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Des cannibales

Fiche texte · Michel de Montaigne · Essais, livre I, chapitre 31, « Des cannibales » · 1580

Fiche texteL’humanité · Culture générale ECG 2026-27

Des cannibales

Michel de Montaigne · Essais, livre I, chapitre 31, « Des cannibales » · 1580

Ce que tu dois voir en lisant

A-t-on le droit de qualifier de « barbare » une culture simplement parce qu’elle ne correspond pas à nos propres usages ?

À apprendre par cœur

« chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage »

Le mouvement du texte

  1. D’abordnotre coutume n’est pas l’universel : ce qui nous paraît normal peut simplement être familier.
  2. Ensuitel’autre est un miroir : la rencontre d’un autre peuple permet de voir notre propre société depuis l’extérieur.
  3. Enfincivilisation et barbarie ne s’opposent pas simplement : une civilisation raffinée peut produire de la cruauté.

La scène

Montaigne reçoit à Bordeaux un homme qui a longtemps vécu au Brésil auprès d’un peuple que ses contemporains qualifient sans hésiter de sauvage. Il l’interroge patiemment sur leurs coutumes, leur manière de faire la guerre, de traiter leurs prisonniers, de vivre ensemble sans lois écrites ni magistrats. Plutôt que de conclure à l’infériorité de ce peuple, Montaigne se met alors à comparer ces pratiques à celles que les Européens s’infligent entre eux pendant les guerres de Religion. La barbarie, qu’il croyait pouvoir situer loin de chez lui, se révèle alors présente au cœur même de la civilisation qui prétendait la dénoncer.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire

Montaigne dit que toutes les cultures se valent.

Non : il continue de juger avec des critères comme la raison, la cruauté, la tyrannie ou la loyauté.

Montaigne est un anthropologue moderne.

Il travaille avec les récits du XVIe siècle ; son texte reste fondamental car il met en crise le regard de celui qui juge.

ecg-humanite.frRecto · 1/2 · Aurlom
Fiche texteL’humanité · Culture générale ECG 2026-27

Des cannibales · Mobiliser

Où ça se joue aujourd’hui

Regard sur des cultures éloignées

Les jugements rapides portés sur des pratiques culturelles étrangères, souvent fondés sur la seule différence d’usage, reprennent l’avertissement de Montaigne contre la coutume prise pour l’universel. Ils invitent à distinguer ce qui choque parce que cela heurte une valeur véritable de ce qui choque parce que cela heurte une simple habitude.

Retour du regard

Les enquêtes qui donnent la parole à des personnes extérieures pour décrire le fonctionnement de nos propres sociétés prolongent le geste du miroir inventé par Montaigne. Elles montrent que ce que nous jugeons normal peut apparaître tout aussi étrange à qui n’y a pas été habitué.

Cruauté et raffinement

Les violences qui subsistent dans des sociétés se présentant comme avancées rappellent que le raffinement matériel ou technique ne garantit aucunement l’absence de cruauté. Montaigne avait déjà relevé ce paradoxe en comparant les usages qu’il jugeait exotiques aux pratiques de son propre pays.

Le paragraphe modèle · Sujet : Peut-on juger une autre culture ?

On pourrait croire que juger une autre culture suppose de disposer d’un critère universel, extérieur à toute coutume particulière. Montaigne montre que la plupart de nos jugements reposent en réalité sur l’habitude plutôt que sur la raison, et que la différence culturelle ne prouve donc rien quant à une différence de valeur ou d’humanité. On pourrait objecter que cette prudence conduit à ne plus pouvoir condamner aucune pratique, quelle qu’elle soit. Mais Montaigne continue pourtant de juger, avec des critères comme la cruauté ou la loyauté : le problème se déplace alors vers la question de savoir comment juger sans faire de sa propre coutume la mesure de toutes les autres.

Le geste : Distinguer relativiser son point de vue, ma culture n’est pas la seule possible, et relativisme absolu, aucun jugement n’est possible : Montaigne continue de juger avec des critères.

À confronter avec

Lévi-Strauss — l’ethnocentrisme dénoncé par Montaigne annonce-t-il directement la critique anthropologique de Lévi-Strauss, ou les deux démarches restent-elles de nature différente ?

Kant — faut-il décentrer entièrement son regard sur sa propre culture, comme Montaigne, ou chercher malgré tout un universel valable pour tous, comme Kant ?

Dans quels sujets

  • L’humanité est-elle universelle ?
  • L’universalisme est-il ethnocentrique ?
  • Qu’est-ce qu’un barbare ?

Vérifie que tu as compris

  1. L’humanité est-elle universelle ?
  2. Qu’est-ce qu’un barbare ?
  3. L’étranger est-il notre semblable ?

Pour viser plus haut

Distinguer relativiser son point de vue (ma culture n’est pas la seule possible) et relativisme absolu (aucun jugement n’est possible) : ce n’est pas la même chose.

ecg-humanite.frVerso · 2/2 · Aurlom

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