Découverte14 min de lecturePage historique / linguistique

Préhistoire : quand sommes-nous devenus humains ?

À quel moment sommes-nous devenus humains ? La question semble appeler une date. Elle n’en a probablement pas.

L’évolution ne fonctionne pas avec un interrupteur : hier animal, aujourd’hui humain. Les caractéristiques que nous associons à l’humanité apparaissent progressivement, et plusieurs d’entre elles existaient déjà sous certaines formes chez d’autres espèces humaines.

Le Smithsonian insiste précisément sur ce point : plusieurs caractéristiques comportementales attribuées aux humains modernes étaient également présentes, à des degrés variables, chez d’autres groupes humains anciens.

Peintures pariétales de Lascaux : silhouettes d'animaux ocre et noires sur la paroi.
Lascaux : les premières images connues représentent surtout des animaux. L'humanité se dit d'abord en peignant ce qu'elle n'est pas.EU · February 2006 · Public domain — Wikimedia Commons

1. L’outil ne suffit pas#

On a longtemps aimé définir l’homme comme :

Homo faber, l’homme fabricant.

Mais différents hominines ont produit des outils, et l’usage d’outils existe également chez d’autres espèces animales.

La technique reste essentielle à notre histoire, mais elle cesse d’être un certificat d’humanité suffisant.

2. Le feu : fabriquer un monde humain#

Le contrôle du feu donne à certaines populations humaines anciennes un pouvoir extraordinaire :

  • chaleur ;
  • protection ;
  • cuisson ;
  • lumière ;
  • transformation des aliments ;
  • rassemblement.

Le Smithsonian souligne que les foyers deviennent également des lieux où l’on peut manger et socialiser.

La technique ne sert donc pas seulement à survivre.

Elle contribue à produire un milieu humain.

3. Enterrer ses morts#

Les sépultures anciennes constituent l’un des indices les plus bouleversants du comportement humain.

Des sépultures sont associées aussi bien à Homo sapiens qu’à Néandertal. Le Smithsonian décrit notamment des fosses funéraires néandertaliennes et les interprète dans le cadre de comportements sociaux liés aux morts.

Pourquoi enterrer ?

Nous ne pouvons évidemment pas interroger directement ceux qui l’ont fait. Mais le geste permet de poser plusieurs questions :

  • Le mort reste-t-il membre du groupe ?
  • Existe-t-il déjà une représentation symbolique de la mort ?
  • La mémoire du disparu devient-elle collective ?
  • La conscience de notre mortalité contribue-t-elle à notre humanité ?

4. L’art : pourquoi représenter ce qui n’est pas là ?#

Pigments, parures, gravures et arts figuratifs témoignent du développement de mondes symboliques complexes. Le Smithsonian intègre explicitement symboles et art à son étude de l’émergence des comportements humains.

Créer une image est une opération étrange.

Je peux faire exister ici quelque chose qui n’est pas ici.

L’être humain semble pouvoir habiter simultanément :

  • le réel ;
  • le souvenir ;
  • le possible ;
  • l’imaginaire.

L’art devient donc une piste pour penser l’humanité.

5. Néandertal trouble notre frontière#

Pendant longtemps, la représentation populaire de Néandertal fut celle d’un être presque brutal situé entre l’animal et l’homme moderne.

Les données disponibles compliquent fortement cette caricature.

Le Smithsonian attribue aux Néandertaliens :

  • outils sophistiqués ;
  • contrôle du feu ;
  • vêtements ;
  • chasse ;
  • objets symboliques ou décoratifs occasionnels ;
  • pratiques funéraires.

Alors que reste-t-il de notre frontière confortable ?

Peut-être faut-il arrêter de penser humain / non-humain comme deux boîtes absolument étanches dans l’histoire évolutive.

6. Homo sapiens : une espèce parmi d’autres#

Tous les humains actuels appartiennent à Homo sapiens.

Mais notre espèce n’a pas toujours été la seule forme humaine sur Terre. Le Smithsonian replace Homo sapiens dans une histoire évolutive comprenant plusieurs espèces du genre Homo.

Cette donnée produit une expérience mentale magnifique :

« humanité » signifie-t-elle « Homo sapiens » ?

Aujourd’hui, les deux ensembles coïncident pratiquement.

Mais historiquement, la question est beaucoup moins simple.

Si Néandertal existait encore aujourd’hui :

  • aurait-il des droits humains ?
  • serait-il une personne ?
  • dirions-nous « l’humanité » pour inclure deux espèces ?

Excellent sujet de réflexion.

Pour viser plus haut#

À utiliser en dissertation#

Les 4 choses à retenir#

Documents

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Panneau de la grotte Chauvet : lions et rhinocéros dessinés au charbon.
Chauvet, environ 36 000 ans avant notre ère : la maîtrise du trait est déjà complète, très loin de l'idée d'un art « primitif ».Claude Valette · 2016-03-04 21:13:14 · CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons
Petite statuette préhistorique représentant un visage humain sculpté dans l'ivoire.
L'une des plus anciennes représentations d'un visage humain : la figuration de soi arrive tard, après celle des animaux.PHGCOM · 2009 · Public domain — Wikimedia Commons

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Sources

  • Smithsonian, Human Origins Program - outils, feu, sépultures, symboles, Néandertal

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