Découverte25 min de lecturePage historique / linguistique

De la Préhistoire à l’IA : 30 moments qui ont changé notre conception de l’humanité

L’humanité n’a pas toujours pensé l’humanité de la même manière. Pendant des millénaires, les hommes n’ont d’ailleurs pas disposé de notre concept moderne d’un genre humain universel doté des mêmes droits.

L’histoire est beaucoup plus accidentée. Elle passe par les premières sépultures, les mythes, la cité grecque, l’idée stoïcienne d’une communauté des êtres raisonnables, la humanitas romaine, les religions universalistes, la Renaissance, la découverte européenne des Amériques, l’esclavage et la colonisation, les Lumières, Darwin, les génocides, les droits humains, et désormais l’intelligence artificielle et le transhumanisme.

Cette histoire ne ressemble pas à une autoroute menant tranquillement vers le progrès. Chaque élargissement de l’idée d’humanité a coexisté avec de nouvelles manières d’en exclure certains hommes.

La grande frise : 30 moments à retenir#

Aux origines

  1. 01Préhistoire

    Les premiers outils

    Bien avant Homo sapiens, différentes espèces humaines fabriquent des outils.

    Le Smithsonian rappelle que plusieurs espèces humaines anciennes ont utilisé des technologies de plus en plus complexes.

    Première leçon : la technique ne suffit probablement pas, à elle seule, à définir notre espèce.

  2. 02Préhistoire

    La maîtrise du feu

    Le contrôle du feu transforme l’alimentation, la protection et probablement certaines formes de sociabilité autour du foyer.

    L’humain devient celui qui transforme son environnement pour rendre le monde habitable.

  3. 03Préhistoire

    Les premières sépultures

    Des populations humaines anciennes enterrent leurs morts. Le Smithsonian documente notamment des sépultures associées à Néandertal et à Homo sapiens.

    Enterrer un mort pose une question extraordinaire.

    Question · Que signifie pour un vivant de traiter autrement le corps d’un mort ?

  4. 04Préhistoire

    Symboles, parures et représentations

    Pigments, ornements, images et autres pratiques symboliques apparaissent dans l’histoire des populations humaines anciennes.

    L’homme n’habite peut-être pas seulement un environnement. Il habite un monde de significations.

Récits et mythes

  1. 05Civilisations anciennes

    Les grands récits d’origine

    Les civilisations racontent d’où viennent les hommes.

    Adam, Prométhée, récits mésopotamiens, traditions indiennes ou chinoises : avant l’anthropologie scientifique, l’origine de l’homme appartient d’abord au récit, au mythe et à la religion.

  2. 06Mythologie grecque

    Prométhée

    La mythologie grecque associe profondément la condition humaine à la technique et à la conquête de pouvoirs qui ne nous étaient pas spontanément donnés.

    Question · L’homme est-il l’animal qui doit fabriquer ce qui lui manque ?

Grèce antique

  1. 07Antiquité grecque

    La cité grecque

    Avec les Grecs, la question de l’homme devient inséparable de celle de la cité.

    Aristote dira que l’homme est « par nature un animal politique » et reliera sa spécificité à la parole permettant notamment de discuter du juste et de l’injuste.

  2. 08Antiquité grecque

    Socrate : prendre soin de son âme

    Une grande rupture philosophique consiste à demander non seulement :

    « Qu’est-ce que l’homme ? » mais : « Comment doit-il vivre ? »

    L’humanité devient une question éthique.

  3. 09Antiquité grecque

    Platon : l’homme entre corps et âme

    Avec Platon s’impose durablement une interrogation qui traversera la philosophie occidentale.

    Question · Sommes-nous essentiellement notre corps, notre âme, notre raison, ou l’unité de ces dimensions ?

  4. 10Antiquité grecque

    Aristote : l’animal rationnel et politique

    L’homme reste un vivant, un zôon.

    Sa spécificité ne consiste pas nécessairement à sortir du règne animal mais à posséder certaines capacités particulières, dont le langage raisonné et la vie politique.

  5. 11Époque hellénistique

    Les Stoïciens : vers une communauté humaine plus vaste

    Le stoïcisme développe des conceptions cosmopolitiques dans lesquelles les êtres humains sont reliés au-delà de leurs appartenances politiques locales. La tradition stoïcienne romaine étend particulièrement l’idée d’une communauté fondée sur la rationalité commune.

    L’homme devient potentiellement : citoyen du monde.

Rome et universalismes antiques

  1. 12Rome

    Rome invente la grande fortune de humanitas

    Le latin humanitas associe notamment formation, culture et qualités humaines.

    Aulu-Gelle rapporte que les anciens auteurs latins rapprochaient humanitas de la paideia, c’est-à-dire de l’éducation et de la formation dans les arts libéraux.

  2. 13Antiquité tardive

    Le christianisme et l’universalisme du salut

    Dans le christianisme antique, l’appartenance à une communauté religieuse peut transcender les appartenances politiques et ethniques ordinaires. Le cosmopolitisme antique et certaines formes d’universalisme chrétien entretiendront une histoire complexe.

    Mais universalité spirituelle ne signifie évidemment pas encore égalité politique moderne.

  3. 14Moyen Âge

    Le Moyen Âge : l’homme comme créature

    Une large partie de la pensée médiévale européenne pense l’homme à partir de sa relation : à Dieu ; à la création ; au péché ; à la liberté ; au salut.

    L’homme n’est pas encore pensé comme souverain absolu de lui-même.

Renaissance et Nouveau Monde

  1. 15XVe-XVIe siècle

    La Renaissance et la dignité de l’homme

    La redécouverte des textes antiques, l’éducation humaniste et les transformations intellectuelles de la Renaissance replacent la formation de l’homme au centre de nombreuses réflexions.

    Le terme moderne « humanisme » naîtra plus tard, mais il désignera notamment cette grande tradition des studia humanitatis.

  2. 161492

    Le choc américain

    Le voyage de Colomb ouvre une nouvelle phase de contact, de conquête et de colonisation européenne des Amériques.

    Pour les Européens, la rencontre avec des sociétés inconnues bouleverse leurs représentations géographiques, politiques et anthropologiques. La BnF montre combien cette découverte d’un « Nouveau Monde » ébranle les certitudes européennes.

  3. 171550-1551

    Las Casas et Sepúlveda

    À Valladolid, en 1550-1551, Las Casas et Sepúlveda s’opposent notamment sur la conquête, la guerre, la domination et l’usage de la doctrine aristotélicienne de l’esclavage naturel à propos des peuples américains.

    Question · Peut-on affirmer l’unité du genre humain tout en hiérarchisant les hommes ?

  4. 181580

    Montaigne : « barbare », selon qui ?

    Dans « Des cannibales », publié en 1580, Montaigne retourne le regard européen vers lui-même.

    Les peuples que l’Europe appelle « sauvages » deviennent un miroir critique de la civilisation européenne. La BnF replace précisément le texte dans le contexte des descriptions des Tupinamba du Brésil.

Âge classique et Lumières

  1. 19XVIIe siècle

    La raison devient un critère majeur

    Avec Descartes et la philosophie moderne, la pensée, la conscience et la raison acquièrent une place déterminante dans la définition de l’homme.

    La question homme/animal prend une nouvelle intensité.

  2. 20XVIIe siècle

    Hobbes : l’homme dangereux pour l’homme ?

    La politique moderne interroge avec une nouvelle radicalité.

    Humanité et politique deviennent indissociables.

    Question · Comment faire société avec des êtres capables de rivalité, de peur et de violence ?

  3. 21XVIIIe siècle

    Rousseau : nature ou civilisation ?

    Au XVIIIe siècle, Rousseau demande ce qui appartient originellement à l’homme et ce que la société a produit en lui.

    La civilisation n’est plus nécessairement synonyme d’humanisation.

  4. 22XVIIIe siècle

    Kant : l’humanité devient une exigence morale

    Chez Kant, « l’humanité » ne désigne pas uniquement notre espèce.

    Elle doit être respectée dans chaque personne comme une fin et non comme un simple moyen.

    L’humain acquiert une valeur morale qui interdit sa simple instrumentalisation.

  5. 231789

    Les « droits de l’homme »

    La Déclaration française proclame des droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme.

    Femmes, esclaves, colonisés et populations sans droits politiques révèlent l’écart possible entre principe universel et réalité historique.

    Question · Qui est effectivement inclus dans cet universel ?

XIXe siècle

  1. 24XIXe siècle

    Abolition et émancipation

    L’abolition des esclavages et les luttes politiques pour l’égalité transforment progressivement le périmètre de la communauté juridique et morale.

    L’universel doit désormais être confronté à ceux qu’il avait laissés à sa périphérie.

  2. 251871

    Darwin replace l’homme dans l’évolution

    Dans The Descent of Man, publié en 1871, Darwin applique explicitement la théorie de l’évolution à l’homme et à son origine.

    Le choc est considérable : l’homme possède une histoire naturelle. Notre espèce appartient au vivant.

  3. 26Début du XXe siècle

    Freud : l’homme n’est pas maître chez lui

    La psychanalyse trouble l’idée d’un sujet parfaitement transparent et rationnel.

    L’humain découvre en lui-même des forces qu’il ne gouverne pas entièrement.

XXe siècle

  1. 271914-1945

    Le progrès devient suspect

    Les guerres mondiales, les totalitarismes, la Shoah et les violences de masse font exploser l’idée naïve selon laquelle progrès scientifique, civilisation et progrès moral iraient nécessairement ensemble.

    Question · Comment l’humanité civilisée a-t-elle pu produire l’inhumain industriellement ?

  2. 281948

    La « famille humaine »

    Le 10 décembre 1948, l’Assemblée générale des Nations unies adopte la Déclaration universelle des droits de l’homme. Son architecture repose notamment sur l’égale dignité des membres de la famille humaine.

    L’humanité devient explicitement une communauté universelle de droits.

Aujourd’hui

  1. 29Fin du XXe siècle

    L’homme devient responsable de la planète

    Les transformations environnementales conduisent à réfléchir à l’humanité non seulement comme espèce vulnérable, mais comme puissance capable de modifier profondément son environnement. Le débat sur l’Anthropocène cristallise cette nouvelle représentation.

    Nous passons de « Qu’est-ce que l’homme ? » à : « De quoi l’humanité est-elle responsable ? »

  2. 30XXIe siècle

    Faut-il encore réserver l’humanité aux humains ?

    Intelligence artificielle, interfaces cerveau-machine, génétique, transhumanisme, droits des animaux et exploration spatiale font surgir une nouvelle frontière.

    Pendant des siècles, nous demandions : qu’est-ce qui distingue l’homme ?

    Question · Ces différences justifient-elles encore tous les privilèges moraux que nous accordons à notre espèce ? Et, plus vertigineux encore : un être non humain pourrait-il un jour devenir une personne ?

Ce que raconte vraiment cette frise#

Il serait tentant de raconter :

Préhistoire → Antiquité → Renaissance → Lumières → droits humains → progrès.

Ce serait trop simple.

L’histoire de l’humanité est pleine de contradictions.

Les Grecs élaborent d’immenses philosophies de l’homme tout en vivant dans des sociétés esclavagistes. Aristote lui-même défend une doctrine de l’esclavage naturel.

Rome développe humanitas sans reconnaître l’égalité universelle moderne.

La Renaissance exalte la culture humaine au moment où commencent de gigantesques entreprises impériales.

Les Lumières affirment l’universel tandis que l’esclavage et la colonisation persistent.

Le XXe siècle développe science, médecine et industrie tout en inventant des capacités inédites de destruction.

Pour viser plus haut#

Les 5 questions qui traversent toute l’histoire#

Approfondir : les quatre étapes disponibles#

Documents

Images du domaine public ou sous licence libre, avec leur source.

Peinture de Delacroix : une femme portant le drapeau tricolore au-dessus des barricades.
La Liberté guidant le peuple (1830) : l'histoire comme lieu où l'humanité se conquiert, barricade après barricade.Eugène Delacroix · between October 1830 and December 1830 date Romanticism (second half of 18 th century date –first half of 19 th century date ) · Public domain — Wikimedia Commons

Où en es-tu ?

Crée ton compte gratuit pour garder la trace de ce que tu as appris, sur tous tes appareils.

Ton geste est conservé : il s’applique tout seul dès que tu es connecté. Toutes les pages restent lisibles sans compte.

À lire ensuite

Les suites de lecture les plus proches de cette page, calculées automatiquement.

Bientôt disponible

  • Humanité et religions
  • L’humanité au Moyen Âge
  • Les Lumières et l’humanité
  • Rousseau et l’humanité
  • Kant et l’humanité
  • Darwin et l’humanité
  • Le XXe siècle et l’inhumain
  • 1948 et la Déclaration universelle
  • Humanité et Anthropocène
  • IA et avenir de l’humanité

Sources

  • Smithsonian, Human Origins Program - outils, feu, sépultures, symboles
  • Aristote - Politique, livre I
  • Aulu-Gelle - Nuits attiques, humanitas et paideia
  • Stanford Encyclopedia of Philosophy - entrée Cosmopolitanism
  • BnF - dossiers sur la découverte européenne des Amériques et Montaigne
  • Darwin - The Descent of Man, 1871
  • Nations unies - Déclaration universelle des droits de l’homme, 10 décembre 1948

Une erreur sur cette page ? Signale-la.