Condorcet, Esquisse : peut-on croire au progrès indéfini de L’humanité ?
Dix époques, puis l’avenir : science, instruction et égalité comme mécanismes d’une perfectibilité indéfinie.

Le texte et son utilité#
Référence différenciante
Le texte
- Auteur
- Nicolas de Condorcet
- Œuvre
- Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain
- Date
- publication posthume, an III (1794-1795)
- Passage
- dixième époque : les progrès futurs
Pourquoi elle fait la différence#
Avant de lire#
Le passage à connaître#
« la perfectibilité de l’homme est indéfinie »
Condorcet, Esquisse, dixième époque
La dixième époque résume ses espoirs futurs autour de la réduction des inégalités entre nations, du progrès de l’égalité au sein des peuples et du perfectionnement de l’homme.
Voilà Condorcet.
En français très simple#
Exemple concret - Une boucle vertueuse
Nous avons progressé dans la connaissance.
Cette connaissance permet une meilleure instruction.
L’instruction permet davantage de personnes capables de raisonner.
De meilleures connaissances peuvent améliorer institutions, santé, liberté et égalité.
Ces progrès produisent ensuite de nouvelles conditions pour progresser encore.
La thèse#
La thèse
L’histoire passée de l’esprit humain donne des raisons d’espérer que connaissances, instruction, liberté et institutions puissent connaître un perfectionnement indéfini.
À retenir
- Le progrès a des mécanismes : science, instruction, institutions.
- L’égalité fait partie du progrès, pas seulement les savoirs.
- Perfectionnement indéfini n’est pas perfection atteinte.
Progrès n’est pas progrès technique#
Les 3 idées
- 1
Sciences et arts
Condorcet s’intéresse aux découvertes, aux méthodes, aux arts.
- 2
Institutions, droits, égalité
Mais aussi aux institutions, à l’égalité, aux droits et à l’instruction : voilà pourquoi il est beaucoup plus intéressant qu’un simple « demain nous aurons de meilleures machines ».
- 3
Le critère
Le véritable progrès doit améliorer la condition humaine.
L’instruction est la machine du progrès#
Idée majeure.
Une découverte scientifique accomplie par dix personnes reste limitée.
Si le savoir devient accessible, il peut transformer toute une société.
Condorcet accorde donc une importance immense à la diffusion des lumières et décrit notamment l’imprimerie comme un accélérateur majeur de circulation des livres et du désir de s’instruire.
Le progrès doit inclure l’égalité#
Très important.
Condorcet ne pense pas seulement l’accumulation des savoirs.
Dans la dixième époque, il vise explicitement le progrès de l’égalité.
Il dénonce notamment l’inégalité de droits entre les sexes comme issue de l’abus de la force et appelle à un accès plus égal à l’instruction.
Condorcet et la longévité#
Voici la référence vraiment différenciante.
Condorcet envisage même la possibilité d’un allongement continu de la durée moyenne de la vie, sans pour autant conclure que l’homme deviendra littéralement immortel.
Nous sommes en 1794-1795.
Et voilà déjà médecine préventive, longévité et perfectibilité biologique.
Condorcet, transhumaniste ?#
Non. Attention.
Le rapprochement est stimulant, pas l’identité.
Condorcet pense progrès des facultés, de la médecine et des conditions humaines.
Les transhumanismes contemporains incluent des projets technologiques beaucoup plus spécifiques.
Le bon usage : Condorcet fournit une généalogie de la confiance dans une perfectibilité humaine potentiellement indéfinie.
Le XXe siècle a-t-il réfuté Condorcet ?#
Pas simplement.
Les guerres mondiales et les totalitarismes rendent sa confiance linéaire beaucoup plus difficile à partager.
Mais l’existence de régressions ne prouve pas qu’aucun progrès n’existe.
La vraie objection est : quelles dimensions du progrès sont cumulatives et lesquelles restent réversibles ?
À retenir
- Connaissance scientifique : relativement cumulative.
- Droits politiques : réversibles.
- Vertu individuelle : aucun stockage garanti.
Condorcet + Rousseau#
Condorcet + Rousseau
Rousseau : la perfectibilité rend l’homme capable du meilleur comme du pire.
Condorcet : l’histoire des lumières permet d’espérer un perfectionnement indéfini.
Même mot, perfectibilité ; deux tonalités très différentes.
Condorcet + Voltaire#
Condorcet + Voltaire : le duel du lot
Voltaire : ne proclamez pas que tout ce qui arrive est déjà bien.
Condorcet : mais l’histoire peut nous donner des raisons d’espérer que l’avenir soit meilleur.
« Tout est bien » n’est pas « tout peut être amélioré ».
Condorcet + Jonas#
Condorcet + Jonas
Condorcet : que pouvons-nous encore améliorer ?
Jonas : que devons-nous empêcher de devenir irréversible ?
Le XVIIIe siècle regarde volontiers les possibilités ouvertes ; le XXe siècle tardif ajoute les risques créés par la puissance.
Ce qu’il ne faut pas lui faire dire#
Ce qu’il ne faut surtout pas lui faire dire
❌ « Condorcet pense que le progrès est automatique. »
Trop simple : il identifie des mécanismes, science, instruction, institutions.
❌ « Toute innovation est un progrès. »
Non : le critère reste l’amélioration de la condition humaine.
❌ « L’humanité deviendra nécessairement parfaite. »
Il parle de perfectionnement et de progrès indéfini, pas d’arrivée mécanique à une perfection absolue.
❌ « Condorcet est naïf parce qu’il ne connaît pas le XXe siècle. »
Remarque chronologiquement brillante mais philosophiquement faible : il faut discuter ses critères et son mécanisme.
La phrase différenciante#
La phrase différenciante à utiliser
Ne dites pas
Condorcet croit au progrès.
Écrivez
Condorcet ne dit pas simplement que demain sera meilleur : il fait de la transmission des connaissances, de l’extension de l’instruction et de la réduction des inégalités les mécanismes capables de transformer la perfectibilité humaine en progrès historique.
Pour viser plus haut
Sa confiance est extraordinaire mais historiquement située : la rappeler dans son contexte révolutionnaire vaut mieux que la juger depuis notre siècle.
Dans quels sujets ?#
Dans quels sujets ?
- ›L’humanité progresse-t-elle ?
- ›Existe-t-il un progrès moral ?
- ›L’histoire de L’humanité a-t-elle un sens ?
- ›L’homme est-il perfectible ?
- ›L’éducation peut-elle transformer L’humanité ?
- ›Le progrès scientifique rend-il meilleur ?
- ›Une humanité immortelle serait-elle souhaitable ?
- ›Le transhumanisme prolonge-t-il les Lumières ?
- ›Peut-on être optimiste sur l’avenir ?
À confronter avec#
Fiche mémoire#
Fiche mémoire
- Auteur
- Condorcet
- Œuvre
- Esquisse
- Publication
- posthume, 1794-1795
- Concept
- progrès indéfini
- Moteurs
- science + instruction + égalité
- Surprise
- longévité
- Duo
- Condorcet + Rousseau
- Piège
- progrès automatique
Les références 31 à 35#
- VoltaireLa critique d’un optimisme capable de justifier absolument tout ce qui arrive.
- CondorcetLa perfectibilité pensée comme progrès historique indéfini.
- HegelL’identité comme relation de reconnaissance entre consciences.
- MarxLe travail humain devenu étranger à celui qui l’accomplit.
- DostoïevskiL’écart entre l’amour rêvé de L’humanité et l’amour actif de l’homme concret.
Ces références enrichissent le socle sans le remplacer : revenir aux 20 textes essentiels.
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Œuvres et films
- Jonas, Le Principe responsabilité : notre puissance crée-t-elle des devoirs nouveaux ?
- Hegel, Phénoménologie de l’esprit : ai-je besoin d’être reconnu par un autre pour devenir moi-même ?
- Marx, Manuscrits de 1844 : le travail peut-il rendre l’homme étranger à sa propre humanité ?
- Dostoïevski, Les Frères Karamazov : pourquoi est-il plus facile d’aimer L’humanité que l’homme concret ?
Sources
- Condorcet, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, publication posthume, an III (1794-1795) - ouvrage organisé en dix époques ; la dixième est consacrée aux progrès futurs, à l’égalité et à la perfectibilité indéfinie

