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L’humanité est-elle une tâche ?

Plan détaillé en quatre modes : radiographier le sujet, construire le plan, changer d’architecture, s’entraîner sans modèle.

Le sujet#

PLAN-01

Dissertation intégralement traitée - Fondamental / concours

L’humanité est-elle une tâche ?

Difficulté

UN BON PLAN NE RANGE PAS TROIS RÉPONSES DANS TROIS TIROIRS. IL MONTRE POURQUOI LA PREMIÈRE RÉPONSE DEVAIT ÊTRE DÉPASSÉE, PUIS COMMENT LA QUESTION DEVAIT ÊTRE REFORMULÉE.

Fiche technique

ID : PLAN-01

Difficulté : 5/5

Type de sujet : notion, devenir, norme

Références centrales : Rousseau, Kant, Beauvoir, Arendt, DUDH

Pourquoi ce sujet est excellent

Parce qu’il rassemble les deux sens fondamentaux du thème :

L’humanité comme donnée

Nous sommes humains par naissance et appartenance à une espèce.

L’humanité comme exigence

Nous parlons d’éducation, d’humanisation, de progrès humain et de conduites inhumaines.

Le sujet demande donc : sommes-nous déjà humains ou devons-nous encore le devenir ?

Mais la formulation comporte un danger.

Si L’humanité est une tâche à accomplir, certains pourraient-ils être considérés comme :

  • moins avancés ;
  • insuffisamment humanisés ;
  • imparfaits ;
  • exclus de la pleine dignité ?

Comment penser l’humanité comme devenir sans transformer la dignité en diplôme à obtenir ?

Mode 1 - Radiographier le sujet#

I.Radiographier le sujet

Analyse grammaticale, définitions, présupposés, distinctions, réponse spontanée, objection, cas limites, problématique.

« L’HUMANITÉ »

Distinguer au minimum :

l’espèce humaine ; la condition humaine ; la dignité commune ; la qualité morale d’une conduite ; la communauté politique universelle ; le processus d’humanisation.

« EST-ELLE »

Le sujet ne demande pas seulement : les hommes accomplissent-ils des tâches ?

Il demande si le concept même d’humanité doit être défini par : un accomplissement à venir.

« UNE TÂCHE »

Une tâche suppose :

un état initial incomplet ; une action ; une orientation ; un critère de réussite ; une responsabilité ; la possibilité d’échouer.

Il faut donc demander :

01Qui accomplit la tâche ?

l’individu ; l’éducation ; la société ; l’espèce ; les institutions ; chaque génération.

02Quel est son but ?

devenir rationnel ; devenir moral ; construire des droits ; reconnaître autrui ; transmettre un monde commun ; humaniser les conditions d’existence.

03Qui définit la réussite ?

Voilà le piège politique.

Réponse spontanée

Oui.

L’homme ne naît pas avec :

une langue constituée ; une culture maîtrisée ; un jugement moral achevé ; une autonomie politique ; une connaissance de ses droits.

Il doit apprendre, être éduqué, rencontrer autrui et construire des institutions.

Rousseau fait de la perfectibilité une faculté ambivalente : elle permet à l’homme d’acquérir des capacités, des vertus et des connaissances, mais aussi de développer ses erreurs, ses vices et de devenir « tyran de lui-même et de la nature ». L’humanité est donc ouverte au devenir, sans garantie automatique de perfectionnement.

Objection centrale

Si L’humanité doit être accomplie : celui qui n’accomplit pas correctement la tâche serait-il moins humain ?

Cette logique pourrait exclure :

l’enfant ; la personne lourdement handicapée ; le malade ; le criminel ; celui qui appartient à une culture jugée « moins avancée » ; celui qui refuse la norme dominante.

Il faut donc distinguer :

Accomplir une vie humaine

peut être une tâche.

Mériter d’être reconnu comme humain

ne doit jamais l’être.

  • Humanité donnée / humanité accomplie
  • Dignité / perfection
  • Humanisation / normalisation
  • Éducation / fabrication
  • Devenir / progrès
  • Perfectibilité / perfectionnement
  • Autonomie / performance
  • Tâche individuelle / tâche collective
  • Accomplissement moral / appartenance juridique
  • Universel / modèle humain unique

Problématique

L’humanité doit-elle être pensée comme un état déjà donné à chaque être humain ou comme un idéal qu’il reste à accomplir ? Comment faire de l’humanisation une tâche morale et politique sans subordonner la dignité des personnes à leur degré supposé d’accomplissement ?

Mode 2 - Construire le plan#

II.Plan principal détaillé

Fonction de chaque partie, trois sous-parties, thèse locale, argument, référence, exemple, objection interne, transition.

Partie I

L’humanité est une tâche parce que l’homme est un être inachevé, éducable et historique

A. Naître humain ne suffit pas à posséder une forme de vie humaine achevée

Thèse locale - L’appartenance biologique ne fournit ni langue, ni culture, ni jugement moral déjà développé.

Argument - L’enfant humain dépend du soin, de la transmission, de l’apprentissage, de la reconnaissance, d’institutions. Il ne fabrique pas seul la langue dans laquelle il apprendra à dire « je ».

Référence - Rousseau permet d’introduire la perfectibilité comme capacité de devenir autre. Cette faculté ouvre aussi bien la culture que la corruption.

Exemple - L’apprentissage du langage ne transmet pas seulement des mots. Il transmet des catégories, des récits, des normes, des manières de s’adresser à autrui.

Idée à faire aboutir - L’homme possède une nature dont l’une des caractéristiques est de ne pas lui fournir à l’avance toutes les formes de son existence.

B. L’humanité se construit par l’éducation, les œuvres et les institutions

Thèse locale - S’humaniser signifie entrer dans un monde qui existait avant nous et apprendre à y agir.

Argument - L’école, la famille, la littérature et le droit peuvent développer la capacité à argumenter, la mémoire historique, le décentrement, la conscience des obligations, l’accès aux œuvres.

Référence - Beauvoir permet de penser la liberté comme située. L’individu ne choisit pas le monde dans lequel il naît, mais il n’est pas non plus entièrement programmé par lui. Il assume, transforme ou conteste les significations reçues.

Exemple littéraire - Dans Frankenstein, la créature ne naît pas moralement monstrueuse. Elle apprend à parler, lit, observe les relations humaines et demande à être reconnue. Son devenir est profondément affecté par le rejet.

Enjeu - L’humanité n’est pas seulement un patrimoine génétique. Elle est aussi un monde transmis.

C. L’humanité est une tâche morale : développer ses capacités et reconnaître autrui comme fin

Thèse locale - Une vie humaine peut trahir les possibilités morales de L’humanité.

Référence - Kant ne se contente pas d’interdire de nuire. Il demande de concevoir L’humanité et toute nature raisonnable comme fin en soi, et de contribuer autant que possible aux fins d’autrui. Il rattache également à L’humanité des dispositions qu’il est de notre devoir de cultiver.

Argument - Être humain biologiquement ne suffit pas à agir humainement. Il faut encore juger, respecter, développer ses facultés, reconnaître les fins d’autrui, refuser l’instrumentalisation.

Premier bilan - L’humanité est bien une tâche si l’on entend développer les capacités et les relations rendues possibles par notre condition.

Transition I → II

Cette première réponse donne à L’humanité une profondeur morale. Mais elle contient un poison discret : dès qu’un critère d’accomplissement est fixé, certains hommes peuvent être classés comme plus proches ou plus éloignés de la « véritable » humanité.

Partie II

Faire de l’humanité une tâche peut produire hiérarchie, normalisation et exclusion

A. L’histoire de l’humanisation peut devenir une échelle de civilisation

Thèse locale - Une société peut se présenter comme l’humanité accomplie et classer les autres comme retardataires.

Argument - Le vocabulaire du progrès humain peut être utilisé pour distinguer : civilisés ; barbares ; adultes ; peuples-enfants ; capables de se gouverner ; populations à administrer.

Référence - Montaigne révèle que chacun transforme facilement ses propres usages en mesure de la raison.

Exemple - La prétendue mission civilisatrice peut imposer langue, religion, institutions, hiérarchie économique au nom de l’humanisation de celui qui n’a jamais demandé cette tutelle.

Point fort - L’humanité comme tâche devient dangereuse lorsque le maître du programme et l’élève appartiennent à des groupes différents.

B. La tâche peut devenir optimisation de l’individu

Thèse locale - Le devoir de développer les facultés peut se transformer en obligation de performance.

Argument - Une société peut définir le « meilleur humain » par : intelligence ; santé ; productivité ; beauté ; longévité ; contrôle émotionnel ; conformité génétique. Celui qui refuse ou ne peut atteindre l’idéal devient déficient, obsolète, coûteux, moins désirable.

Application contemporaine - Le débat sur l’amélioration humaine ne porte pas seulement sur la distinction entre soin et augmentation. Il concerne aussi la justice distributive, la pression sociale, les politiques scientifiques et les institutions compétitives.

Risque - L’humanisation devient ingénierie du modèle humain dominant.

C. La dignité ne peut dépendre de l’accomplissement de la tâche

Thèse locale - L’enfant, le malade ou la personne privée d’autonomie actuelle ne doit jamais être considéré comme moins humain.

Argument - Si la dignité dépend de la raison effectivement exercée, de l’indépendance, de la contribution, du mérite, elle protège le moins ceux qui en ont le plus besoin.

Exemple cinématographique - Dans Elephant Man, la société commence à respecter Merrick lorsqu’elle découvre son intelligence et sa sensibilité. Mais la question décisive est : aurait-il mérité moins de respect s’il n’avait pas pu le démontrer ?

Bilan - L’humanité ne peut être une tâche au sens où chacun devrait réussir son examen d’entrée dans la dignité.

Transition II → III

Il faut donc maintenir simultanément deux propositions qui semblent d’abord incompatibles : tout homme est déjà pleinement humain, mais les relations et les institutions humaines restent profondément inachevées.

Partie III

La tâche ne consiste pas à devenir digne d’être humain, mais à rendre effective la dignité déjà reconnue à chacun

A. La dignité est un point de départ, non une récompense finale

Thèse locale - Personne n’a à accomplir L’humanité pour obtenir le statut humain.

Argument - La tâche morale commence après la reconnaissance inconditionnelle. Elle ne consiste pas à décider qui est humain, mais à déterminer comment traiter chacun conformément à cette humanité.

Formule à retenir - L’humanité est donnée comme statut et demandée comme conduite.

B. La véritable tâche porte sur les institutions et les relations

Thèse locale - Ce n’est pas seulement l’individu qui doit « devenir meilleur ».

Il faut humaniser : le droit ; l’école ; le travail ; l’hôpital ; la technologie ; la ville ; les frontières ; les relations entre générations.

Référence - Arendt rattache l’action humaine à la pluralité et à la natalité. Chaque naissance introduit une possibilité nouvelle, mais cette nouveauté ne peut apparaître que dans un monde partagé où les hommes parlent et agissent ensemble.

Enjeu - L’humanité comme tâche n’est pas la fabrication d’un homme parfait. Elle est la construction d’un monde où des hommes différents peuvent apparaître comme égaux.

C. La tâche doit rester ouverte et plurielle

Thèse locale - Aucune génération ne peut prétendre posséder la définition achevée de l’humain.

Argument - Une tâche humaine digne de ce nom doit préserver la critique, la diversité, le droit de commencer autrement, le droit de refuser certains modèles, l’avenir des générations nouvelles.

Référence - La pluralité arendtienne associe égalité et distinction : les humains sont suffisamment semblables pour se comprendre, mais aucun n’est interchangeable.

L’humanité est une tâche : non parce que certains devraient devenir assez humains ; mais parce que la reconnaissance de tous comme humains demeure à traduire dans les faits.

Références à mobiliser

  • Rousseau

    Perfectibilité ambivalente

  • Kant

    Humanité comme fin et devoir de développement

  • Beauvoir

    Liberté située

  • Arendt

    Natalité, pluralité, monde commun

  • DUDH

    Dignité donnée, non méritée

  • Frankenstein

    Devenir relationnel de la créature

  • Elephant Man

    Danger de conditionner la dignité à la preuve

Fiche de révision

Thèse finale en une phrase
L’humanité est une tâche non parce que chacun devrait mériter son appartenance à l’espèce, mais parce que la dignité déjà reconnue à tous doit encore devenir une réalité éducative, sociale, politique et institutionnelle.

Mode 3 - Choisir une autre architecture#

III.Choisir une autre architecture

Un plan alternatif, ce qu’il permet de mieux traiter, ses risques, les sujets proches auxquels il convient davantage.

  1. 1I. L’humanité comme fait biologique.
  2. 2II. L’humanité comme idéal moral.
  3. 3III. L’humanité comme projet institutionnel.
AspectContenu
AvantageArchitecture très claire pour un candidat encore fragile.
RisqueProduire trois définitions juxtaposées.
Condition de réussiteMontrer que le projet institutionnel naît précisément de l’écart entre l’égalité donnée et l’inégalité vécue.

Mode 4 - S’entraîner sans le modèle#

IV.S’entraîner sans le modèle

Titres mélangés à remettre dans l’ordre, références à affecter à la bonne sous-partie, transitions à compléter, introduction de 15 lignes à produire, conclusion de 8 lignes.

  • Présenter un plan comme unique ou définitif.
  • Utiliser « Oui », « Non » ou « Synthèse » comme titre de partie.
  • Faire dépendre la dignité de l’accomplissement d’une tâche, d’une performance ou d’une sociabilité réussie.
  • Confondre appartenance humaine et humanisation morale.
  • Traiter Auschwitz et la Shoah sans sobriété ni contextualisation.
  • Convertir une émotion cinématographique en preuve philosophique.
  • Utiliser « dépasser » comme synonyme automatique d’« améliorer ».
  • Organiser la dissertation comme un musée où chaque salle porterait le nom d’un philosophe.

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