Voltaire, Candide : peut-on encore croire que tout est pour le mieux lorsque le monde fait souffrir les hommes ?
Pangloss explique tout, même l’atroce : une théorie qui justifie absolument tout reste-t-elle crédible ?

Le texte et son utilité#
Référence différenciante
Le texte
- Auteur
- Voltaire
- Œuvre
- Candide ou l’Optimisme
- Date
- 1759
- Passage
- chapitre I (Pangloss) et chapitre XXX (le jardin)
Pourquoi elle fait la différence#
Avant de lire#
En français très simple#
La thèse à retenir#
La thèse
Le danger d’un optimisme métaphysique est de transformer les maux réels subis par les hommes en simples étapes d’un ordre que l’on déclare bon à l’avance.
Le système plus fort que le réel#
Les 3 idées
- 1
La théorie digère tous les faits
Normalement, les faits mettent à l’épreuve une théorie.
Chez Pangloss, la théorie digère tous les faits.
S’il arrive quelque chose de bon : preuve que le monde est le meilleur.
S’il arrive quelque chose d’horrible : cela devait aussi contribuer au meilleur.
- 2
Irréfutable, donc suspecte
La théorie devient irréfutable parce qu’elle explique tout, et donc intellectuellement suspecte.
- 3
Le ressort comique devient argument
Le rire produit ici un effet philosophique : il rend visible l’écart entre le système explicatif et l’expérience vécue du mal.
Le mal existe-t-il pour l’homme ou pour le système ?#
Imaginez un philosophe disant à une victime :
« Votre souffrance participe au bien général de l’univers. »
La victime peut raisonnablement répondre : cela ne retire rien à ma souffrance.
Voltaire restitue ainsi le point de vue de celui à qui le mal arrive.
Très important pour notre thème : L’humanité ne doit pas disparaître derrière une théorie abstraite de l’Histoire ou du Monde.
Voltaire contre le « tout a une raison »#
Attention. Il ne dit pas : aucun événement n’a de cause.
Il attaque plutôt le passage de « il existe une cause » à « cet événement était nécessairement bon ».
Ce ne sont pas du tout les mêmes propositions.
« Il faut cultiver notre jardin »#
Le conte se termine par la formule : « il faut cultiver notre jardin ».
C’est l’une des phrases les plus utiles de tout le corpus.
Mais attention au contresens.
Candide n’annonce pas sa reconversion professionnelle dans le maraîchage.
Après avoir parcouru le monde, Candide revient à ce qui dépend effectivement de lui.
Le Turc : le travail comme antidote#
Juste avant la conclusion, le vieux Turc explique que le travail éloigne l’ennui, le vice et le besoin.
Ce qui intéresse Candide n’est plus de savoir pourquoi tout l’univers devait produire exactement ce qui s’est produit.
Il demande plutôt comment rendre une existence concrète plus habitable.
Passage de la métaphysique totale à l’action limitée.
Voltaire est-il pessimiste ?#
Pas simplement.
La conclusion ne dit pas : tout est horrible, abandonnons.
Elle dit presque l’inverse : le monde n’est pas nécessairement organisé pour notre bonheur, c’est une raison supplémentaire pour travailler à améliorer ce sur quoi nous avons prise.
Voilà un pessimisme actif, ou plus exactement une sortie pratique de l’alternative optimisme / désespoir.
Voltaire + Jonas#
Voltaire + Jonas
Pangloss : le monde possède déjà son ordre.
Jonas : notre puissance présente nous rend responsables de ce qui arrivera.
Question : sommes-nous davantage responsables lorsque nous cessons de croire que l’histoire finira nécessairement bien ?
Voltaire + Condorcet#
Voltaire + Condorcet : le duo du lot
Voltaire : méfiez-vous des philosophies qui déclarent le monde bon malgré les souffrances.
Condorcet : il existe pourtant des raisons historiques de croire que les hommes peuvent améliorer leur condition.
Il faut donc distinguer optimisme métaphysique et confiance historique dans la perfectibilité : c’est une distinction de très bonne copie.
Ce qu’il ne faut pas lui faire dire#
La phrase différenciante#
La phrase différenciante à utiliser
Ne dites pas
Voltaire critique l’optimisme.
Écrivez
Voltaire remplace progressivement la question spéculative « pourquoi le monde est-il nécessairement le meilleur ? » par une question pratique plus modeste et plus exigeante : « que pouvons-nous effectivement cultiver pour diminuer le mal qui dépend de nous ? »
Dans quels sujets ?#
À confronter avec#
Fiche mémoire#
Fiche mémoire
- Auteur
- Voltaire
- Œuvre
- Candide
- Date
- 1759
- Personnage
- Pangloss
- Cible
- optimisme systématique
- Fin
- cultiver notre jardin
- Duo
- Voltaire + Condorcet
- Piège
- Voltaire = désespoir
Les références 31 à 35#
- VoltaireLa critique d’un optimisme capable de justifier absolument tout ce qui arrive.
- CondorcetLa perfectibilité pensée comme progrès historique indéfini.
- HegelL’identité comme relation de reconnaissance entre consciences.
- MarxLe travail humain devenu étranger à celui qui l’accomplit.
- DostoïevskiL’écart entre l’amour rêvé de L’humanité et l’amour actif de l’homme concret.
Ces références enrichissent le socle sans le remplacer : revenir aux 20 textes essentiels.
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Sources
- Voltaire, Candide ou l’Optimisme, 1759 - chapitre I (le « meilleur des mondes possibles » selon Pangloss) et chapitre XXX (« il faut cultiver notre jardin »)

