Concours18 min de lectureFiche auteur

Hobbes et L’humanité : pourquoi avons-nous besoin des autres si nous nous menaçons ?

Comment des êtres relativement égaux, vulnérables et concurrents peuvent-ils parvenir à vivre ensemble ?

Le Leviathan paraît en 1651 et constitue l’expression la plus célèbre de la philosophie politique de Hobbes. Son chapitre XIII analyse la « condition naturelle » de l’humanité en l’absence d’un pouvoir commun capable d’imposer la paix.

Portrait peint de Thomas Hobbes, vêtu de noir, tenant un livre.
Hobbes vers la fin de sa vie : l'auteur du Leviathan a vu la guerre civile anglaise de près, et sa théorie de l'état de nature en garde la trace.John Michael Wright · Public domain — Wikimedia Commons

Fiche rapide#

Fiche rapide

Auteur
Thomas Hobbes
Dates
1588-1679
Œuvre essentielle
Leviathan, 1651
À connaître
chapitre XIII, l’état de nature
Question fondamentale pour L’humanité
Comment des êtres relativement égaux, vulnérables et concurrents peuvent-ils parvenir à vivre ensemble ?

Le Leviathan paraît en 1651 et constitue l’expression la plus célèbre de la philosophie politique de Hobbes. Son chapitre XIII analyse la « condition naturelle » de l’humanité en l’absence d’un pouvoir commun capable d’imposer la paix.

1. Le problème commence par l’égalité#

Nous imaginons parfois que la violence vient d’abord de l’inégalité.

Hobbes commence presque à l’envers.

Les hommes sont suffisamment proches en force et en capacités pour qu’aucun ne puisse se considérer définitivement à l’abri d’un autre.

Même celui qui est physiquement plus faible peut :

  • s’allier ;
  • surprendre ;
  • ruser ;
  • attaquer pendant le sommeil.

L’égalité hobbesienne n’est donc pas encore l’égalité morale de Kant ou l’égalité juridique des droits humains.

C’est d’abord une égalité de vulnérabilité et de prétention à poursuivre ses propres fins.

2. Pourquoi les hommes entrent-ils en conflit ?#

Dans l’état de nature hobbesien, plusieurs individus peuvent vouloir :

  • la même ressource ;
  • la même sécurité ;
  • le même espace ;
  • la même réputation ;
  • le même avantage.

Lorsque leurs fins sont incompatibles, la concurrence apparaît.

Mais Hobbes ajoute quelque chose de plus subtil :

Je peux avoir intérêt à vous attaquer parce que je crains que vous ne m’attaquiez.

La violence peut donc naître sans haine particulière.

Elle peut provenir de la méfiance réciproque.

C’est l’un des aspects les plus puissants de Hobbes : même des individus capables de raison peuvent produire collectivement une situation désastreuse lorsqu’aucune règle commune n’est suffisamment garantie.

3. « La guerre de tous contre tous »#

L’état de nature n’exige pas que les hommes soient en permanence physiquement en train de se battre.

Ce qui importe est l’absence d’une sécurité suffisamment assurée.

Hobbes décrit alors une condition privée d’industrie stable, d’agriculture sûre, de commerce durable, d’arts et de société sécurisée, sous la menace constante d’une mort violente. C’est dans ce contexte qu’apparaît sa célèbre description d’une vie « solitary, poore, nasty, brutish, and short ».

4. Alors pourquoi la société ?#

Parce que les hommes possèdent également une raison capable d’identifier les conditions de la paix.

Ils comprennent qu’ils ont intérêt à renoncer à certaines libertés réciproques si les autres font de même.

Mais une promesse ne suffit pas.

Si chacun peut trahir sans sanction, la défiance revient.

D’où la nécessité hobbesienne d’un pouvoir commun suffisamment fort pour garantir l’ordre politique.

5. L’humanité a-t-elle besoin d’un gendarme ?#

Voilà la grande question.

Une conception très optimiste pourrait dire :

Si les hommes comprennent qu’ils sont frères, ils coopéreront.

Hobbes répondrait :

Ce n’est pas si simple.

La reconnaissance d’une humanité commune n’élimine :

  • ni les intérêts contradictoires ;
  • ni la peur ;
  • ni la rareté ;
  • ni la rivalité ;
  • ni le besoin de sécurité.

La morale ne suffit donc peut-être pas.

L’humanité a aussi besoin d’institutions.

À rapprocher de#

Rousseau - Il reprochera à Hobbes de projeter dans l’homme naturel des passions produites par la société. Rousseau soutient notamment que Hobbes n’accorde pas assez de place à la pitié naturelle.

Freud - La civilisation doit-elle contenir certaines tendances agressives ?

Kant - Comment passer d’une coexistence fondée sur la contrainte à une moralité véritablement autonome ?

Caïn - La fraternité naturelle suffit-elle à empêcher la violence ?

Relations internationales - Que se passe-t-il lorsqu’aucun souverain mondial ne dispose du monopole de la contrainte entre les États ?

Pour viser plus haut#

À utiliser en dissertation#

Les 4 choses à retenir#

Cinq auteurs, cinq manières de faire exploser la question « Qu’est-ce que l’homme ? »

AuteurQuestionIdée à retenir
HobbesPourquoi avons-nous besoin d’un ordre politique ?Notre vulnérabilité mutuelle rend la paix institutionnellement nécessaire.
RousseauCe que nous voyons chez l’homme est-il naturel ?L’homme est libre et perfectible, donc historiquement transformable.
KantPourquoi respecter chaque personne ?L’humanité ne doit jamais être réduite à un simple moyen.
DarwinD’où vient l’homme ?L’humanité appartient à la continuité évolutive du vivant.
NietzscheL’homme actuel est-il un aboutissement ?L’homme peut être pensé comme passage et dépassement.

Le chemin intellectuel

  1. Hobbes

    L’homme doit être contenu.

  2. Rousseau

    Attention : la société transforme l’homme que vous prétendez décrire.

  3. Kant

    L’homme comme personne doit être respecté.

  4. Darwin

    Mais l’homme appartient au vivant.

  5. Nietzsche

    Et rien ne garantit que l’homme actuel soit le dernier mot de son histoire.

En cinq auteurs, le thème passe donc de la nature humaine à la société, de la société à la dignité, de la dignité à l’évolution et de l’évolution au dépassement de l’homme.

Documents

Images du domaine public ou sous licence libre, avec leur source.

Frontispice du Leviathan : un souverain géant dont le corps est composé de milliers de corps humains.
Le frontispice du Leviathan (1651) est déjà un argument : le corps du souverain est littéralement fait des individus qui lui ont transféré leur droit.Abraham Bosse · 1651 · CC0 — Wikimedia Commons

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  • L’humanité suppose-t-elle la fraternité ?
  • Qu’est-ce qui unit les hommes ?

Sources

  • Hobbes, Leviathan - chapitre XIII
  • Stanford Encyclopedia of Philosophy - « Hobbes’s Moral and Political Philosophy »

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