Faut-il préserver l’homme tel qu’il est ?
Plan détaillé : conservation, transformation juste et gouvernance des techniques.
1. Diagnostic express#
Dissertation intégralement traitée - Expert
Faut-il préserver l’homme tel qu’il est ?
Difficulté
UN PLAN N’EST PAS UNE BOÎTE DANS LAQUELLE ON RANGE LE COURS. C’EST LA FORME PRISE PAR LA RÉSOLUTION DU PROBLÈME.
« LE PIÈGE PRINCIPAL »
Le sujet paraît opposer :
CONSERVATEURS : préserver l’homme.
TRANSHUMANISTES : le transformer.
Cette opposition est trop pauvre.
L’homme « tel qu’il est » est déjà le produit :
de l’évolution ; de la culture ; de la médecine ; de l’éducation ; de la technique ; des institutions.
Préserver peut signifier :
protéger la dignité ; conserver le génome actuel ; maintenir certaines limites ; sauvegarder la diversité ; empêcher toute transformation.
Ces projets ne sont pas équivalents.
Le paradoxe central
Le sujet demande un principe de décision, non un simple constat de possibilité : il ne suffit pas de dire que la transformation est possible, il faut établir ce qui mérite d’être conservé, au nom de quelle valeur, face à quels risques, pour quelles générations.
2. Analyse du sujet#
« « FAUT-IL » »
La question demande un principe de décision.
Elle ne demande pas seulement : la transformation est-elle possible ?
Elle demande :
ce qui mérite d’être conservé ; au nom de quelle valeur ; face à quels risques ; pour quelles générations.
« « PRÉSERVER » »
Préserver peut signifier :
empêcher la destruction ; transmettre ; maintenir en état ; conserver à l’identique ; protéger la possibilité de transformation.
La dernière définition est la plus intéressante :
préserver une ouverture plutôt qu’une forme figée.
« « L’HOMME TEL QU’IL EST » »
Quel homme ?
l’homme biologique actuel ; l’homme malade ; l’homme mortel ; l’homme inégalitaire ; l’homme capable de liberté ; l’homme vulnérable ; l’homme culturellement divers ; l’individu actuel ou l’espèce future ?
Le singulier « l’homme » risque de masquer :
des êtres humains très différents.
- Préserver / figer
- Nature / justice
- Thérapie / augmentation
- Patrimoine génétique / identité personnelle
- Identité personnelle / héritage culturel
- Individu actuel / espèce future
- Naturel / bon
- Perfectibilité / obligation de performance
- Consentement individuel / effet transmissible
- Diversité humaine / modèle unique de l’humain
3. Trois plans possibles#
Trois architectures réellement différentes
Aucun de ces plans n’est présenté ici comme le seul plan légitime : chacun répond à une lecture différente du sujet, avec sa logique propre, son avantage et son danger.
Plan A - Protection / transformation / critères
I. Il faut protéger l’intégrité humaine.
II. Il est impossible et indésirable de conserver l’homme à l’identique.
III. Il faut distinguer les transformations selon dignité, justice et réversibilité.
Avantage : très robuste.
Danger : risque de traiter les critères trop rapidement.
Plan B - Thérapie / augmentation / liberté
I. La thérapie restaure une norme humaine.
II. L’augmentation brouille cette norme.
III. La frontière thérapie/augmentation doit être remplacée par des critères de justice et d’autonomie.
Avantage : très adapté aux sujets de bioéthique.
Danger : la distinction thérapie/augmentation est elle-même instable.
Plan C - Héritage / perfectibilité / avenir ouvert
I. L’humanité reçoit un patrimoine biologique et culturel à protéger.
II. Ce patrimoine inclut précisément la capacité de transformation.
III. Préserver l’homme signifie préserver l’égale liberté de devenir, non une forme biologique immobile.
Avantage : le plus philosophique.
Danger : demande une forte troisième partie.
4. Plan recommandé#
Plan retenu
Héritage / perfectibilité / avenir ouvert
Ce plan n’est pas le seul plan légitime, mais il est le plus robuste car sa troisième partie ne se contente pas de juxtaposer conservation et transformation : elle reconstruit le problème en substituant à l’opposition initiale un critère - la préservation d’un devenir libre, pluriel et réversible.
Problématique
Préserver l’homme signifie-t-il conserver ses caractéristiques biologiques actuelles, ou protéger les conditions dans lesquelles des personnes égales peuvent continuer à se transformer librement ? Comment éviter qu’une défense de la nature humaine ne sanctifie la maladie et l’injustice, sans laisser la logique de l’augmentation transformer les individus en produits optimisables ?
1Il existe de fortes raisons de protéger une condition humaine commune
A. La commune appartenance protège l’égale dignité
L’UNESCO présente le génome humain comme le fondement symbolique de l’unité de la famille humaine, mais interdit de réduire les personnes à leurs caractéristiques génétiques et exige le respect de leur singularité.
THÈSE - La biologie commune ne doit pas devenir : un classement des vies selon leur qualité génétique.
B. Les transformations héréditaires engagent ceux qui ne peuvent consentir
Modifier un adulte et modifier une lignée ne possèdent pas le même statut.
Une intervention transmissible peut affecter :
l’enfant futur ; ses descendants ; le patrimoine génétique collectif ; les normes sociales de ce qui est considéré comme acceptable.
L’UNESCO a recommandé une grande prudence concernant les modifications transmissibles du génome et appelé à ne pas appliquer inconsidérément des interventions dont la sécurité et l’efficacité ne sont pas établies.
C. L’augmentation peut créer de nouvelles hiérarchies d’humanité
Une société pourrait distinguer :
humains augmentés ; humains ordinaires ; personnes considérées comme déficientes ; individus refusant la transformation.
QUESTION - L’augmentation resterait-elle libre si l’école, le marché, l’armée, les employeurs la rendaient progressivement nécessaire ?
Les références et leur opération
Kant
définir la dignité comme ce qui n’a pas de prix
Beauvoir
distinguer signification sociale et destin naturel
Gattaca
illustrer
Blade Runner
illustrer
TRANSITION I → II - La protection de l’égale dignité et des futurs humains justifie donc des limites. Mais conserver l’homme « tel qu’il est » serait lui-même un projet artificiel, car L’humanité n’a jamais cessé de se transformer.
2Préserver l’homme à l’identique est impossible et parfois inhumain
A. L’homme est naturellement perfectible
Rousseau fait de la perfectibilité une capacité de transformation ouverte et ambivalente. L’homme n’est pas défini par une forme sociale ou psychologique immobile.
THÈSE - Empêcher toute transformation reviendrait à nier l’une des grandes caractéristiques de L’humanité.
B. La médecine modifie légitimement la condition humaine
Vaccins, anesthésie, prothèses, traitements et assistance reproductive ont transformé :
la durée de vie ; la douleur ; la mobilité ; la naissance ; le handicap.
DISTINCTION - NATUREL ne signifie pas BON. La maladie et la mort prématurée peuvent être naturelles.
C. « L’homme actuel » contient déjà des injustices qu’il serait absurde de préserver
Préserver l’homme tel qu’il est pourrait signifier conserver :
les inégalités ; les rôles imposés ; les exclusions ; les limitations évitables.
Beauvoir montre précisément que les significations sociales attribuées au corps ne doivent pas être transformées en destin naturel.
THÈSE - Une défense de la nature peut protéger : la domination sous le masque de la permanence.
TRANSITION II → III - L’alternative entre conservation absolue et augmentation illimitée est donc fausse. Le problème n’est pas de savoir si l’homme changera, mais qui décide de sa transformation, selon quelles finalités et avec quelles conséquences pour l’égalité et l’avenir.
3Il faut préserver non une forme figée, mais les conditions d’un devenir libre, pluriel et réversible
A. Préserver l’autonomie
Une transformation doit être évaluée selon :
consentement ; information ; possibilité de refus ; absence de coercition ; contrôle de l’individu sur les effets.
QUESTION - Peut-on parler de choix libre lorsque le refus entraîne exclusion professionnelle, désavantage scolaire, déclassement social ?
B. Préserver la justice et la diversité
Une innovation ne doit pas créer :
une caste biologique ; un modèle unique de corps ; une obligation de performance ; une disparition des formes humaines minoritaires.
THÈSE - L’avenir humain doit rester : pluriel.
C. Préserver la capacité des générations futures à décider
Le devoir n’est pas de leur transmettre : l’homme exactement identique à nous.
Il est de leur transmettre :
une diversité ; une biosphère habitable ; des connaissances ; des institutions ; la possibilité de corriger nos choix.
La déclaration de l’UNESCO sur les générations futures associe protection du génome, sauvegarde de la biodiversité et préservation des choix futurs.
Préserver l’homme, c’est préserver le droit des humains futurs à ne pas être entièrement dessinés par les présents.
| Critère | Question |
|---|---|
| Finalité | Soigner, augmenter, sélectionner ou contrôler ? |
| Consentement | Qui choisit réellement ? |
| Justice | Qui bénéficie et qui est exclu ? |
| Réversibilité | Peut-on revenir en arrière ? |
| Transmission | Les effets engagent-ils les descendants ? |
| Diversité | Un modèle unique de l’humain est-il imposé ? |
| Gouvernance | Qui possède la technologie et les données ? |
| Responsabilité | Qui répond des dommages ? |
5. Introduction guidée#
- 1Entrée possible : l’opposition apparente entre conservateurs et transhumanistes, à dépasser d’emblée.
- 2Analyse des termes : « faut-il » comme demande d’un principe de décision, « préserver » entre maintien à l’identique et protection d’une ouverture, « l’homme tel qu’il est » comme désignation ambiguë (individu actuel ou espèce future).
- 3Tension : défendre la condition humaine commune peut sanctifier la maladie et l’injustice ; défendre la transformation peut réduire les individus à des produits optimisables.
- 4Problématique : préserver l’homme signifie-t-il conserver ses caractéristiques biologiques actuelles, ou protéger les conditions dans lesquelles des personnes égales peuvent continuer à se transformer librement ?
- 5Mouvement du plan : de la protection de l’intégrité humaine, à l’impossibilité de la conservation à l’identique, jusqu’à la préservation des conditions d’un devenir libre, pluriel et réversible.
6. Conclusion guidée#
- 1Réponse précise : préserver l’homme ne consiste pas à figer une forme biologique, mais à protéger la dignité, le consentement et la diversité qui rendent possible un devenir humain juste.
- 2Dernier déplacement conceptuel : le débat ne porte pas sur le fait de changer ou non, mais sur qui décide de la transformation, selon quelles finalités et pour quelles conséquences envers les générations futures.
- 3Ouverture éventuelle : la question de la gouvernance mondiale des technologies génétiques, dès lors qu’aucune instance unique ne maîtrise seule ces choix.
7. Cartographie des références#
Fonction de chaque référence dans le devoir
UNESCO (génome humain)
définir - fonder symboliquement l’unité de la famille humaine sans réduire les personnes à leur génétique
UNESCO (modifications transmissibles)
objecter - appeler à la prudence face aux interventions sur la lignée
Kant
définir - fonder la dignité indépendamment de toute performance
Rousseau
déplacer - introduire la perfectibilité comme capacité ouverte et ambivalente
Beauvoir
compliquer - distinguer signification sociale et destin naturel
Gattaca
illustrer - hiérarchies fondées sur le patrimoine génétique
Blade Runner
illustrer - frontière entre humain et artefact
UNESCO (générations futures)
conclure - associer protection du génome, biodiversité et choix futurs
8. Pièges et copies ratées#
Ce qui fait la différence dans l’excellente copie
- ✓Confondre plan thématique et plan conceptuel : juxtaposer « la médecine », « la génétique », « la société » sans construire une progression argumentative.
- ✓Contresens : présenter les transformations génétiques comme bonnes ou mauvaises en bloc, sans distinguer patrimoine génétique, identité personnelle et héritage culturel.
- ✓Référence décorative : citer Gattaca ou Blade Runner sans les relier à un argument précis sur la hiérarchie ou l’identité.
- ✓Conclusion verbale : employer « il faut trouver un juste milieu » comme synonyme de synthèse, sans reconstruire le problème.
9. Exercice interactif#
À toi de jouer
Reconstruis la partie II du plan recommandé à partir des seules thèses suivantes, en restituant leurs sous-parties A, B, C dans le bon ordre : « l’homme actuel contient déjà des injustices », « l’homme est naturellement perfectible », « la médecine modifie légitimement la condition humaine ».
Choisis la transition la plus rigoureuse
Entre I et II : (a) « Nous avons vu que l’homme doit être protégé, voyons maintenant qu’il doit être transformé » ; (b) « La protection de l’égale dignité et des futurs humains justifie donc des limites. Mais conserver l’homme tel qu’il est serait lui-même un projet artificiel, car L’humanité n’a jamais cessé de se transformer. » Justifie ton choix.
Élimine l’auteur inutile
Parmi Kant, Beauvoir, Rousseau et un auteur de ton choix ajouté sans lien avec l’argument, identifie celui qui n’a pas sa place dans la troisième partie et explique pourquoi.
Propose une autre troisième partie
À partir du plan B (thérapie / augmentation / liberté), rédige en quelques lignes une troisième partie qui reconstruise véritablement le problème plutôt que de juxtaposer un compromis entre thérapie et augmentation.
Fiche de révision
- Piège
- Opposer conservateurs et transhumanistes comme deux camps clos.
- Distinction clé
- Patrimoine génétique / identité personnelle / héritage culturel.
- Plan recommandé
- Héritage / perfectibilité / avenir ouvert.
- Thèse finale
- Préserver l’homme, c’est préserver le droit des humains futurs à ne pas être entièrement dessinés par les présents.
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