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Mary Shelley, Frankenstein : créer un être nous rend-il responsable de lui ?

Fiche texte · Mary Shelley · Frankenstein; or, The Modern Prometheus · première publication : 1818

Fiche texteL’humanité · Culture générale ECG 2026-27

Créer un être nous rend-il responsable de lui ?

Mary Shelley · Frankenstein; or, The Modern Prometheus · première publication : 1818

Ce que tu dois voir en lisant

La puissance de créer ne peut être séparée de la responsabilité envers ce que cette puissance fait entrer dans le monde.

À apprendre par cœur

« I ought to be thy Adam »

Le mouvement du texte

  1. D’abordVictor reconnaît avoir créé un être rationnel et avoir envers lui une obligation.
  2. EnsuiteLa créature demande une reconnaissance : une place, un semblable, un regard qui ne la rejette pas.
  3. EnfinVictor voulait le pouvoir de créer sans accepter la responsabilité du résultat.

La scène

Dans un laboratoire encombré d’instruments, un chercheur assemble patiemment un dispositif capable d’apprendre et de répondre presque comme le ferait une personne, guidé par la seule excitation de réussir l’expérience. Une fois le système mis en service et rendu accessible à d’autres, il retourne à ses propres travaux, sans plus se soucier des usages qu’en feront des inconnus ni des conséquences que ce dispositif produira dans des situations qu’il n’a jamais imaginées. Quand des incidents surviennent, provoqués par des réponses inadaptées ou blessantes du système, le chercheur affirme n’avoir fait qu’assembler un outil et rejette toute part dans ce qui advient ensuite. La bascule se joue dans cet écart entre l’enthousiasme du geste créateur et la disparition du sentiment d’obligation dès que la création commence à vivre sa propre existence dans le monde.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire

Frankenstein montre que la science est mauvaise.

Beaucoup trop simple.

Frankenstein est le monstre.

Frankenstein est Victor, le créateur, même si l’œuvre brouille ensuite la question.

ecg-humanite.frRecto · 1/2 · Aurlom
Fiche texteL’humanité · Culture générale ECG 2026-27

Créer un être nous rend-il responsable de lui ? · Mobiliser

Où ça se joue aujourd’hui

Systèmes autonomes

Des systèmes de plus en plus autonomes interagissent directement avec des personnes sans supervision constante de leurs concepteurs. Ce texte pose durablement la question de savoir à qui revient la responsabilité de ce que ces systèmes produisent une fois mis en circulation.

Choix avant la naissance

Des possibilités croissantes de sélectionner certains traits d’un enfant à venir posent la question de ce que l’on doit à un être dont on a délibérément choisi les caractéristiques. Cette question rejoint durablement celle que pose la créature de Victor à son créateur.

Projets abandonnés

Des concepteurs libèrent parfois une technologie dans le monde avant de se détourner des conséquences qu’elle produit ensuite, laissant d’autres en assumer les effets. Ce texte invite à se demander si la responsabilité d’un créateur s’achève réellement au moment où l’œuvre est terminée.

Le paragraphe modèle · Sujet : Le créateur est-il responsable de sa création ?

Victor Frankenstein reconnaît, une fois la créature vivante, avoir fait naître un être rationnel envers lequel il porte des obligations qu’il n’avait pas anticipées au moment de l’expérience. Cette reconnaissance tardive a une conséquence directe : la responsabilité du créateur ne s’arrête pas au moment où la création réussit techniquement, elle commence véritablement ensuite, dans la relation qui doit suivre. On objectera que la créature, devenue un agent capable de choisir et d’agir par elle-même, porte seule la responsabilité de ses actes violents, indépendamment de son origine. Cette objection ne dispense pourtant pas Victor de sa propre part, car l’abandon et le rejet auxquels il soumet la créature contribuent directement à façonner les conditions dans lesquelles elle en vient à agir. Le problème se déplace donc vers une question plus fine : jusqu’où la responsabilité du créateur peut-elle s’effacer devant l’autonomie croissante de ce qu’il a créé ?

Le geste : Distinguer la responsabilité du créateur pour les conditions créées et la responsabilité de la créature pour ses actes d’agent autonome.

À confronter avec

Rousseau — La créature naît-elle capable d’affection, ou porte-t-elle dès l’origine les passions destructrices qu’elle manifestera ensuite ?

Kant — Une créature rationnelle mais fabriquée peut-elle devenir une fin en soi, ou reste-t-elle un simple moyen ?

Dans quels sujets

  • La technique nous rend-elle plus humains ?
  • Le créateur est-il responsable de sa création ?
  • Une IA peut-elle être une personne ?

Vérifie que tu as compris

  1. La création technique augmente-t-elle notre humanité ou seulement notre puissance ?
  2. Le créateur est-il responsable de sa création ?
  3. Une IA peut-elle être une personne ?

Pour viser plus haut

Distinguer trois questions : peut-on créer ? doit-on créer ? que devons-nous à ce que nous avons créé ? La troisième est la plus oubliée, et la plus importante.

ecg-humanite.frVerso · 2/2 · Aurlom

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