Babel : une humanité, plusieurs langues
Babel semble raconter l’origine de la diversité des langues. Mais le récit pose une question beaucoup plus intéressante : une humanité unie doit-elle nécessairement être uniforme ?
Au commencement de Genèse 11, les hommes parlent une même langue. À la fin, ils sont dispersés et leurs langues sont multiples.
Entre les deux : une ville, une tour, une ambition collective.

1. Au commencement : une humanité unifiée#
Le récit s’ouvre sur une terre possédant une même langue et les mêmes paroles.
Voilà exactement ce dont rêverait peut-être aujourd’hui un ingénieur de la traduction universelle : zéro barrière linguistique.
Mais le texte ne transforme pas cette unité en paradis.
Au contraire, c’est à partir de cette unité que se développe le projet de Babel.
Premier paradoxe : parler tous la même langue ne garantit pas que le projet collectif soit juste.
2. « Faisons-nous un nom »#
Les bâtisseurs veulent ériger une ville et une tour et déclarent vouloir se faire un nom, précisément afin d’éviter leur dispersion sur la terre.
Deux désirs apparaissent donc :
LA PUISSANCE SYMBOLIQUE - avoir un nom.
LA CONCENTRATION - ne pas être dispersés.
Cela dépasse très largement l’architecture.
Le récit interroge une humanité qui veut se rassembler, s’identifier, se maintenir unie, bâtir grand.
3. Le problème est-il la hauteur ?#
Pas simplement.
4. Babel et la langue#
Le récit explique ensuite la diversification linguistique par la confusion du langage.
Son texte associe d’ailleurs le nom Babel à un jeu sur le verbe hébreu בָּלַל balal, « confondre, mêler ».
Nous obtenons alors une étrange humanité : commune par son origine, mais plurielle par ses langues.
Cela rejoint exactement notre page « L’humanité dans 20 langues ».
5. La diversité est-elle une malédiction ?#
Attention.
Le récit explique la pluralisation des langues dans le cadre d’une intervention divine qui empêche l’achèvement du projet.
Mais cela ne suffit pas à conclure : « toutes les différences culturelles sont une malédiction ».
À partir du texte, nous pouvons au contraire poser deux lectures philosophiques possibles.
Le texte devient alors extraordinairement moderne.
Pour viser plus haut#
À rapprocher de#
Lévi-Strauss : la diversité culturelle est-elle un obstacle ou une richesse ? Montaigne : comment rencontrer celui qui ne vit pas selon nos coutumes ? Cosmopolitisme : comment construire une communauté humaine sans État mondial uniforme ? Traduction : comprendre l’autre suppose-t-il de parler sa langue ? Intelligence artificielle : une traduction universelle supprimera-t-elle réellement l’incompréhension entre les hommes ?
La question est moins naïve qu’elle n’en a l’air.
À utiliser en dissertation#
Les 3 choses à retenir#
Où en es-tu ?
Crée ton compte gratuit pour garder la trace de ce que tu as appris, sur tous tes appareils.
Ton geste est conservé : il s’applique tout seul dès que tu es connecté. Toutes les pages restent lisibles sans compte.
À lire ensuite
Les suites de lecture les plus proches de cette page, calculées automatiquement.
- Étape suivante recommandéeSix scènes fondatrices pour penser l’humanitéDécouverte16 min de lecture
- Étape suivante recommandéeComment dit-on « humanité » dans 20 langues ?Découverte20 min de lecture
- Étape suivante recommandéeאדם, אנושות, אנושיות : comment l’hébreu pense-t-il L’humanité ?Découverte16 min de lecture
- Étape suivante recommandéeRenaissance et Nouveau Monde : l’autre homme est-il pleinement notre semblable ?Concours18 min de lecture
Notions
Bientôt disponible
- L’humanité est-elle une ou plurielle ?
- IA et avenir de l’humanité
Sources
- Genèse - chapitre 11

