèves leur rédaction, des patients leurs symptômes. Et ce qui est philosophiquement passionnant n’est pas de savoir si ces systèmes « pensent » - c’est de constater où nous déplaçons le curseur dès qu’ils réussissent une épreuve. Hier, le propre de l’homme était le calcul ; puis les échecs ; puis le langage ; puis la création d’images. Chaque fois, nous reculons la ligne.

Ce que nous mettons désormais derrière la ligne, c’est significatif : la vulnérabilité, la mortalité, le fait d’être né de quelqu’un, d’avoir une enfance, d’avoir quelque chose à perdre. Arendt appelait ce dernier point la natalité : chaque homme est un commencement, une nouveauté imprévisible entrée dans le monde. Peut-être que le propre de l’homme n’est ni l’intelligence ni la performance, mais le fait d’avoir été un jour un nourrisson entièrement dépendant - et de le savoir.

4. L’augmenté

Novembre 2018 : un chercheur chinois annonce la naissance de deux jumelles dont il a modifié le génome. Condamnation mondiale, prison, et une question qui ne s’est pas refermée.

Le transhumanisme propose d’améliorer l’homme : mémoire, longévité, humeur, capacités. Trois objections, à distinguer soigneusement :

01L’égalité (Habermas, Fukuyama)Si l’amélioration s’achète, l’inégalité devient biologique et héréditaire. On ne rattrape pas un écart inscrit dans le génome.
02L’autonomieUn enfant programmé par ses parents pour être musicien peut-il encore se dire l’auteur de sa vie ?
03La gratitude (Michael Sandel)La vie humaine suppose d’accepter une part de donné, de non-choisi. Une existence entièrement maîtrisée n’aurait plus rien à quoi consentir - et l’idée même de solidarité (« ç’aurait pu être moi ») s’effondrerait avec le hasard.

VII. Le procès de l’humanisme#

≈ 3 min - faut-il aimer l’humanité ?

Dernier mouvement, indispensable si vous voulez éviter la copie édifiante. Le thème a ses accusateurs, et ils sont bons.

Premier chef d’accusation : aimer l’humanité dispense d’aimer les hommes. Dostoïevski met dans la bouche d’un de ses personnages l’aveu d’un médecin : plus il aime l’humanité en général, moins il supporte les individus en particulier. Rousseau s’est vu adresser le même reproche. C’est le piège de l’humanitarisme : une compassion à distance, chaleureuse envers l’abstraction, glaciale envers le voisin de palier.

Et la psychologie confirme, cruellement. Les travaux sur l’effondrement de la compassion montrent que nous donnons davantage pour un enfant nommé, photographié, situé, que pour un ensemble statistique de milliers. Passé un certain nombre, notre empathie ne monte pas : elle descend. Un mort est une tragédie ; cent mille sont un chiffre. Notre équipement affectif a été calibré pour des groupes de quelques dizaines de personnes - et on lui demande de ressentir à l’échelle de huit milliards. Il ne le peut pas.

Si l’humanité doit exister comme « nous », ce ne sera pas par le sentiment. Ce sera par le droit, l’institution, la règle - c’est-à-dire par des dispositifs plus froids et plus fiables que nos cœurs.

Deuxième chef : l’humanisme a servi de couverture. C’est la critique portée dans les années 1950-70. L’Europe a proclamé l’homme universel au moment précis où elle colonisait la moitié du globe. Lévi-Strauss soupçonne l’humanisme occidental d’avoir toujours procédé par exclusions successives. Foucault, en 1966, ferme Les mots et les choses sur une image restée célèbre : « l’homme » est une invention récente de notre savoir, et il pourrait s’effacer comme un visage dessiné sur le sable, à la limite de la mer.

Troisième chef : Nietzsche. L’homme est pour lui quelque chose qui doit être surmonté, et la pitié humanitaire lui paraît une manière déguisée de préférer la faiblesse.

Comment répondre ? Pas en niant les faits - ils sont exacts. Mais en distinguant deux choses qu’on confond toujours :

L’humanisme comme constat

L’homme est le centre, la mesure, le sommet → indéfendable, et régulièrement démenti.

L’humanisme comme promesse

Il n’y a pas d’être humain qui ne compte pas → jamais réalisé, souvent trahi, mais c’est précisément au nom de cette promesse que ses trahisons ont été dénoncées.

Regardez qui, historiquement, s’est servi de l’arme : les esclaves de Saint-Domingue en 1791 brandissant la Déclaration de 1789 contre ceux qui l’avaient écrite ; les colonisés en 1945 réclamant l’application des principes au nom desquels on venait de les faire mourir ; les éboueurs de Memphis avec leur pancarte. Un idéal qu’on peut retourner contre ceux qui l’ont proclamé n’est pas une simple idéologie de domination. C’est un levier.

Conclusion#

≈ 2 min - l’humanité est le nom d’un écart

Reprenons du début, avec ce que nous avons appris.

  • L’humanité désigne un fait : une espèce, née en Afrique, une parmi des millions, sans mission particulière dans l’univers.
  • Elle désigne une valeur : une qualité qui ne va pas de soi, qui s’apprend, qui se transmet, et que chacun peut manquer - y compris les plus savants, les plus polis, les plus diplômés. Auschwitz a été organisé par des docteurs en droit et des ingénieurs.
  • Elle désigne un collectif qui n’existe pas encore vraiment : nous n’avons ni assemblée, ni volonté commune, ni sentiment d’appartenance à l’échelle du genre humain - mais nous avons désormais des problèmes qui ne se traitent qu’à cette échelle.

Le mot ne ment donc pas : il vise juste, parce qu’il vise un écart. Entre l’espèce que nous sommes et la qualité que nous devrions avoir. Entre les individus que nous rencontrons et le « nous » que nous invoquons. Entre ce que le fait autorise et ce que le droit exige.

Et la vraie question du thème n’est pas « qu’est-ce que l’homme ? » - question de manuel, à laquelle vous ne répondrez jamais. La vraie question est :

Qu’est-ce que cela nous engage à faire, de reconnaître quelqu’un comme un être humain ?

Parce que c’est là que tout se joue. Reconnaître l’humanité de quelqu’un, ce n’est pas constater un fait biologique : c’est renoncer à certaines choses - le mépris, l’usage, l’indifférence, l’oubli du nom. C’est coûteux. Et c’est révocable : chaque génération peut décider que certains n’en sont plus.

Ce que veut dire, très exactement, la formule de Kant sur l’éducation. Il ne s’agit pas d’une jolie phrase sur les bienfaits de l’école. Il s’agit d’un avertissement : l’humanité n’est acquise à personne, et elle recommence à chaque naissance.

C’est pour cela qu’on l’enseigne. C’est aussi pour cela que vous êtes là.

La carte mentale#

Tout le cours tient sur une page. Utilisez-la comme grille de révision : chaque branche est une étape, chaque feuille un point que vous devez pouvoir développer trois minutes.

Carte mentale

L’humanité : un thème et ses écarts

Huit branches, une conclusion : l’humanité est un écart.

  1. 1Les trois sens du mot

    • Espèce (fait) : Homo sapiens, 300 000 ans

    • Qualité (valeur) : manière d’être, vertu

    • Collectif (sujet) : un « nous » total (morts, vivants, futurs)

    • Origines et étymologie

      • Humanitas (Rome) : culture et bienveillance liées
      • Humus : le terrestre, le mortel
    • Piège : passer du fait (espèce) à la norme (valeur)

  2. 2Le propre de l’homme

    • Critères classiques : raison, langage, rire, technique, conscience de la mort

    • Défi de l’éthologie : outils, cultures locales, empathie chez l’animal

    • L’indétermination : l’homme comme être inachevé

  3. 3La fabrication de l’humain

    • Éducation (Kant, Érasme) : on ne naît pas homme, on le devient

    • Institutions universelles (Vico) : religion, mariage, sépulture

    • Reconnaissance quotidienne : bonjour, regard, exception à la règle

  4. 4La déshumanisation

    • Techniques de retrait : vocabulaire animalier, numérotation

    • Leçons du XXe siècle : obéissance, bureaucratie, banalité du mal

    • Réponse juridique : Nuremberg, crime contre l’humanité, dignité inconditionnelle

  5. 5L’humanité comme sujet collectif

    • Tension : nominalisme (Maistre) contre cosmopolitisme (stoïciens)

    • Idée régulatrice (Kant) : l’insociable sociabilité

    • Responsabilité future (Hans Jonas)

    • Anthropocène : l’humanité comme force géologique (Chakrabarty)

  6. 6Les nouvelles frontières

    • L’animal : spécisme contre devoirs de l’homme (Wolff)

    • La machine : Turing, IA et critère de vulnérabilité

    • L’augmenté : transhumanisme (objections : égalité, autonomie, hasard)

  7. 7Le procès de l’humanisme

    • Critique de l’abstraction : aimer l’humanité contre aimer les hommes

    • Critique de la domination : l’humanisme comme couverture (Foucault)

    • L’humanisme comme promesse : le levier des opprimés

  8. 8Conclusion : l’humanité est un écart

    • Entre ce que nous sommes et ce que nous devons être

    • Entre l’individu et le collectif

    • Une tâche à recommencer à chaque naissance

Boîte à outils#

1. Les huit distinctions à ne jamais rater

Ne confondez pas…avecLe partage
Humanité-espèceHumanité-qualitéUn fait / une valeur
Humanité-qualitéHumanité-collectifUne vertu / un sujet
HumanismeHumanitaireUne doctrine / une action d’urgence
HumanitaireHumanitarismeUn secours / une compassion abstraite
InhumainNon-humainUne cruauté / une simple différence d’espèce
Non-humainDéshumaniséUn statut / un processus subi
DignitéUtilitéSans prix / avec un prix (Kant)
Nature humaineCondition humaineUne essence donnée / une situation à assumer

2. Douze problématiques prêtes à l’emploi

  1. Peut-on être humain sans les autres ?
  2. Y a-t-il un propre de l’homme, ou seulement des degrés ?
  3. Faut-il mériter son humanité ?
  4. Le criminel contre l’humanité est-il encore un homme ?
  5. L’humanité peut-elle être victime ?
  6. Peut-on parler au nom de l’humanité ?
  7. Nos droits nous viennent-ils de notre humanité ou de notre appartenance à une cité ?
  8. L’humanité a-t-elle une histoire, ou seulement les hommes ?
  9. L’humanité doit-elle inclure les animaux ? les machines ? les morts ? les non-nés ?
  10. Aimer l’humanité, est-ce aimer les hommes ?
  11. Sommes-nous responsables de ce que l’humanité a fait avant nous ?
  12. Y a-t-il un sens à vouloir « améliorer » l’humain ?

3. Trois architectures de plan qui fonctionnent

Plan A

Le glissement des trois sens

I. L’humanité comme fait (espèce) → II. L’humanité comme valeur (qualité) → III. L’humanité comme tâche collective (sujet et projet).

Plan B

La dialectique du donné et de l’acquis

I. On est humain (nature, droit, dignité inconditionnelle) → II. On le devient (éducation, culture, institutions) → III. On peut cesser de l’être - d’où la nécessité d’un droit qui protège même ceux qui ne peuvent plus le revendiquer.

Plan C

L’épreuve des frontières

I. Les frontières héritées (l’animal, le barbare, l’esclave) → II. Leur effondrement (éthologie, anthropologie, droit international) → III. Les frontières nouvelles (embryon, fin de vie, machine, augmentation) : l’humanité comme décision toujours à reprendre.

4. Le corpus minimal (à savoir citer sans se tromper)

Antiquité - Aristote (le logos contre la simple voix) · Térence (rien d’humain ne m’est étranger) · Cicéron & Aulu-Gelle (humanitas = culture) · Sénèque (l’homme sacré à l’homme) · Sophocle, Antigone (la sépulture).

Renaissance & âge classique - Pic de la Mirandole (l’homme sans nature assignée) · Érasme (on est façonné homme) · Montaigne, Des Cannibales · Las Casas / Sepúlveda, Valladolid 1550 · Pascal (le roseau pensant) · Hobbes (l’homme, loup pour l’homme).

Lumières & XIXe - Rousseau (perfectibilité) · Kant (formule de l’humanité ; insociable sociabilité ; l’éducation) · Comte (plus de morts que de vivants) · Marx (l’architecte et l’abeille) · Darwin (différence de degré) · Nietzsche (l’animal qui peut promettre ; le surhumain).

XXe-XXIe - Bergson (Homo faber) · Freud (les trois blessures narcissiques) · Lévi-Strauss (Race et histoire ; prohibition de l’inceste) · Arendt (banalité du mal ; droit d’avoir des droits ; natalité) · Levi (Si c’est un homme) · Sartre (l’existence précède l’essence) · Camus (je me révolte, donc nous sommes) · Foucault (l’homme, invention récente) · Jonas (responsabilité envers les générations futures) · Singer / Diamond / Wolff (le débat animal) · Chakrabarty (Anthropocène).

Repères non philosophiques indispensables - Victor de l’Aveyron (1800) · Nuremberg, 8 août 1945 · DUDH, 10 décembre 1948 · Memphis, « I AM A MAN », 1968 · Rwanda 1994 · CRISPR / He Jiankui 2018.

5. Six pièges de copie

  1. Réciter le catalogue du « propre de l’homme » sans jamais interroger la validité du procédé lui-même. Le catalogue n’est pas une réponse, c’est un symptôme.
  2. Confondre humanité et humanisme. Le premier est un objet, le second une doctrine sur cet objet - laquelle a des adversaires sérieux.
  3. Moraliser. « Il faut être plus humain » n’est pas une thèse. Montrez plutôt pourquoi la bienveillance ne suffit pas et comment le droit prend le relais.
  4. Oublier le troisième sens. Beaucoup de copies traitent l’espèce et la qualité, et laissent tomber l’humanité comme collectif - c’est là pourtant qu’est toute l’actualité du thème.
  5. Faire du camp de concentration un argument de rhétorique. Sobriété, précision, exactitude des faits. Un exemple bien décrit vaut dix indignations.
  6. Croire que la frontière de l’humanité est un problème du passé. Elle est en train d’être redessinée cette année, dans les laboratoires, les tribunaux et les serveurs.

6. Le paradoxe à garder en tête toute l’année

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