Caïn et Abel : l’humanité commence-t-elle par la violence ?
Le premier meurtre raconté dans la Bible n’est pas une guerre entre nations, ni un meurtre commis contre un inconnu, ni un conflit entre civilisations.
C’est un fratricide. Caïn tue Abel.
Autrement dit, la première grande violence humaine de ce cycle narratif frappe précisément celui qui devrait être le plus proche : le frère.

1. Deux frères, deux activités#
Genèse 4 présente Abel comme gardien de troupeaux, et Caïn comme travailleur du sol.
Nous sommes donc déjà dans un monde humain marqué par :
- travail ;
- production ;
- différence d’activité ;
- offrande ;
- reconnaissance.
Puis vient la rivalité.
2. La violence n’est pas présentée comme inévitable#
Avant le meurtre, le texte adresse à Caïn une mise en garde qui implique précisément qu’une autre conduite demeure possible. Genèse 4,7 présente le mal comme une puissance à laquelle Caïn doit pouvoir résister.
C’est très important.
Le récit ne dit pas simplement : « l’homme est violent, voilà tout ».
Il introduit une responsabilité devant sa propre violence.
L’agressivité n’annule pas la responsabilité.
3. « Où est ton frère ? »#
Après le meurtre vient une question : où est Abel, ton frère ?
Caïn répond par la formule devenue célèbre :
הֲשֹׁמֵר אָחִי אָנֹכִי
en substance : « Suis-je le gardien de mon frère ? »
Cette phrase est l’une des plus puissantes de tout notre corpus.
Car toute la morale pourrait presque se construire autour de la réponse.
Suis-je responsable de mon frère ?
Caïn voudrait répondre : non.
Mais le récit entier semble poser la question inverse au lecteur.
4. De la fraternité biologique à la fraternité morale#
Voilà une distinction extraordinaire.
Abel est déjà le frère de Caïn.
Pourtant, cette donnée naturelle ou familiale ne suffit pas.
Caïn doit encore se comporter comme son frère.
Nous retrouvons exactement notre distinction générale :
appartenir à l’humanité n’est pas nécessairement faire preuve d’humanité.
De la même manière : avoir un frère ne suffit pas à être fraternel.
5. Le sang crie depuis la terre#
Après le meurtre, le texte associe le sang d’Abel au sol. Dieu déclare que le sang du frère « crie » depuis la terre et Caïn se retrouve maudit en relation avec cette terre.
Rappelez-vous : Adam vient de l’adamah.
La terre dont l’homme est issu devient maintenant le lieu qui reçoit le sang versé par l’homme.
Nous obtenons un enchaînement narratif saisissant :
- l’homme vient de la terre ;
- il cultive la terre ;
- il verse sur elle le sang de son frère.
L’humanité entre dans une histoire de responsabilité.
6. Le meurtrier n’est pas abandonné à la vengeance#
Autre détail essentiel.
Caïn craint ensuite d’être lui-même tué.
Le récit lui attribue alors un signe protecteur destiné à empêcher son meurtre.
Ce détail complique énormément une lecture simpliste.
Le meurtrier est puni.
Mais son meurtre ne doit pas enclencher automatiquement une chaîne illimitée de vengeance.
Question : comment une société peut-elle condamner le criminel sans reproduire indéfiniment son geste ?
Nous approchons déjà la distinction entre vengeance, justice, peine et protection.
7. Le meurtrier et la ville#
Puis arrive un passage absolument fascinant.
Genèse 4 associe Caïn à la fondation d’une ville appelée du nom de son fils Hénoc.
Et dans les générations suivantes apparaissent dans le récit :
- élevage nomade ;
- musique ;
- travail du cuivre et du fer.
Autrement dit : violence et civilisation ne sont pas racontées comme deux histoires absolument séparées.
La même généalogie narrative fait apparaître meurtre, ville, arts, techniques.
C’est intellectuellement vertigineux.
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Attention au contresens#
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Les 4 choses à retenir#
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Auteurs
Bientôt disponible
- L’humanité suppose-t-elle la fraternité ?
- Rousseau et l’humanité
Sources
- Genèse - chapitre 4

