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Le quotidien L’Humanité : origine, histoire et orientation politique

Pourquoi un journal fondé par Jean Jaurès en 1904 s’appelle-t-il L’Humanité ? Cette page raconte l’origine du quotidien, son contexte dreyfusard et socialiste, son passage par la SFIO puis le PCF, son interdiction en 1939, sa presse clandestine et sa pluralisation progressive.

Pourquoi ce titre ?#

Première page du premier numéro de L'Humanité publié le 18 avril 1904.
Premier numéro de L’Humanité — 18 avril 1904. L’Humanité / Bibliothèque nationale de France. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.

Le titre L’Humanité est attribué par la tradition du journal à Lucien Herr, bibliothécaire de l’École normale supérieure, socialiste et dreyfusard. Le choix est décisif : Jaurès ne fonde pas seulement un journal d’opinion, il donne à son journal un nom qui semble dépasser les partis, les classes et les frontières.

La force du mot vient précisément de son ambiguïté. « Humanité » désigne l’ensemble des hommes, mais aussi une exigence morale : traiter les êtres humains comme des semblables. Le journal peut donc parler des ouvriers, de la République, de la paix, du colonialisme ou de la guerre en prétendant poser une question plus large : qu’est-ce qu’une politique digne de l’homme ?

1904 : Jaurès fonde un journal#

Jean Jaurès photographié en 1913, debout devant une foule.
Jean Jaurès, fondateur du journal — 1913. Maurice-Louis Branger / Agence Rol. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.
Salle de rédaction parisienne avec journalistes assis à des bureaux, photographiée en 1926.
Une salle de rédaction issue de l’ancien immeuble de L’Humanité — 1926. Agence Meurisse / Bibliothèque nationale de France. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.

Le premier numéro paraît le 18 avril 1904. Les sources du journal rappellent le format très populaire de départ : quatre pages, cinq centimes, et un tirage initial d’environ 130 000 exemplaires. Le contexte est brûlant. La presse quotidienne pèse alors massivement dans la vie politique ; l’affaire Dreyfus a montré la puissance des journaux ; le socialisme français est encore divisé ; la République affronte la question sociale, la laïcité et les tensions coloniales.

Jaurès veut un quotidien socialiste, mais il insiste aussi sur l’indépendance intellectuelle et financière du journal. C’est une ambition difficile : un journal populaire coûte cher, etL’Humanité connaît très tôt des difficultés financières. Cette fragilité n’est pas un détail comptable : elle pose une question centrale sur la liberté de la parole publique. Qui finance un journal ? À qui doit-il rendre des comptes ?

Ligne politique et bascules#

Portrait photographique de Marcel Cachin en 1929.
Marcel Cachin, directeur emblématique de la période communiste — 1929. Agence Meurisse / Bibliothèque nationale de France. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.
Sortie d’un responsable de police lors d’une perquisition dans les locaux de L’Humanité en 1923.
Perquisition dans les locaux du journal — 10 janvier 1923. Agence Rol / Bibliothèque nationale de France. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.

L’orientation du journal change avec l’histoire du socialisme français. À l’origine,L’Humanité est un quotidien socialiste associé à Jaurès. Après l’unification socialiste de 1905, il s’inscrit dans l’orbite de la SFIO. La rupture décisive intervient après le congrès de Tours, en 1920 : la majorité qui fonde le Parti communiste entraîne avec elle le journal.

En 1923, L’Humanité devient officiellement l’organe central du Parti communiste français. Cette formule est importante : elle ne signifie pas seulement « journal de gauche ». Elle désigne un journal de parti, inscrit dans une stratégie politique, une culture militante et des combats idéologiques précis. Marcel Cachin incarne cette longue période communiste.

Guerres, interdiction, clandestinité#

Grand rassemblement populaire en 1936, foule dense devant une tribune.
Le Front populaire, moment de masse pour la gauche française — 14 juillet 1936. Agence Meurisse / Bibliothèque nationale de France. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.
Numéro clandestin de L’Humanité daté du 27 mars 1942.
Un numéro clandestin pendant l’Occupation — 27 mars 1942. L’Humanité clandestine. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.

Les années 1930 condensent plusieurs tensions. Le journal participe à la culture politique du Front populaire, moment d’alliance électorale et sociale qui marque durablement la gauche française. Mais l’histoire bascule avec la Seconde Guerre mondiale. Le 26 août 1939,L’Humanité est interdit dans le contexte du pacte germano-soviétique et de la répression de la presse communiste.

Pendant l’Occupation, des numéros clandestins circulent. Les travaux historiques insistent sur la complexité de cette période : il faut distinguer les phases, les positions successives, les réseaux militants, les risques encourus, et l’écriture d’une mémoire résistante après la Libération. La presse clandestine n’est pas seulement un symbole : c’est un objet matériel, imprimé, distribué et lu dans des conditions dangereuses.

Après-guerre et pluralisation#

Après 1945, L’Humanité devient l’un des grands journaux de la France communiste, avec un lectorat militant, un rôle d’organisation et une forte identité populaire. La Fête de l’Humanité prolonge cette fonction : le journal n’est pas seulement un texte quotidien, mais un lieu de rassemblement, de sociabilité et de culture politique.

À partir de la fin du XXe siècle, la relation institutionnelle avec le PCF se modifie. En 1994, le journal cesse statutairement d’être l’organe central du parti. Aujourd’hui, il se présente comme un quotidien de gauche, attaché à son indépendance éditoriale et non possédé par un grand groupe privé. Cette auto-présentation est importante, mais elle ne doit pas effacer l’histoire : l’identité actuelle se comprend sur fond d’un long héritage militant.

Galerie commentée#

Ces images ne sont pas de simples décorations. Elles montrent la matérialité d’un journal : une une, un fondateur, une salle de rédaction, une perquisition, un directeur, une foule, un numéro clandestin. Le mot « humanité » passe par des papiers, des ateliers, des risques, des financements et des lecteurs.

Première page du premier numéro de L'Humanité publié le 18 avril 1904.
Premier numéro de L’Humanité — 18 avril 1904. L’Humanité / Bibliothèque nationale de France. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.
Jean Jaurès photographié en 1913, debout devant une foule.
Jean Jaurès, fondateur du journal — 1913. Maurice-Louis Branger / Agence Rol. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.
Sortie d’un responsable de police lors d’une perquisition dans les locaux de L’Humanité en 1923.
Perquisition dans les locaux du journal — 10 janvier 1923. Agence Rol / Bibliothèque nationale de France. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.
Salle de rédaction parisienne avec journalistes assis à des bureaux, photographiée en 1926.
Une salle de rédaction issue de l’ancien immeuble de L’Humanité — 1926. Agence Meurisse / Bibliothèque nationale de France. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.
Portrait photographique de Marcel Cachin en 1929.
Marcel Cachin, directeur emblématique de la période communiste — 1929. Agence Meurisse / Bibliothèque nationale de France. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.
Grand rassemblement populaire en 1936, foule dense devant une tribune.
Le Front populaire, moment de masse pour la gauche française — 14 juillet 1936. Agence Meurisse / Bibliothèque nationale de France. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.
Numéro clandestin de L’Humanité daté du 27 mars 1942.
Un numéro clandestin pendant l’Occupation — 27 mars 1942. L’Humanité clandestine. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.

Toutes les images présentées ici ont été intégrées au site pour éviter le hotlinking. Les sources restent indiquées afin de pouvoir remonter au document d’origine.

Utilisable en dissertation#

  1. 18 avril 1904Premier numéro de L’Humanité, quotidien socialiste fondé par Jean Jaurès.
  2. 1905Le journal devient proche de la SFIO après l’unification socialiste.
  3. 1914Jaurès est assassiné ; le journal accompagne ensuite l’Union sacrée.
  4. 1920Après le congrès de Tours, le journal passe du côté communiste.
  5. 1923L’Humanité devient l’organe central du Parti communiste français.
  6. 1936Le Front populaire élargit son audience et son rôle militant.
  7. 26 août 1939Le journal est interdit après le pacte germano-soviétique.
  8. 1940-1944Des numéros clandestins circulent pendant l’Occupation.
  9. 1994Le journal cesse statutairement d’être l’organe central du PCF.
  10. Aujourd’huiIl se présente comme un quotidien de gauche, indépendant des grands groupes privés.

3 choses à retenir

  1. 1Le journal est fondé par Jaurès en 1904 dans le contexte dreyfusard, socialiste et républicain.
  2. 2Son histoire politique passe du socialisme jaurésien à la SFIO, puis au communisme français après 1920.
  3. 3Son intérêt philosophique vient de la tension entre un titre universel — l’humanité — et une histoire militante très située.

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Sources

  • L’Humanité - premier numéro, 18 avril 1904, éditorial « Notre but »
  • Gallica / Bibliothèque nationale de France - collections numérisées de L’Humanité
  • FranceArchives - repères sur Jean Jaurès, la SFIO, le congrès de Tours et la presse communiste
  • BnF Essentiels - dossiers sur Jaurès, le socialisme français et la presse politique
  • Encyclopaedia Universalis - notice historique du quotidien L’Humanité
  • Pierre Milza, Persée - histoire financière et politique du journal entre 1920 et 1939
  • Serge Wolikow, HAL - travaux sur L’Humanité clandestine pendant la Seconde Guerre mondiale

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