Peut-on perdre son humanité ?
Dissertation intégralement traitée : comprendre le sujet, lire la copie rédigée, apprendre à la refaire. Appartenance, dignité, trahison morale.
Le sujet#
Dissertation intégralement traitée - Fondamental / concours
Peut-on perdre son humanité ?
Difficulté
Une dissertation réussie ne collectionne pas les réponses. Elle transforme progressivement la question.
Les trois modes de travail#
1.Analyse grammaticale
« Peut-on »
Le sujet peut interroger plusieurs possibilités :
- possibilité biologique ;
- possibilité psychologique ;
- possibilité morale ;
- possibilité sociale ;
- possibilité juridique.
Le candidat doit éviter de répondre à l’une de ces questions comme si elle épuisait toutes les autres.
« Perdre »
Perdre suppose :
- avoir possédé quelque chose ;
- en être privé ;
- éventuellement pouvoir le retrouver.
Le sujet semble donc considérer l’humanité comme :
une propriété susceptible de degrés, de rupture ou de disparition.
Ce présupposé doit être interrogé.
« Son humanité »
L’expression possède au moins quatre sens.
Humanité biologique
Appartenance à l’espèce humaine.
Humanité morale
Capacité de compassion, de justice et de respect.
Humanité sociale
Reconnaissance comme membre d’un monde commun.
Humanité juridique
Statut de personne titulaire de droits.
2.Le paradoxe central
Le paradoxe central
Nous disons couramment :
« Cet acte est inhumain. »
Mais celui qui l’accomplit reste :
un être humain.
Inversement, une victime peut subir un traitement dit :
déshumanisant,
sans devenir :
réellement moins humaine.
Le mot « humanité » change donc de sens au cœur même de la question.
3.Les distinctions décisives
- appartenance à l’espèce / qualité morale
- humanité / dignité
- déshumanisation du traitement / perte ontologique d’humanité
- acte inhumain / être non humain
- culpabilité / statut moral
- reconnaissance refusée / dignité réellement supprimée
4.Première réponse spontanée
Oui.
Un homme peut :
- torturer ;
- assassiner ;
- humilier ;
- devenir indifférent à la souffrance ;
- traiter autrui comme une chose.
Nous disons alors qu’il a :
perdu son humanité.
Cette réponse possède une légitimité morale.
5.Difficulté
Si le bourreau n’est plus humain :
- son crime cesse d’apparaître comme une possibilité humaine ;
- nous le rejetons dans une espèce imaginaire de monstres ;
- nous nous protégeons artificiellement de toute interrogation sur nous-mêmes.
Si la victime perd réellement son humanité parce qu’elle a été dégradée :
- le bourreau obtient le pouvoir de déterminer qui reste humain ;
- la dignité devient dépendante de la conduite d’autrui ;
- les droits fondamentaux cessent d’être inaliénables.
6.Problématique
Problématique
Comment condamner une conduite comme inhumaine sans transformer l’humanité en qualité que l’on pourrait retirer au coupable ou à la victime ? Ce qui peut être perdu est-il l’appartenance humaine elle-même, ou la manière humaine de se rapporter à soi, à autrui et au monde commun ?
7.Plan
IL’humanité paraît pouvoir être perdue comme accomplissement moral et relationnel.
Pourquoi cette partie : Il faut d’abord donner toute sa force à l’intuition morale spontanée, qui condamne certains actes comme inhumains, avant de l’interroger.IIPourtant, l’appartenance humaine et la dignité fondamentale ne peuvent être retirées sans contradiction.
Pourquoi cette partie : La première réponse produit une difficulté : prise au pied de la lettre, elle exclut le bourreau de sa responsabilité et fait dépendre la dignité de la victime du traitement qu’elle subit.IIIIl faut distinguer l’humanité donnée, qui demeure inaliénable, de l’humanité comme tâche morale et politique, qui peut être trahie.
Pourquoi cette partie : Les deux premières parties se heurtent parce qu’elles emploient le même mot pour un fait et pour une norme ; la troisième partie reconstruit la question en articulant les deux plans.
Ce plan n’est pas le seul possible : il est une manière cohérente de faire progresser la question.
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