Approfondissement15 min de lecturePage historique / linguistique

La Grèce antique : qu’est-ce qui distingue l’homme ?

Les Grecs ne nous ont pas transmis une doctrine unique de « l’humanité ». Ils nous ont légué mieux : plusieurs manières concurrentes de poser la question de l’homme.

Socrate interroge la vie bonne. Platon interroge l’âme et la raison. Aristote pense l’homme comme vivant, parlant et politique. Les Stoïciens élargissent progressivement l’horizon vers une communauté cosmopolitique.

Une grande partie de nos questions modernes est déjà là, mais dans des cadres très différents des nôtres.

Le Parthénon d'Athènes vu de face, colonnes doriques sous un ciel clair.
Athènes : la cité invente un espace où l'on discute publiquement de ce qui est juste. L'anthrōpos grec est un être de parole.Steve Swayne · 1978-08-26 13:45:00 · CC BY 2.0 — Wikimedia Commons

1. Premier piège : imaginer « les Grecs »#

Il n’existe pas un cerveau collectif nommé : LES GRECS.

Athènes, Sparte, les différentes cités, les philosophes et les écoles proposent des conceptions multiples de la vie humaine.

Notre première règle sera donc : toujours nommer l’auteur et le contexte.

2. Socrate : la question de l’homme devient morale#

Avec Socrate, tel que les textes platoniciens nous le transmettent, philosopher consiste en grande partie à interroger :

  • le juste ;
  • la vertu ;
  • le courage ;
  • le savoir ;
  • la manière de vivre.

L’homme n’est donc pas seulement un objet biologique.

Il devient l’être qui doit se demander : comment faut-il vivre ?

Ce déplacement est immense.

3. Platon : sommes-nous essentiellement notre âme ?#

Chez Platon, la réflexion sur l’homme conduit constamment vers :

  • l’âme ;
  • le désir ;
  • la raison ;
  • l’éducation ;
  • la justice.

La cité elle-même devient un laboratoire permettant de comprendre les conflits internes de l’être humain.

Une question appelée à traverser les siècles apparaît :

Qu’est-ce qui, en nous, doit gouverner ? Le désir ? La force ? La raison ?

4. Aristote : l’homme reste un animal#

C’est fondamental.

Aristote ne dit pas : « L’homme n’est pas un animal. »

Il le définit comme : un animal politique.

Dans Politique I, il relie cette dimension politique à la capacité humaine de parole permettant notamment de faire apparaître l’utile, le nuisible, le juste et l’injuste.

Nous obtenons donc : l’animalité, le logos, la cité.

L’humanité est enracinée dans le vivant mais se développe dans le langage et la vie commune.

5. Peut-on être humain seul ?#

La réponse aristotélicienne est particulièrement stimulante.

La cité n’est pas simplement une entreprise de sécurité.

La vie avec d’autres hommes contribue à la possibilité d’une existence proprement humaine.

Aristote affirme même que celui qui vit par nature hors de la cité serait inférieur ou supérieur à l’homme.

Cela permet de demander :

L’individu vient-il avant la société ?

ou : certaines facultés humaines n’existent-elles pleinement qu’avec les autres ?

6. Mais l’universel grec possède ses frontières#

C’est ici qu’il faut devenir beaucoup plus exigeant.

On pourrait être tenté de faire d’Aristote le père tranquille d’une humanité universelle. Ce serait faux.

Dans la même Politique, il défend une théorie de l’esclavage naturel, selon laquelle certains hommes seraient naturellement destinés à être gouvernés et à appartenir à d’autres.

Ce texte aura une postérité considérable, notamment lors des débats modernes sur la conquête.

7. Les Stoïciens élargissent la communauté#

Les philosophies hellénistiques modifient progressivement l’échelle.

Avec le stoïcisme, l’idée cosmopolitique prend une importance considérable.

Le noyau du cosmopolitisme est que les êtres humains peuvent être pensés comme membres d’une communauté dépassant leur appartenance à une cité ou un État particulier.

Les Stoïciens romains développeront particulièrement cette idée d’une connexion entre les êtres humains fondée sur leur nature rationnelle commune.

Pour viser plus haut#

À utiliser en dissertation#

Les 4 choses à retenir#

Documents

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Buste antique de Sophocle, barbe bouclée, marbre blanc.
Sophocle, Antigone : « Il y a bien des merveilles, mais rien de plus merveilleux que l'homme » — le mot grec dit aussi l'inquiétant.user:shakko · 2008 · CC BY-SA 3.0 — Wikimedia Commons
Buste antique de Platon en marbre.
Platon : l'homme se définit moins par son corps que par son rapport au vrai, et cette définition est déjà un programme moral.Marie-Lan Nguyen · 2009 · CC BY 2.5 — Wikimedia Commons
Buste antique d'Aristote en marbre.
Aristote : l'homme est un vivant politique. Hors de la cité, dit-il, il faut être une bête ou un dieu.After Lysippos · after 330 BC · Public domain — Wikimedia Commons

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Sources

  • Aristote - Politique, livre I
  • Stanford Encyclopedia of Philosophy - entrée Cosmopolitanism

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