Pic de la Mirandole, Oratio : l’homme est-il l’être sans place fixe ?
Une humanité pensée comme ouverture : l’homme reçoit moins une place qu’une capacité de se former.

Le texte et son utilité#
Référence différenciante
Le texte
- Auteur
- Jean Pic de la Mirandole
- Œuvre
- Oratio (dite Discours sur la dignité de l’homme)
- Date
- composée en 1486, publiée en 1496
- Passage
- argument d’ouverture sur la place de l’homme dans l’ordre des êtres
Pourquoi elle fait la différence#
Avant de lire#
Deux corrections d’expert#
Première correction d’expert : le titre
Nous appelons aujourd’hui spontanément le texte Discours sur la dignité de l’homme, mais ce n’est pas le titre sous lequel Pico l’a publié de son vivant.
Le discours n’a pas été prononcé.
Il n’a pas été publié du vivant de Pico.
L’édition de 1496 le présente comme une très élégante oraison.
Le titre faisant explicitement de la « dignité de l’homme » son sujet s’impose plus tard.
Deuxième correction d’expert : la lecture moderne
Il est courant de présenter Pico comme le manifeste parfaitement moderne de la liberté humaine. Cette lecture est historiquement trop simple.
L’Oratio s’inscrit dans un projet religieux et philosophique beaucoup plus complexe, lié notamment aux 900 thèses, à la théologie, à la magie et à la Kabbale ; la Stanford Encyclopedia of Philosophy met explicitement en garde contre une lecture purement post-kantienne.
L’idée à connaître#
L’homme ne reçoit ni place déterminée, ni forme unique : il lui revient de se former lui-même selon le choix qu’il fait.
Résumé de l’argument central de l’Oratio de Pic de la Mirandole (voir Stanford Encyclopedia of Philosophy et le Pico Project)
Les autres créatures reçoivent une nature déterminée ; l’homme, lui, se voit confié le soin de participer à sa propre détermination.
La formule savante à retenir : chez Pico, la dignité humaine tient à cette indétermination relative et à l’auto-formation qu’elle rend possible.
En français très simple#
La thèse#
La thèse
La dignité de l’homme ne vient pas d’une place éminente reçue dans l’ordre des êtres, mais de l’absence de place fixe qui lui laisse la charge de sa propre formation.
Trois idées à retenir#
Les 3 idées
- 1
Une dignité qui n’est pas un privilège hiérarchique
L’homme n’est pas digne parce qu’il occuperait le meilleur étage de la création : il est digne parce qu’aucun étage ne lui est définitivement assigné.
- 2
Une dignité risquée
Ce qui peut s’élever peut aussi s’abaisser.
L’auto-formation n’est pas une garantie de progrès : c’est une possibilité ouverte dans les deux sens.
- 3
Une dignité pensée dans un cosmos religieux
Le choix humain s’exerce à l’intérieur d’un ordre voulu par Dieu : l’Oratio ne sépare pas l’homme du monde créé, elle lui donne une position singulière dans ce monde.
Pico, Rousseau, Nietzsche, transhumanisme#
Une lignée formidable, à condition de respecter les écarts historiques.
Dignité ou responsabilité ?
Si l’homme participe à ce qu’il devient, sa liberté devient responsabilité.
Il ne peut plus dire simplement : je suis ainsi parce que ma place était déjà déterminée.
L’humanité apparaît comme possibilité, et toute possibilité comporte une possibilité de chute.
Humanisme renaissant : attention au mythe scolaire
Évitez le récit selon lequel le Moyen Âge n’aurait pensé qu’à Dieu et la Renaissance aurait soudain découvert l’homme : c’est faux et simpliste.
Pico reste profondément religieux, et son projet articule des traditions philosophiques et religieuses en orientant la transformation humaine vers une élévation spirituelle.
L’intérêt véritable est plus subtil : la dignité humaine est pensée à l’intérieur d’un cosmos religieux, mais elle reçoit une forme particulièrement dynamique.
Pico + Rousseau#
Pico + Rousseau : duo formidable
Pico : l’homme n’a pas de forme fixée d’avance.
Rousseau : la perfectibilité est cette faculté par laquelle l’homme se transforme au cours de l’histoire, pour le meilleur comme pour le pire.
Ensemble : une humanité définie par le devenir, et donc exposée à sa propre dégradation autant qu’à son élévation.
Pico + Nietzsche#
Pico + Nietzsche
Pico : l’homme se forme.
Nietzsche : l’homme est quelque chose qui doit être dépassé.
La confrontation permet de mesurer l’écart entre une auto-formation inscrite dans un ordre religieux et un dépassement pensé après la mort de Dieu.
Pico et le transhumanisme#
Le rapprochement est fascinant, le contraste tout aussi important.
Pico : l’homme n’est pas complètement fixé.
Transhumanisme : pourquoi ne pourrait-il pas utiliser la technologie pour devenir autre ?
Chez Pico, la transformation vise une ascension spirituelle et intellectuelle.
Chez certains transhumanistes, il s’agit de modifications technologiques des capacités biologiques.
Même question, le dépassement ; moyens et finalités radicalement différents.
Ce qu’il ne faut pas lui faire dire#
La phrase différenciante#
La phrase différenciante à utiliser
Ne dites pas
L’homme est libre.
Écrivez
Chez Pic de la Mirandole, la singularité humaine se joue dans une indétermination relative : l’homme reçoit moins une place qu’une capacité de prendre part à sa propre formation.
Dans quels sujets ?#
À confronter avec#
À confronter avec
- RousseauPerfectibilité.
- KantDignité et autonomie : rapprochement à manier avec prudence.
- NietzscheDépassement.
- TranshumanismeAuto-transformation technique.
Fiche mémoire#
Fiche mémoire
- Auteur
- Pic de la Mirandole
- Œuvre
- Oratio
- Date
- 1486 / 1496
- Idée
- pas de place fixe
- Concept
- auto-formation
- Cadre
- cosmos religieux
- Nuance d’expert
- titre et lecture modernes à contextualiser
- Duo
- Pico + Rousseau
- Piège
- « Kant de la Renaissance »
Les références 21 à 25#
- SophocleLa puissance humaine est admirable et redoutable dans le même mouvement.
- CicéronUne généalogie antique de la communauté du genre humain.
- Pic de la MirandoleUne humanité pensée comme ouverture et auto-formation.
- Las CasasL’universalisme confronté concrètement à la conquête.
- La BoétieLa domination pensée depuis la participation des dominés et des relais.
Ces références enrichissent le socle sans le remplacer : revenir aux 20 textes essentiels.
Où en es-tu ?
Crée ton compte gratuit pour garder la trace de ce que tu as appris, sur tous tes appareils.
Ton geste est conservé : il s’applique tout seul dès que tu es connecté. Toutes les pages restent lisibles sans compte.
À lire ensuite
Les suites de lecture les plus proches de cette page, calculées automatiquement.
- Étape suivante recommandéeRousseau : perfectibilité, pitié et naissance de l’homme socialConcours19 min de lecture
- Étape suivante recommandéeKant : traiter L’humanité comme une fin en soiConcours20 min de lecture
- Étape suivante recommandéeNietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra : l’homme doit-il être dépassé ?Concours20 min de lecture
- Étape suivante recommandéeMary Shelley, Frankenstein : créer un être nous rend-il responsable de lui ?Concours21 min de lecture
Œuvres et films
- Sophocle, Antigone : l’homme est-il admirable ou terrifiant ?
- Cicéron, De officiis : existe-t-il une société naturelle du genre humain ?
- Las Casas, Brevísima relación : peut-on prétendre civiliser celui que l’on détruit ?
- La Boétie, Discours de la servitude volontaire : pourquoi obéissons-nous à celui qui nous domine ?
Sources
- Giovanni Pico della Mirandola, Oratio (composée en 1486, publiée en 1496) - Stanford Encyclopedia of Philosophy, « Giovanni Pico della Mirandola » ; Pico Project (Brown University / Université de Bologne)

