Les erreurs à ne pas commettre
Formules creuses, contresens sur Rousseau, Heidegger, Darwin, Arendt et Turing, faux amis conceptuels et plans qui ne répondent pas : les fautes qui coûtent le plus cher.

Les formules à bannir#
Une copie se joue souvent dans ses trois premières lignes. Les formules ci-dessous signalent immédiatement au correcteur qu’il n’y aura pas de pensée, parce qu’elles parlent d’un objet qu’aucune analyse n’a défini.
Depuis la nuit des temps, l’homme s’est toujours interrogé sur…
Pourquoi c’est éliminatoire
La formule est fausse historiquement — la plupart des questions du programme sont datées — et vide rhétoriquement : elle ne dit rien du sujet et retarde son analyse.
À la place
Une entrée datée et située : un fait, une décision, un texte, une controverse précise, dont on montre en deux phrases qu’il pose le problème du sujet.
De tout temps, les hommes ont cherché à définir l’humanité.
Pourquoi c’est éliminatoire
Même défaut, aggravé par une contrevérité : la notion d’humanité comme genre humain est une construction moderne, contemporaine des Lumières et du droit international.
À la place
Montrer précisément quand et pourquoi la question surgit : Renaissance et débat de Valladolid, Lumières et droits de l’homme, 1948 et crime contre l’humanité.
L’homme est un être complexe et il est difficile de le définir.
Pourquoi c’est éliminatoire
Le constat de difficulté n’est pas une thèse. Il annonce une copie qui va décrire au lieu de démontrer.
À la place
Nommer la difficulté : quelle définition échoue, sur quel cas, et ce que cet échec révèle du concept.
Comme le disait Descartes, l’homme est un roseau pensant.
Pourquoi c’est éliminatoire
La formule est de Pascal, et elle ne dit pas que l’homme est grand par la pensée sans plus : elle articule fragilité et dignité. Une attribution fausse jette le doute sur toute la copie.
À la place
Vérifier avant, ou attribuer prudemment : « Pascal, dans les Pensées, lie la faiblesse de l’homme et sa conscience de cette faiblesse. »
Nous vivons dans une société où tout va de plus en plus vite.
Pourquoi c’est éliminatoire
Généralité invérifiable, sans auteur ni donnée, qui remplace l’analyse par une impression d’époque.
À la place
Un fait daté et sourcé, ou une thèse d’auteur explicitement attribuée, dont on tire une conséquence pour le sujet.
Les contresens sur les auteurs#
Les auteurs du programme sont massivement cités et massivement déformés. Les cinq contresens suivants sont les plus fréquents en copie.
- Rousseau ne dit pas que l’homme est bon par nature. Il le dit ni bon ni méchant, mais innocent parce qu’il n’a pas encore de rapports sociaux durables : la morale apparaît avec la société. Le mythe du « bon sauvage » est une expression que Rousseau n’emploie pas.
- Heidegger n’est pas « contre » la technique. Il en analyse l’essence comme un mode de dévoilement qui transforme le réel en fonds disponible. Faire de lui un adversaire des machines, c’est manquer tout l’intérêt de sa position.
- Darwin ne dit pas que l’homme descend du singe ni que l’évolution progresse vers l’humain. Il établit une ascendance commune et une différence de degré, pas une échelle des êtres orientée.
- La banalité du mal chez Arendt ne signifie pas que le mal serait ordinaire ou excusable. Elle décrit l’absence de pensée d’un exécutant bureaucratique : c’est un diagnostic sur le fonctionnaire, non une atténuation du crime.
- Le test de Turing ne mesure pas la conscience. Il évalue la capacité d’une machine à produire des réponses indiscernables de celles d’un humain dans un dialogue écrit. Réussir le test ne prouve ni compréhension ni expérience vécue.
Les faux amis conceptuels#
Ces quatre couples se confondent dans presque une copie sur deux. Les tenir fermement dès l’introduction suffit souvent à faire monter une note.
Humanisme
un mouvement intellectuel et une doctrine qui placent l’homme et sa formation au centre.
Humanitaire
une action d’assistance aux victimes, contemporaine, encadrée par le droit.
Ce qui distingue
L’un est une conception de l’homme, l’autre une pratique de secours. Un État peut mener une action humanitaire sans être humaniste, et inversement.
Inhumanité
la conduite qui refuse à un semblable la reconnaissance qui lui est due.
Déshumanisation
le processus, souvent organisé, qui prive une catégorie d’hommes des marques de l’appartenance humaine.
Ce qui distingue
L’inhumanité qualifie un acte ou une personne ; la déshumanisation décrit un dispositif et une durée. La seconde rend la première possible à grande échelle.
Mort
l’événement qui met fin à une vie, constatable de l’extérieur.
Mortalité
le fait de savoir qu’on mourra, qui structure l’existence tout entière.
Ce qui distingue
La finitude est plus large encore : elle désigne les limites de la condition humaine — mortalité, mais aussi ignorance, dépendance, temps compté.
Espèce
une catégorie biologique : l’appartenance est un fait, sans degré ni mérite.
Dignité
une valeur inconditionnelle reconnue à la personne, qui fonde des obligations.
Ce qui distingue
Passer du fait à la valeur sans le justifier est le sophisme le plus courant du thème. C’est précisément ce passage qu’un sujet vous demande d’examiner.
Les erreurs de construction#
Les fautes de construction coûtent plus cher que les fautes de contenu, parce qu’elles affectent toute la copie.
- Le plan-catalogue. « I. L’humanité chez les Grecs. II. Chez les modernes. III. Aujourd’hui. » Une chronologie n’est pas une démonstration : aucune partie ne répond à une question.
- Le plan oui / non / peut-être. La troisième partie doit dépasser l’alternative, pas la répéter en la nuançant.
- La problématique décorative. Posée en introduction puis jamais reprise. Chaque transition doit y renvoyer explicitement.
- La référence-décor. Un nom d’auteur cité sans thèse ni usage. Mieux vaut trois références exploitées que douze mentionnées.
- L’exemple sans analyse. Raconter un film ou une actualité pendant dix lignes sans dire ce qu’ils prouvent.
- L’ouverture démesurée. Terminer sur « et l’intelligence artificielle, alors ? » ouvre un sujet plus vaste que celui qu’on vient de traiter, et souligne ce qui n’a pas été fait.
La relecture en dix points#
À passer en revue pendant la demi-heure de relecture, dans l’ordre. Chaque point correspond à une erreur observée plus haut.
- 01Les trois termes du sujet sont définis avant la fin de l’introduction.
- 02La problématique est une question qui contient une difficulté, pas une reformulation du sujet.
- 03Chaque partie répond à la problématique et pas à une autre question.
- 04Chaque sous-partie comporte un argument, une référence et un exemple — dans cet ordre.
- 05Aucune référence n’est mentionnée sans être utilisée pour prouver quelque chose.
- 06Les citations sont exactes ; les incertaines sont devenues des paraphrases attribuées.
- 07Les transitions disent ce que la partie précédente a établi et ce qui manque encore.
- 08Aucune formule d’ouverture creuse, aucun « de tout temps », aucun « l’homme a toujours ».
- 09La conclusion répond ; l’ouverture, si elle existe, ne pose pas une question plus vaste que le sujet.
- 10La copie est relisible : paragraphes visibles, alinéas, pas de phrase de plus de trois lignes.
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