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Adam et Ève : que dit réellement la Genèse sur l’être humain ?

Adam est probablement l’une des figures les plus connues de toute l’histoire culturelle occidentale. Et pourtant, c’est aussi l’une des plus mal lues.

Le mot hébreu adam ne fonctionne pas toujours comme notre prénom « Adam » : selon les passages, il peut désigner l’humain, l’homme ou l’humanité de manière générique.

Commençons donc par revenir au texte.

La Création d'Adam de Michel-Ange : deux mains qui se tendent l'une vers l'autre.
Michel-Ange : entre les deux doigts, un écart. L'humain est fait à l'image, mais il n'est pas confondu avec ce qui le crée.Michelangelo · circa 1511 date · Public domain — Wikimedia Commons

1. Deux grandes entrées dans la création de l’humain#

Genèse 1 et Genèse 2 ne racontent pas la création de l’humain de la même manière narrative.

Dans Genèse 1 : l’humain est créé à l’image de Dieu, sous la forme mâle et femelle.

Dans Genèse 2 : le récit se concentre sur ha-adam, l’humain façonné à partir du sol, placé dans le jardin puis mis en relation avec la femme.

Pour notre cours, ne cherchons pas à effacer la différence.

Elle nous offre au contraire deux portes philosophiques : la valeur singulière de l’homme et son enracinement terrestre.

2. « À l’image de Dieu »#

La formule hébraïque בְּצֶלֶם אֱלֹהִים be-tselem Elohim apparaît en Genèse 1,27.

Le texte associe cette création à la distinction mâle/femelle.

Il ne dit donc pas : seul tel homme, telle classe, tel peuple, tel sexe porte cette image.

Pour l’histoire des idées, ce point sera extrêmement fécond.

Mais attention à la méthode.

3. Adam et adamah#

Genèse 2,7 rapproche אדם adam et אדמה adamah.

Le texte présente l’humain comme formé à partir de la poussière du sol avant de recevoir le souffle de vie.

La condition humaine apparaît alors entre deux pôles :

LA TERRE - matière, corps, mortalité.

LE SOUFFLE - vie, animation, singularité.

L’homme n’est donc pas défini seulement par sa supériorité.

Il porte jusque dans son nom narratif la mémoire de sa fragilité terrestre.

4. Cultiver et garder un monde#

Genèse 2,15 place l’humain dans le jardin avec une double tâche formulée en hébreu autour de l’idée de le travailler et de le garder.

Cela offre deux lectures extrêmement intéressantes.

L’être humain est transformateur du monde, mais aussi gardien d’un monde qu’il n’a pas créé.

Cette tension peut devenir aujourd’hui une très belle entrée écologique.

L’homme n’est ni un animal complètement passif dans son environnement, ni nécessairement un propriétaire absolu de la nature.

5. La limite apparaît avant la transgression#

Avant l’épisode du serpent, il y a une règle.

L’humain peut manger des arbres du jardin à l’exception de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Cette donnée est philosophiquement précieuse.

La liberté existe parce qu’une alternative existe.

S’il était physiquement impossible de désobéir, l’interdiction n’aurait pas le même sens.

La possibilité du mal et celle de la liberté deviennent difficiles à séparer.

6. La connaissance : progrès ou perte ?#

Le récit de Genèse 3 est souvent caricaturé : « L’homme mange une pomme parce qu’il veut être intelligent. »

Après la transgression, le récit décrit une transformation de la manière dont les humains se perçoivent eux-mêmes et aboutit à leur sortie du jardin.

Question vertigineuse : l’accès à certaines formes de conscience est-il en même temps une perte d’innocence ?

L’humanité serait alors l’être qui gagne en savoir ce qu’il perd en immédiateté.

7. L’humain n’est pas seul#

Genèse 2 insiste également sur l’insuffisance de l’isolement humain avant l’apparition de la femme dans le récit.

Sans entrer ici dans les siècles d’interprétation théologique de ce passage, retenons une idée simple : l’être humain est immédiatement pensé dans la relation.

Cela peut être rapproché de :

  • Aristote ;
  • Hegel ;
  • Levinas ;
  • la socialisation ;
  • le langage.

Sommes-nous humains avant les autres ou avec les autres ?

Pour viser plus haut#

À utiliser en dissertation#

Les 5 choses à retenir#

Documents

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Fresque de l'expulsion du jardin d'Éden : deux corps nus qui s'éloignent, la main sur le visage.
L'expulsion : le récit ne raconte pas une chute biologique mais l'entrée dans la conscience, le travail et la mort.Masaccio · 1426-1428 (altered in 1680, and restored in 1980) · Public domain — Wikimedia Commons

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Sources

  • Genèse - chapitres 1 à 3 et 5
  • Déclaration universelle des droits de l’homme - 1948

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