Concours24 min de lectureGrande problématique

Existe-t-il un progrès moral de L’humanité ?

Il est relativement facile de comparer deux ordinateurs. Mais comment comparer moralement deux siècles ?

Moins de violence ? Davantage d’égalité, de liberté, de droits ? Et surtout : qui choisit le critère ?

Voilà pourquoi le progrès moral est infiniment plus difficile à établir que le progrès technique.

Le point de départ#

Il est relativement facile de comparer deux ordinateurs.

L’un calcule plus vite. Nous parlons de progrès.

Mais comment comparer moralement deux siècles ?

Existe-t-il une unité permettant de dire : « L’humanité de 2026 est moralement supérieure à celle de 1726 » ?

Quels critères faudrait-il utiliser ?

  • moins de violence ?
  • davantage d’égalité ?
  • davantage de liberté ?
  • davantage de compassion ?
  • davantage de droits ?
  • davantage de respect des animaux ?
  • davantage de justice ?

Et surtout : qui choisit le critère ?

Voilà pourquoi le progrès moral est infiniment plus difficile à établir que le progrès technique.

1. « Les hommes sont-ils meilleurs ? » : une question presque immesurable#

Comment comparer la générosité d’un Romain du Ier siècle et celle d’un Français du XXIe siècle ?

Nous manquons d’un instrument universel.

Les individus varient énormément.

Et surtout : les situations morales changent.

Il est donc très difficile de défendre sérieusement : chaque génération devient psychologiquement plus vertueuse que la précédente.

2. Le cercle moral peut s’élargir#

Une société peut progressivement reconnaître comme sujets de droits des personnes qu’elle avait auparavant :

  • exclues ;
  • dominées ;
  • asservies ;
  • privées de citoyenneté.

La philosophie contemporaine du progrès moral cite précisément des transformations telles que l’abolition de l’esclavage, l’extension des libertés, la réduction de privilèges ou l’attention croissante portée aux animaux et à la nature comme candidats sérieux au concept de progrès moral.

Cette idée est particulièrement intéressante pour notre thème : le progrès moral pourrait consister à élargir progressivement le « nous ».

3. Mais l’élargissement n’est jamais terminé#

À chaque époque, certains groupes peuvent affirmer : « Nous avons atteint l’universel. »

Puis une nouvelle voix demande : « Et moi ? »

C’est ainsi que l’histoire morale peut être relue comme série de contestations des frontières du sujet pleinement reconnu.

Cela ne signifie pas que l’histoire suit mécaniquement cette direction.

Cela signifie que l’un des indicateurs possibles de progrès est l’extension effective de protections auparavant réservées à certains.

4. Kant : pas de métamorphose magique du caractère humain#

Chez Kant, l’histoire politique peut progresser sous l’effet de mécanismes qui ne supposent pas que les hommes soient déjà vertueux.

Sa philosophie de l’histoire associe notamment le développement des capacités humaines, les antagonismes sociaux et la construction progressive d’institutions juridiques plus adéquates.

Deux humanités possibles

Humanité moralement parfaite

Les hommes ne veulent plus jamais mal agir.

Humanité mieux instituée

Les règles rendent davantage de conduites injustes interdites, coûteuses, contestables, révisables.

La seconde est plus réaliste.

5. Rousseau : plus poli peut être moins vertueux#

Rousseau nous empêche de confondre RAFFINEMENT et MORALITÉ.

Une société peut devenir plus polie ; plus cultivée ; plus savante ;

tout en développant hypocrisie ; vanité ; dépendance au regard d’autrui.

Son premier Discours attaque précisément la croyance selon laquelle perfectionnement culturel et épuration des mœurs avanceraient naturellement ensemble.

6. Le progrès moral peut être dans les normes avant les cœurs#

Imaginez une société où beaucoup de personnes restent racistes,

mais où la discrimination est juridiquement interdite.

Comparée à une société dans laquelle la discrimination est juridiquement organisée, une amélioration institutionnelle peut être réelle.

Cela ne signifie pas : le racisme a disparu.

Cela signifie : la société a changé la norme qu’elle reconnaît comme légitime.

C’est déjà considérable.

7. Mais une norme peut être hypocrite#

Autre objection.

Une société peut proclamer égalité, tout en pratiquant discrimination.

Le progrès juridique ne doit donc pas être confondu avec son application parfaite.

Mais l’existence même d’une norme offre aussi :

  • un langage de contestation ;
  • une base juridique ;
  • un horizon critique.

Les victimes peuvent retourner contre l’institution les principes qu’elle prétend respecter.

C’est une propriété politique très importante du progrès normatif.

8. 1948 : L’humanité a-t-elle appris ?#

La Déclaration universelle apparaît explicitement dans le contexte de l’après-guerre et proclame l’égale dignité et les droits inaliénables des membres de la famille humaine.

On peut y voir un progrès normatif majeur.

Mais pas la fin de l’histoire morale.

Car adopter un principe n’équivaut jamais à l’accomplir intégralement.

10 décembre 1948

1948 : progrès ou promesse ?

Adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme par l’Assemblée générale des Nations unies.

Pourquoi cet événement est-il exceptionnel pour le thème ? Parce qu’il permet de distinguer :

  1. Ce que L’humanité a vécu

    Guerre, persécutions, Shoah.

  2. Ce qu’elle en tire

    La nécessité d’énoncer des protections universelles.

  3. Ce qu’elle proclame

    Égale dignité et droits.

  4. Ce qu’elle n’obtient pas pour autant

    Leur respect automatique et définitif.

1948 constitue donc moins la preuve que L’humanité est devenue moralement bonne que la preuve qu’elle peut transformer certaines catastrophes historiques en normes communes.

9. Le progrès moral est-il réversible ?#

Oui. C’est probablement la donnée la plus importante.

Une population peut : apprendre ; oublier ; protéger ; exclure ; élargir ses normes ; se refermer.

Le progrès moral n’est donc pas un acquis biologique transmis automatiquement à la naissance.

Chaque génération doit recevoir : mémoire ; institutions ; éducation ; arguments.

Et décider ce qu’elle en fait.

Le paradoxe

Une humanité peut apprendre à mieux dire ce qu’elle doit être sans jamais mettre ce savoir définitivement à l’abri de la régression.

10. Le progrès moral est-il même objectif ?#

Objection difficile.

Pour parler de progrès, il faut comparer état A et état B selon un critère.

Mais d’où vient ce critère ?

Si nos valeurs évoluent elles-mêmes, comment savons-nous que nous progressons plutôt que simplement changeons ?

La philosophie contemporaine du progrès moral reconnaît précisément cette difficulté des « goalposts », les critères de progrès eux-mêmes pouvant être multiples et évolutifs.

Voilà une excellente objection de troisième partie.

Pour viser plus haut#

À utiliser en dissertation#

Les 5 choses à retenir#

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  • 1948 : pourquoi la DUDH change-t-elle l’idée d’humanité ?

Sources

  • Stanford Encyclopedia of Philosophy - « Progress » : progrès moral, élargissement du cercle moral, difficulté des critères
  • Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les sciences et les arts, 1750
  • Stanford Encyclopedia of Philosophy - philosophie kantienne de l’histoire et des institutions juridiques
  • Nations unies - Déclaration universelle des droits de l’homme, 1948

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