Concours35 min de lecturePage pédagogique

10 sujets de khôlle corrigés

Dix khôlles sur l’humanité entièrement corrigées : analyse des termes, piège du sujet, problématique, plan en dix minutes, phrase de chute et questions du jury avec la réponse attendue.

Un examinateur colossal plongeant un stylo sur une copie, face à un étudiant minuscule à son pupitre.
Dix sujets de khôlle corrigés comme un vrai passage devant le colleur. — illustration originale du hub.

Les 10 sujets corrigés#

01Définir l’humainExigeant

L’humanité se constate-t-elle ?

Que le candidat distingue l’humanité comme fait biologique, qui se constate, et l’humanité comme qualité morale, qui se reconnaît ou se refuse.

Analyse des termes

Constater :
établir un fait par observation, sans jugement de valeur ni décision.
Humanité :
à la fois l’appartenance à l’espèce, la qualité morale et le genre humain comme communauté.
Se :
la forme pronominale suppose que le constat serait immédiat, sans médiation ni institution.

Le piège du sujet

Répondre « oui, par la génétique » et s’arrêter là. Le sujet ne porte pas sur l’existence d’un critère biologique, mais sur le fait de savoir si un constat suffit à fonder ce que nous devons à un être.

Problématique

Si l’appartenance à l’espèce humaine se constate, pourquoi a-t-il fallu des siècles de controverses et des textes de droit pour reconnaître certains hommes comme des hommes ?

Plan exposé en dix minutes

  1. IL’humanité se constate : elle est un fait d’espèce

    Un critère objectif, indépendant des cultures et des mérites : on n’est pas plus ou moins de l’espèce humaine. C’est ce fait qui rend possible une science de l’homme et qui interdit les hiérarchies raciales.

    Référence mobilisée — Buffon puis la génétique des populations : l’unité de l’espèce humaine comme fait établi.

  2. IIMais le constat ne produit aucune obligation

    Passer du fait « ceci est un homme » au devoir « je lui dois le respect » est un passage que rien dans l’observation ne garantit. Valladolid montre que le constat biologique n’a jamais suffi : il a fallu une décision sur le statut.

    Référence mobilisée — Kant : la dignité n’est pas une propriété observable mais une valeur attribuée à la personne.

  3. IIIL’humanité se reconnaît et s’institue

    Ce sont des institutions — le droit, le témoignage, la mémoire — qui rendent le constat effectif. 1948 n’ajoute rien à la biologie : elle transforme un fait en statut opposable.

    Référence mobilisée — Arendt : le « droit d’avoir des droits » ; l’appartenance à l’espèce ne protège personne si aucune communauté politique ne la reconnaît.

Phrase de chute

« L’humanité se constate comme fait, mais elle ne s’impose comme exigence que si quelqu’un se porte garant de ce constat. »

Les questions du jury et ce qu’il faut répondre

  • — Un embryon, un patient en état végétatif : le constat est-il encore possible ?

    Répondre par la distinction : l’appartenance à l’espèce reste constatable, ce qui est discuté est le statut de personne. Le désaccord bioéthique porte sur la valeur attribuée, pas sur le fait biologique.

  • — Alors la dignité est une convention ?

    Non : une convention se révoque par accord, une dignité inconditionnelle se soustrait au vote. Kant fonde la dignité sur la capacité d’être fin en soi, pas sur un consentement collectif.

  • — Quelle différence avec le sujet « qu’est-ce que l’homme ? »

    « Qu’est-ce que l’homme ? » demande une définition ; « l’humanité se constate-t-elle ? » demande un mode d’accès. C’est une question d’épistémologie et de droit, non d’anthropologie.

02Humanité et animalitéAbordable

Sommes-nous des animaux comme les autres ?

Sortir de l’alternative « oui, biologiquement / non, culturellement » en interrogeant ce que signifie « comme les autres ».

Analyse des termes

Animal :
être vivant sensible et mobile ; l’homme en est un, la question est de savoir à quel titre.
Comme les autres :
formule ambiguë : de même nature ? de même valeur ? soumis aux mêmes lois ?
Nous :
le « nous » du sujet suppose déjà une communauté humaine séparée — c’est ce présupposé qu’il faut examiner.

Le piège du sujet

Aligner les « propres de l’homme » — outil, langage, rire, conscience de la mort — que l’éthologie a tous relativisés. Le jury attend une différence de nature argumentée ou son abandon assumé, pas une liste.

Problématique

Si toutes les frontières empiriques entre l’homme et l’animal se sont déplacées, sur quoi peut encore reposer la différence que nous continuons de faire ?

Plan exposé en dix minutes

  1. INous sommes bien des animaux, et l’oublier a coûté cher

    Continuité anatomique, ascendance commune, besoins et vulnérabilités partagés. La coupure classique a servi à justifier des exploitations.

    Référence mobilisée — Darwin : une différence de degré et non de nature entre l’homme et les autres animaux.

  2. IILes critères de séparation reculent les uns après les autres

    Outils chez les corvidés, cultures locales chez les chimpanzés, transmission, deuil, coopération : chaque propre revendiqué a trouvé un équivalent animal partiel.

    Référence mobilisée — L’éthologie contemporaine, et Montaigne bien avant : la présomption est notre maladie naturelle.

  3. IIIReste une différence de rapport, non de propriété

    L’humain institue des normes qu’il peut transgresser, hérite d’une histoire cumulative et se rend responsable des autres vivants. Ce n’est pas une supériorité : c’est une charge.

    Référence mobilisée — Jonas : la puissance technique de l’homme crée une responsabilité que nul autre vivant ne porte.

Phrase de chute

« Nous sommes des animaux comme les autres, à cette différence près que nous sommes les seuls à devoir répondre de ce que nous faisons aux autres. »

Les questions du jury et ce qu’il faut répondre

  • — N’est-ce pas encore de l’anthropocentrisme ?

    Assumer la distinction : l’anthropocentrisme fait de l’homme la mesure et la fin ; reconnaître une responsabilité asymétrique n’accorde aucun privilège, elle impose une contrainte.

  • — Que répondriez-vous à Peter Singer ?

    Que son argument est fort : si la sensibilité fonde la considération morale, l’appartenance d’espèce n’est pas un critère pertinent. Mais l’utilitarisme réintroduit un calcul entre vies, ce que la notion de dignité refuse précisément.

  • — Le langage animal existe-t-il ?

    Il existe des systèmes de communication complexes ; ce qui n’a pas été observé est une syntaxe récursive permettant de parler de l’absent et du possible. C’est là que se tient la différence, plus étroite qu’on ne l’a cru.

03Humanité et inhumanitéExigeant

Peut-on perdre son humanité ?

Distinguer ce qui ne peut pas se perdre — l’appartenance à l’espèce — de ce qui peut se dégrader — la qualité morale — et de ce qu’on peut faire perdre à autrui.

Analyse des termes

Perdre :
cesser de posséder ; suppose qu’on possédait, et parfois qu’un autre a pris.
Son humanité :
le possessif oriente vers la qualité morale plutôt que vers l’espèce.
Pouvoir :
possibilité de fait ou possibilité de droit : est-ce concevable, est-ce admissible ?

Le piège du sujet

Dire d’un bourreau qu’il « n’est plus un homme ». La formule est tentante mais elle innocente : elle exclut le criminel de l’humanité au lieu de reconnaître que le crime est humain.

Problématique

Si l’on peut cesser d’agir humainement sans cesser d’être humain, où situer exactement ce qui se perd — et qui le perd, la victime ou le bourreau ?

Plan exposé en dix minutes

  1. IOn ne perd jamais son appartenance à l’espèce

    Aucun acte ne fait sortir de l’humanité : c’est même la condition pour juger. Un tribunal ne condamne que des hommes.

    Référence mobilisée — Le droit pénal international : le crime contre l’humanité est commis par des humains, jugés comme tels.

  2. IIOn peut perdre la qualité morale, et c’est le bourreau qui la perd

    L’inhumanité n’est pas une nature, c’est une conduite : elle consiste à refuser à un semblable la reconnaissance qui lui est due. Elle est graduelle, souvent ordinaire, et suppose surtout l’absence de pensée.

    Référence mobilisée — Arendt sur Eichmann : la banalité du mal désigne l’incapacité à penser d’un exécutant, non l’atténuation du crime.

  3. IIIOn peut faire perdre à un autre les marques de son humanité

    La déshumanisation est un dispositif : numéro, uniforme, langue confisquée, privation du nom. Elle ne supprime pas l’humanité de la victime, elle supprime les moyens de la manifester — et c’est le témoignage qui la restitue.

    Référence mobilisée — Primo Levi décrit, sans que l’on ait à le citer, une démolition méthodique dont le récit lui-même est la réfutation.

Phrase de chute

« On ne perd pas son humanité, on la trahit ; et ceux qui la perdent vraiment sont ceux qui ont voulu l’ôter aux autres. »

Les questions du jury et ce qu’il faut répondre

  • — Pourquoi refuser de dire d’un tortionnaire qu’il est un monstre ?

    Parce que le monstre est hors norme, donc hors responsabilité et hors prévention. Reconnaître le crime comme humain est la condition pour le juger et pour comprendre les conditions qui l’ont rendu possible.

  • — Quelle différence entre inhumanité, barbarie et cruauté ?

    L’inhumanité qualifie le refus de reconnaissance ; la barbarie est un jugement porté sur une culture étrangère, souvent ethnocentrique ; la cruauté est le plaisir pris à la souffrance infligée. Trois registres, trois usages.

  • — La déshumanisation est-elle réversible ?

    Le dispositif peut cesser, ses effets pas entièrement. Ce qui restitue le statut n’est pas l’oubli mais la reconnaissance publique : procès, témoignage, mémoire.

04Humanité et autruiAbordable

Autrui est-il mon semblable ?

Interroger le mot « semblable » : ressemblance de fait, égalité de droit, ou reconnaissance qui précède toute comparaison ?

Analyse des termes

Autrui :
l’autre en tant qu’autre, non réductible à un objet de connaissance.
Semblable :
qui me ressemble ; mais aussi, en français juridique, mon égal en droit.
Mon :
le rapport est posé depuis moi : le sujet interroge donc aussi la légitimité de ce point de départ.

Le piège du sujet

Fonder le respect sur la ressemblance. Si autrui m’oblige parce qu’il me ressemble, alors celui qui me ressemble moins m’oblige moins : c’est exactement le raisonnement qu’il faut détruire.

Problématique

Faut-il qu’autrui me ressemble pour que je lui doive quelque chose, ou l’obligation naît-elle précisément de ce qui en lui m’échappe ?

Plan exposé en dix minutes

  1. IAutrui m’apparaît d’abord comme un semblable

    Analogie du corps, réciprocité des attentes, empathie spontanée. C’est ce qui rend la vie sociale possible et la souffrance d’autrui immédiatement lisible.

    Référence mobilisée — Rousseau : la pitié, sentiment antérieur à la réflexion, qui nous fait souffrir de voir souffrir.

  2. IIMais la ressemblance est un critère dangereux

    Elle a des degrés, donc elle hiérarchise. Toutes les entreprises de déshumanisation ont commencé par produire de la dissemblance : langue, apparence, mœurs.

    Référence mobilisée — Lévi-Strauss : le refus d’humanité est le premier réflexe de toute culture face à l’étranger.

  3. IIIL’obligation naît de l’altérité, non de la similitude

    Le visage d’autrui m’oblige avant que je l’aie comparé à moi. Ce n’est pas parce qu’il est comme moi qu’il compte, c’est parce qu’il est un autre que je ne peux pas réduire.

    Référence mobilisée — Levinas : le visage résiste à la prise, il commande avant toute délibération.

Phrase de chute

« Autrui n’est pas mon semblable parce qu’il me ressemble : il est mon semblable parce que je décide que la ressemblance n’est pas la condition du respect. »

Les questions du jury et ce qu’il faut répondre

  • — L’empathie ne suffit-elle pas ?

    Non : l’empathie est sélective, elle décroît avec la distance et l’étrangeté. Elle est un point de départ affectif, pas un fondement moral fiable.

  • — Peut-on parler d’autrui pour un animal ?

    Chez Levinas, la question reste ouverte et discutée. On peut soutenir qu’un animal souffrant impose une obligation sans être un interlocuteur : l’obligation n’est pas symétrique.

05Une ou plusieurs humanitésSujet piège

L’universel est-il occidental ?

Ne pas se contenter d’un relativisme confortable ni d’une défense naïve des droits de l’homme : distinguer l’origine historique d’un énoncé et sa portée.

Analyse des termes

Universel :
ce qui vaut pour tous ; à ne jamais confondre avec l’uniforme, qui est identique partout.
Occidental :
désignation historique et géographique, non un contenu de pensée.
Être :
le sujet demande une identité : l’universel se réduit-il à son origine ?

Le piège du sujet

Le sophisme génétique : conclure de l’origine d’une idée à sa validité. Que la formulation moderne des droits soit née en Europe ne dit rien de leur portée, pas plus que l’origine grecque du théorème de Pythagore n’en fait une vérité grecque.

Problématique

Comment distinguer un universel réellement partageable d’un particulier qui s’est imposé en se déclarant universel ?

Plan exposé en dix minutes

  1. IL’objection est sérieuse : l’universel a été un instrument de domination

    Au nom de la civilisation, on a colonisé ; au nom de l’homme, on a nié des mondes. L’universel abstrait a souvent été le particulier du plus fort.

    Référence mobilisée — Lévi-Strauss : l’ethnocentrisme se déguise volontiers en progrès de l’humanité.

  2. IIMais le relativisme intégral se retourne contre les dominés

    Si aucune norme ne vaut au-delà de sa culture, aucune critique n’est possible de l’intérieur non plus, et toute contestation devient une importation illégitime. Le relativisme protège les institutions, pas les personnes.

    Référence mobilisée — Amartya Sen : la liberté est réclamée partout, y compris contre les traditions locales.

  3. IIIUn universel latéral, construit par la traduction

    Non pas un universel décrété d’en haut, mais un universel obtenu par confrontation des expériences, révisable, jamais achevé. 1948 est le résultat d’une négociation entre traditions, non d’un décret européen.

    Référence mobilisée — Merleau-Ponty : l’universel latéral, acquis par le détour de l’autre plutôt que par surplomb.

Phrase de chute

« L’universel n’est pas ce qui vient d’Occident ni ce qui reste après avoir tout relativisé : c’est ce qui survit à l’épreuve de la traduction. »

Les questions du jury et ce qu’il faut répondre

  • — Les droits de l’homme sont-ils universels ou universalisables ?

    Universalisables : ils prétendent valoir pour tous mais leur formulation est datée. Ce qui compte est la possibilité de les invoquer partout, y compris contre ceux qui les ont proclamés.

  • — Peut-on critiquer une culture étrangère ?

    Oui, à condition de le faire sur des critères que les intéressés peuvent reprendre à leur compte, et d’accepter la réciprocité de la critique.

  • — Uniforme et universel, la différence ?

    L’uniforme efface les différences, l’universel les autorise : une norme universelle garantit à chacun le droit de vivre autrement, elle n’impose pas un mode de vie unique.

06Humanité et techniqueAbordable

La technique nous rend-elle plus humains ?

Refuser le partage entre une humanité naturelle et une technique ajoutée : l’humain est technique depuis l’origine, le problème est celui du changement d’échelle.

Analyse des termes

Technique :
l’ensemble des moyens artificiels d’agir sur le monde ; pas seulement les machines récentes.
Plus humains :
plus conformes à l’espèce, ou plus proches d’une exigence morale ? Le comparatif est piégé.
Nous rendre :
attribue à la technique une causalité qu’il faut discuter : elle rend possible, elle ne décide pas.

Le piège du sujet

Opposer un homme authentique à une technique aliénante. L’outil est contemporain de l’hominisation : il n’y a pas d’humanité nue antérieure à la technique à laquelle revenir.

Problématique

Si la technique est constitutive de l’humain, comment peut-elle en même temps menacer ce qu’elle a contribué à produire ?

Plan exposé en dix minutes

  1. ILa technique nous humanise : elle est notre mode d’existence

    Le silex, l’écriture, la médecine : l’homme se produit lui-même en produisant ses moyens. Le mythe de Prométhée dit cette indigence originelle compensée par l’artifice.

    Référence mobilisée — Leroi-Gourhan : l’outil et le geste comme extériorisation des fonctions, moteur de l’hominisation.

  2. IIMais la puissance a changé d’échelle, et nos catégories morales n’ont pas suivi

    Nos actes engagent des populations lointaines et des générations non nées ; l’éthique de la proximité devient insuffisante. L’écart entre ce que nous pouvons faire et ce que nous pouvons nous représenter se creuse.

    Référence mobilisée — Günther Anders : l’obsolescence de l’homme, incapable d’imaginer les effets de ce qu’il fabrique. Jonas : agir de sorte que les effets soient compatibles avec une vie humaine authentique.

  3. IIILe problème n’est pas la technique mais le régime de dévoilement qu’elle installe

    Ce qui inquiète n’est pas la machine, c’est la tendance à ne plus voir dans le réel — y compris humain — qu’un stock de ressources disponibles. Une machine qui simule la conversation ne comprend pas ; l’oublier appauvrit ce que nous entendons par « penser ».

    Référence mobilisée — Heidegger, dont la thèse n’est pas un refus des machines mais une analyse de l’essence de la technique ; Turing, dont le test mesure l’indiscernabilité, jamais la conscience.

Phrase de chute

« La technique ne nous rend ni plus ni moins humains : elle augmente la portée de nos actes, et transforme en devoir ce qui n’était qu’une possibilité. »

Les questions du jury et ce qu’il faut répondre

  • — Le transhumanisme est-il un humanisme ?

    Il en prolonge le projet d’amélioration mais en abandonne le présupposé : si la dignité tient à la condition finie, augmenter indéfiniment l’individu ne l’accomplit pas, cela change de sujet.

  • — Une intelligence artificielle peut-elle être une personne ?

    Rien n’établit aujourd’hui qu’un système génératif ait une expérience vécue. Le débat juridique sur un statut est distinct de la question de la conscience et ne la tranche pas.

07Humanité et natureSujet piège

L’homme est-il maître et possesseur de la nature ?

Restituer le contexte de la formule de Descartes, souvent citée à contresens, puis mesurer ce que l’époque contemporaine en a fait.

Analyse des termes

Maître :
qui commande, mais chez Descartes au sens d’un usage réglé, non d’une domination sans frein.
Possesseur :
qui dispose ; la formule est prise dans un projet de médecine et de prolongation de la vie.
Nature :
ce qui existe indépendamment de l’action humaine — définition devenue instable.

Le piège du sujet

Faire de Descartes le coupable de la crise écologique. La formule du Discours de la méthode est finalisée par la santé et se donne pour un idéal régulateur, non pour un droit de saccage. Le contresens est repéré immédiatement par le jury.

Problématique

Si la maîtrise s’est effectivement accomplie, pourquoi produit-elle une dépendance accrue plutôt qu’une souveraineté ?

Plan exposé en dix minutes

  1. ILe projet de maîtrise est cohérent et longtemps bénéfique

    Connaître les lois pour agir : agriculture, médecine, allongement de la vie. La maîtrise cartésienne est d’abord une maîtrise pour se soigner.

    Référence mobilisée — Descartes, Discours de la méthode, VI, où la formule est immédiatement rapportée à la conservation de la santé.

  2. IILa maîtrise réussie se retourne en dépendance

    Modifier les cycles globaux ne rend pas maître de leurs effets. Nous commandons les moyens sans commander les conséquences : c’est le contraire de la possession.

    Référence mobilisée — Le débat sur l’Anthropocène : concept scientifiquement rejeté comme époque géologique formelle en 2024, mais qui reste un opérateur d’analyse de la puissance humaine.

  3. IIISubstituer la responsabilité à la possession

    Non pas renoncer à la technique, mais changer le fondement du rapport : ce qui dépend de nous et ne peut pas se défendre nous oblige. La nature cesse d’être un objet pour devenir une charge.

    Référence mobilisée — Jonas : le pouvoir crée le devoir, et l’objet du devoir inclut les générations futures.

Phrase de chute

« Nous sommes devenus possesseurs sans devenir maîtres : c’est précisément cette asymétrie qui fonde une responsabilité inédite. »

Les questions du jury et ce qu’il faut répondre

  • — L’Anthropocène est-il une notion scientifique ?

    La commission compétente a rejeté en 2024 sa reconnaissance comme époque géologique formelle. Le terme conserve une valeur descriptive et polémique, ce qu’il faut dire explicitement pour rester exact.

  • — Faut-il donner des droits à la nature ?

    Des dispositifs existent — fleuves, écosystèmes dotés de personnalité juridique. L’argument fort est procédural : cela donne un représentant à ce qui ne peut pas plaider.

08Humanité et finitudeExigeant

Faut-il souhaiter l’immortalité ?

Tenir la distinction mort / mortalité / finitude et montrer que la question porte sur le sens d’une vie, non sur sa durée.

Analyse des termes

Immortalité :
absence de fin ; à distinguer de l’allongement indéfini de la vie, qui laisse subsister l’accident.
Souhaiter :
vouloir pour soi ; le sujet est axiologique, pas technique.
Falloir :
obligation ou opportunité : est-ce désirable, est-ce cohérent ?

Le piège du sujet

Traiter le sujet comme une question sur les biotechnologies. La question est de savoir si une vie sans terme resterait une vie humaine, c’est-à-dire une vie où les choix comptent.

Problématique

Une existence sans fin conserverait-elle ce qui donne aux choix humains leur poids, ou l’abolirait-elle ?

Plan exposé en dix minutes

  1. ILe souhait est légitime : la mort est un scandale

    Elle interrompt les projets, sépare, frappe sans mesure. Combattre la mort est le sens même de la médecine, et l’allongement de l’espérance de vie est un progrès réel.

    Référence mobilisée — Épicure lui-même vise l’apaisement, non l’acceptation d’un malheur.

  2. IIMais la mortalité structure l’existence

    Le temps compté rend les choix irréversibles, donc sérieux. L’urgence, la transmission, le deuil, l’héritage n’auraient plus d’objet ; une décision toujours reportable n’engage rien.

    Référence mobilisée — Heidegger : l’être-pour-la-mort comme condition d’une existence propre, non comme morbidité.

  3. IIICe que nous souhaitons n’est pas l’immortalité mais la continuation

    Ce qui est réellement désiré, c’est de ne pas être oublié et que quelque chose demeure : œuvre, enfants, institutions. La natalité, plus que l’immortalité, répond au désir de durer.

    Référence mobilisée — Arendt : la natalité, capacité de commencer, comme réponse humaine à la finitude.

Phrase de chute

« Souhaiter l’immortalité, c’est souhaiter que rien ne finisse ; mais une vie où rien ne finit est une vie où rien ne compte. »

Les questions du jury et ce qu’il faut répondre

  • — Mort, mortalité, finitude : où est la différence ?

    La mort est l’événement, la mortalité le savoir de cet événement qui oriente l’existence, la finitude l’ensemble des limites de notre condition — ignorance, dépendance, temps compté.

  • — L’allongement de la vie change-t-il quelque chose au problème ?

    Quantitativement oui, qualitativement non : tant qu’il y a un terme, la structure de la mortalité demeure. Le débat philosophique porte sur l’abolition du terme, pas sur son recul.

09Définir l’humainExigeant

L’humanité est-elle un héritage ou une tâche ?

Refuser l’alternative : montrer que l’héritage n’est effectif que s’il est repris, et que la tâche n’a de sens que reçue.

Analyse des termes

Héritage :
ce qui est reçu sans avoir été mérité et qui oblige celui qui le reçoit.
Tâche :
ce qui reste à faire, ce qui n’existe qu’à condition d’être accompli.
Ou :
alternative ou complémentarité ? Le travail du candidat est de montrer que la disjonction est fausse.

Le piège du sujet

Confondre ce sujet avec « naît-on humain ou le devient-on ? ». Ici, le vocabulaire est celui de la transmission et de l’obligation, pas celui de la genèse individuelle.

Problématique

Ce qui nous est transmis sans mérite peut-il en même temps constituer une obligation, et que devient l’héritage s’il n’est pas repris ?

Plan exposé en dix minutes

  1. IUn héritage : nous recevons une humanité déjà là

    Langue, institutions, droit, œuvres : nul ne s’humanise seul ni ne recommence à zéro. L’humanité précède chacun de ses membres.

    Référence mobilisée — Arendt : le monde commun, plus durable que ceux qui l’habitent, est ce qui nous est confié.

  2. IIUne tâche : rien n’est acquis, tout peut se défaire

    Le XXᵉ siècle a montré qu’un héritage juridique et culturel n’empêche rien. La qualité morale se réactive à chaque génération ou disparaît.

    Référence mobilisée — Kant : l’humanité comme dignité à respecter, donc comme exigence adressée, jamais comme possession.

  3. IIIUn héritage qui n’est reçu qu’en étant repris

    Hériter n’est pas conserver : c’est traduire, critiquer, transmettre à nouveau. L’héritier qui se contente de garder perd ce qu’il croit garder.

    Référence mobilisée — L’éducation, comme travail par lequel l’humanité se reçoit et se recommence.

Phrase de chute

« L’humanité est un héritage dont la seule manière de jouir est de le continuer. »

Les questions du jury et ce qu’il faut répondre

  • — En quoi ce sujet diffère-t-il de « l’humanité est-elle une tâche ? »

    Le second interroge la nature de l’exigence ; celui-ci ajoute la dimension de la transmission et donc du passé. Traiter l’un pour l’autre est la faute la plus fréquente.

  • — Peut-on refuser un héritage ?

    On peut le critiquer, on ne peut pas ne pas l’avoir reçu : la langue dans laquelle on refuse est encore héritée. Le refus est une modalité de la reprise.

10Définir l’humainAbordable

Le langage fait-il l’humanité ?

Distinguer communication, langage et parole, et éviter d’exclure ceux qui ne parlent pas.

Analyse des termes

Langage :
faculté de signifier au moyen de signes articulés, distincte des systèmes de communication.
Faire :
produire, constituer : le langage est-il cause, condition ou signe de l’humanité ?
Humanité :
espèce, qualité ou communauté : la réponse diffère selon le sens retenu.

Le piège du sujet

Conclure que ceux qui ne parlent pas — nourrissons, aphasiques, personnes privées de parole — seraient moins humains. Les langues des signes suffisent à montrer que la faculté de langage n’est pas la parole vocale.

Problématique

Le langage est-il ce qui produit l’humain, ou ce par quoi une humanité déjà là se manifeste et se transmet ?

Plan exposé en dix minutes

  1. ILe langage rend possible ce qui nous distingue

    Parler de l’absent, du passé, du possible, du faux : la syntaxe récursive ouvre un monde que la seule perception ne donne pas. Avec elle viennent la promesse, la loi, le récit.

    Référence mobilisée — Aristote : l’homme a le logos, qui permet de dire le juste et l’injuste, non seulement l’agréable et le pénible.

  2. IIMais le langage n’est pas la parole individuelle

    Les langues des signes possèdent une grammaire complète : la faculté est indépendante du canal. Réduire le langage à la voix exclut arbitrairement des locuteurs de plein droit.

    Référence mobilisée — La linguistique des langues signées, qui établit leur statut de langues à part entière.

  3. IIILe langage peut aussi défaire l’humanité

    Nommer autrui comme vermine, réduire le vocabulaire disponible, interdire des mots : la déshumanisation passe par la langue avant de passer par les actes.

    Référence mobilisée — Orwell : restreindre le lexique, c’est restreindre le pensable.

Phrase de chute

« Le langage ne fait pas l’humanité comme une cause fait son effet : il lui donne les moyens de se reconnaître, et parfois ceux de se nier. »

Les questions du jury et ce qu’il faut répondre

  • — Un enfant qui ne parle pas encore est-il pleinement humain ?

    Oui : la faculté de langage est en lui et l’appartenance ne se mesure pas à son exercice. Le sujet porte sur la faculté, pas sur la performance.

  • — Une intelligence artificielle qui parle est-elle humaine ?

    Produire des énoncés bien formés n’est pas signifier : le test de Turing mesure l’indiscernabilité des réponses, il ne prouve ni compréhension ni expérience.

Où en es-tu ?

Crée ton compte gratuit pour garder la trace de ce que tu as appris, sur tous tes appareils.

Ton geste est conservé : il s’applique tout seul dès que tu es connecté. Toutes les pages restent lisibles sans compte.

À lire ensuite

Les suites de lecture les plus proches de cette page, calculées automatiquement.

Une erreur sur cette page ? Signale-la.