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Faut-il préserver l’homme tel qu’il est ? (plan complet)

Plan détaillé en quatre modes : bioéthique, transhumanisme et identité.

La promesse du plan#

02

Dissertation intégralement traitée - Bioéthique, transhumanisme, identité - Pico, Rousseau, Nietzsche, Kant, Jonas, Heidegger, UNESCO

Faut-il préserver l’homme tel qu’il est ?

Difficulté

UN BON PLAN NE RANGE PAS TROIS RÉPONSES DANS TROIS TIROIRS. IL MONTRE POURQUOI LA PREMIÈRE RÉPONSE DEVAIT ÊTRE DÉPASSÉE, PUIS COMMENT LA QUESTION DEVAIT ÊTRE REFORMULÉE.

Ce que ce plan apprend à faire

Les dissertations intégrales montrent à quoi ressemble une démonstration entièrement aboutie. Ce plan détaillé apprend autre chose : construire sans disposer d’une copie déjà rédigée. Il donne l’analyse précise du sujet, plusieurs réponses possibles, les impasses, une problématique forte, un plan principal entièrement détaillé, une architecture alternative, les références adaptées, les exemples littéraires, sociologiques et cinématographiques, les transitions logiques et la thèse finale à reconstruire - mais aucun développement intégral prêt à recopier.

LE PLAN N’EST PAS LE SQUELETTE MORT DE LA COPIE. IL EST LE MOUVEMENT PAR LEQUEL UNE QUESTION CHANGE PROGRESSIVEMENT DE SENS.

Pourquoi ce sujet est redoutable : il contient une expression apparemment simple, « tel qu’il est ». Mais quel homme faudrait-il préserver ?

01L’homme biologique actuel
02L’homme d’avant la médecine moderne
03L’homme avec ses maladies
04L’homme avec ses limites
05L’homme avec ses injustices
06L’homme avec sa mortalité
07L’homme avec sa diversité
08L’homme comme espèce
09L’homme comme idéal moral

L’homme « tel qu’il est » n’est pas un objet immobile conservé sous verre. Il est déjà : éduqué ; vacciné ; appareillé ; transformé par l’écriture ; dépendant d’infrastructures ; socialement façonné ; techniquement augmenté.

Le paradoxe central

Que signifie préserver un être dont l’une des caractéristiques est de se transformer ?

Mode 1 - Radiographier le sujet#

I.Radiographier le sujet

Question normative. Il faut identifier une valeur à protéger, un risque, une autorité légitime, les destinataires de la protection.

« FAUT-IL »

Question normative.

Il faut identifier : une valeur à protéger ; un risque ; une autorité légitime ; les destinataires de la protection.

« PRÉSERVER »

Préserver peut signifier :

conserver intact ; protéger contre une destruction ; maintenir des conditions ; empêcher une transformation ; transmettre ; restaurer ; limiter l’expérimentation.

« L’HOMME »

L’individu actuel ? L’espèce ? Le génome ? La dignité ? La pluralité des formes humaines ? Les générations futures ?

« TEL QU’IL EST »

Cette formule présuppose :

une identité stable ; une frontière claire entre naturel et artificiel ; un moment de référence ; l’idée que l’état présent possède une valeur particulière.

Or les débats sur l’amélioration humaine portent précisément sur les limites du soin, la justice, la liberté reproductive, la politique scientifique et les transformations corporelles ou cognitives.

  • Soigner / augmenter
  • Réparer / améliorer
  • Naturel / souhaitable
  • Identité / immobilité
  • Espèce / personne
  • Perfectionnement / optimisation
  • Transformation choisie / transformation imposée
  • Modification réversible / transmissible
  • Autonomie / pression sociale
  • Droit de s’augmenter / droit de ne pas s’augmenter
  • Égalité / uniformité biologique
  • Préservation / muséification
  • Diversité humaine / défaut à corriger

Première réponse spontanée

Non.

L’homme s’est toujours transformé par : l’éducation ; la médecine ; la technique ; les institutions ; l’alimentation ; les langues ; les savoirs.

Préserver intégralement l’état donné reviendrait à conserver : maladies ; handicaps évitables ; souffrances ; hiérarchies ; ignorances.

Objection

Toute transformation n’est pas une émancipation.

L’augmentation peut créer : normes nouvelles ; inégalités biologiques ; pressions compétitives ; interventions irréversibles ; réduction génétique de la personne ; pouvoir accru des entreprises ou des États.

L’UNESCO affirme que la dignité interdit de réduire un individu à ses caractéristiques génétiques et demande le respect de sa singularité et de sa diversité.

Problématique

Faut-il protéger une nature humaine donnée contre la transformation ou, au contraire, reconnaître que la capacité de se transformer appartient déjà à l’humanité ? Que devons-nous véritablement préserver : certaines caractéristiques biologiques, l’égale dignité, la pluralité des formes humaines ou la liberté des générations futures de choisir leur propre devenir ?

Mode 2 - Construire le plan#

II.Construire le plan principal détaillé

Ce plan n’est pas l’unique architecture possible : il est une manière robuste de faire progresser la question, en montrant pourquoi la première réponse (non, il ne faut rien préserver) doit être dépassée par une exigence de justice, avant que le critère de la réponse soit lui-même reformulé.

  1. IPréserver l’homme tel qu’il est serait contradictoire avec son histoire et sa perfectibilité

    Pourquoi cette partie : il faut d’abord établir que l’homme n’a jamais existé indépendamment de ses artifices, avant d’examiner les risques d’une transformation sans limite.
  2. IILa transformation illimitée menace l’autonomie, l’égalité et l’ouverture de l’avenir

    Pourquoi cette partie : la perfectibilité ne suffit pas à conclure que toute modification est un progrès : une puissance de transformation sans critère peut convertir l’homme en matériau expérimental de son propre projet.
  3. IIICe qu’il faut préserver n’est pas une forme biologique figée, mais l’égale dignité, la pluralité et l’ouverture du devenir

    Pourquoi cette partie : il serait aussi dangereux de sacraliser l’homme actuel que de livrer son avenir à l’optimisation : la question doit être déplacée du contenu figé vers les conditions de la transformation.

Ce plan n’est pas le seul possible : il est une manière cohérente de faire progresser la question.

I.Préserver l’homme tel qu’il est serait contradictoire avec son histoire et sa perfectibilité

A. L’homme n’a jamais existé indépendamment de ses artifices

Argument : l’écriture, les lunettes, la vaccination, les prothèses et l’éducation modifient les capacités, la longévité, l’attention, la mémoire, la relation au monde.

Référence : Prométhée - l’artifice compense l’inachèvement humain.

B. Combattre certaines limites constitue un devoir d’humanisation

Argument : refuser une intervention au seul motif qu’elle est artificielle condamnerait la médecine, l’anesthésie, la correction d’un handicap, le traitement d’une maladie.

NATUREL NE SIGNIFIE PAS BON ; ARTIFICIEL NE SIGNIFIE PAS INHUMAIN.

Exemple : la maladie est naturelle. Le soin est artificiel.

C. L’homme est perfectible et peut légitimement vouloir devenir autre

Références de la partie I

  • Pico de la Mirandole

    présente l’homme comme un être dont la place et la forme ne sont pas entièrement fixées.

  • Rousseau

    fait de la perfectibilité la capacité d’acquérir de nouvelles propriétés.

  • Nietzsche

    refuse de penser l’homme actuel comme un terme définitif.

Enjeu : préserver l’homme tel qu’il est pourrait signifier interdire aux humains futurs de développer des possibilités que nous ne possédons pas encore.

II.La transformation illimitée menace l’autonomie, l’égalité et l’ouverture de l’avenir

A. L’amélioration suppose toujours une définition préalable du meilleur humain

Améliorer quoi ? intelligence ; obéissance ; mémoire ; empathie ; force ; beauté ; absence d’anxiété ; longévité.

Argument : chaque choix contient une anthropologie, une norme sociale, une hiérarchie des traits.

Risque : corriger une maladie identifiable n’a pas le même statut que produire l’enfant conforme à l’idéal de performance de son époque.

B. L’augmentation peut devenir obligation sociale

Argument : une intervention officiellement libre peut devenir pratiquement obligatoire si tous les concurrents l’utilisent, si les employeurs l’exigent implicitement, si l’école valorise les augmentés, si les assureurs pénalisent les non-utilisateurs.

Liberté formelle

On peut refuser.

Liberté réelle

Le refus n’entraîne pas l’exclusion.

C. Les transformations irréversibles engagent ceux qui ne peuvent consentir

Argument : une modification somatique choisie par un adulte n’a pas le même statut qu’une intervention embryonnaire, héréditaire, appliquée à une population, transmissible à plusieurs générations.

Jonas souligne que la technologie moderne impose une éthique de responsabilité parce qu’elle permet de transformer la nature, l’humanité et leurs conditions futures à une échelle qui échappe parfois au contrôle individuel.

Appui institutionnel

L’UNESCO recommande une grande prudence concernant les modifications transmissibles du génome humain, notamment tant que leur sécurité et leur efficacité restent incertaines.

III.Ce qu’il faut préserver n’est pas une forme biologique figée, mais l’égale dignité, la pluralité et l’ouverture du devenir

A. Préserver l’homme signifie empêcher sa réduction à un profil génétique

Référence : la Déclaration de l’UNESCO sur le génome humain affirme que celui-ci exprime symboliquement l’unité fondamentale de la famille humaine, mais que la dignité interdit précisément de réduire les individus à leurs caractéristiques génétiques.

Thèse : le génome humain doit être protégé non comme modèle biologique parfait, mais comme patrimoine inséparable de la diversité des personnes.

B. Toute transformation doit respecter des critères de justice

01Consentement
02Bénéfice réel
03Proportionnalité
04Accessibilité
05Absence de discrimination
06Possibilité de refuser
07Contrôle public
08Réversibilité lorsque possible

Question forte : une amélioration réservée à une minorité crée-t-elle seulement une inégalité de richesse, ou une inégalité biologique transmissible ?

C. Préserver l’humanité signifie préserver le droit des futurs humains à ne pas être nos produits

Référence : Arendt fait de la natalité la capacité de commencer quelque chose d’imprévisible.

Argument : une génération qui programme intégralement les suivantes détruit la nouveauté qu’elle prétend améliorer.

Problématique

Thèse finale à reconstruire (non rédigée) : l’homme ne doit pas être préservé tel qu’il est ; il doit être préservé comme être capable de devenir sans être réduit au projet d’un autre.

Ce qui fait la différence dans l’excellente copie

  • ✓Chaque titre de partie défend une thèse, aucun ne se réduit à « oui », « non » ou « synthèse ».
  • ✓La troisième partie modifie le critère même de la réponse : elle ne tranche pas entre préserver et transformer, elle déplace l’objet à préserver.
  • ✓Aucune référence n’est plaquée : chaque auteur accomplit une opération précise dans l’argumentation.
  • ✓La dignité n’est jamais indexée sur une performance, une utilité sociale ou une réussite technique.

Mode 3 - Une autre architecture#

III.Choisir une autre architecture

Aucun plan ne doit être présenté comme unique. Voici une architecture alternative, utile pour d’autres formulations du sujet.

  1. 1Rien ne permet d’identifier un homme « naturel » intact.
  2. 2Toute transformation de l’homme est néanmoins politique.
  3. 3Le droit doit préserver une pluralité de devenirs, y compris le droit à la non-augmentation.
Ce que cette architecture permet de mieux traiterSes risquesSujets proches auxquels elle convient davantage
Elle centre d’emblée le débat sur le pouvoir politique de décider des transformations, plutôt que sur la définition d’une nature humaine.Elle peut sous-estimer la question proprement biologique et transmissible des modifications du génome si la partie II reste trop générale.« Le progrès technique change-t-il l’idée que nous nous faisons de l’homme ? », « La liberté individuelle doit-elle avoir des limites biologiques ? »

Mode 4 - S’entraîner sans le modèle#

IV.S’entraîner sans le modèle

Cette section ne fournit aucun développement rédigé. Elle propose des exercices à réaliser avant de consulter la correction possible.

Exercice 1 - Remettre les titres dans l’ordre

Les trois titres suivants sont mélangés. Retrouvez l’ordre qui fait progresser la démonstration.

01Ce qu’il faut préserver n’est pas une forme biologique figée, mais l’égale dignité, la pluralité et l’ouverture du devenir
02Préserver l’homme tel qu’il est serait contradictoire avec son histoire et sa perfectibilité
03La transformation illimitée menace l’autonomie, l’égalité et l’ouverture de l’avenir

Exercice 2 - Affecter chaque référence à la bonne sous-partie

Associez chaque référence à la sous-partie qu’elle doit servir (I.A, I.C, II.C ou III.A) sans regarder le plan détaillé ci-dessus.

RéférenceSous-partie à retrouver
Pico de la Mirandole?
Jonas?
Déclaration de l’UNESCO sur le génome humain?
Prométhée?

Exercice 3 - Compléter une transition

Rédigez la transition manquante entre la partie I et la partie II, en partant de cette amorce : « L’argument de la perfectibilité ne permet pas de conclure que… »

Exercice 5 - Conclure

Rédigez une conclusion de huit lignes qui reformule la thèse finale sans se contenter de répéter le titre de la troisième partie.

Afficher une correction possible

Ordre des titres : d’abord « Préserver l’homme tel qu’il est serait contradictoire avec son histoire et sa perfectibilité », puis « La transformation illimitée menace l’autonomie, l’égalité et l’ouverture de l’avenir », enfin « Ce qu’il faut préserver n’est pas une forme biologique figée, mais l’égale dignité, la pluralité et l’ouverture du devenir ».

Références : Pico de la Mirandole → I.C ; Prométhée → I.A ; Jonas → II.C ; Déclaration de l’UNESCO sur le génome humain → III.A.

Transition I → II : « L’argument de la perfectibilité ne permet pas de conclure que toute modification constitue un progrès. Une puissance de transformation sans critère peut convertir l’homme en matériau expérimental de son propre projet. »

Cette correction n’est qu’une manière possible de répondre aux exercices : elle ne dispense pas de construire sa propre formulation.

Fiche de révision

Sujet
Faut-il préserver l’homme tel qu’il est ?
Problématique
Faut-il protéger une nature humaine donnée contre la transformation, ou reconnaître que la capacité de se transformer appartient déjà à l’humanité ?
Plan principal
I. Préserver l’homme tel qu’il est serait contradictoire - II. La transformation illimitée menace l’autonomie, l’égalité et l’avenir - III. Préserver la dignité, la pluralité et l’ouverture du devenir
Architecture alternative
I. Aucun homme naturel intact - II. Toute transformation est politique - III. Le droit doit préserver une pluralité de devenirs
Thèse finale
Il ne faut pas préserver l’homme dans l’immobilité d’une forme présente, mais protéger les conditions de dignité, de justice, de pluralité et de consentement grâce auxquelles sa transformation peut rester son œuvre plutôt que sa fabrication.
Erreur à éviter
Faire dépendre la dignité d’une performance, d’une tâche ou d’une réussite biologique ; confondre patrimoine génétique, identité personnelle et héritage culturel.

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