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De officiis, une société du genre humain

Fiche texte · Cicéron · De officiis, livre I · 44 av. J.-C.

Fiche texteL’humanité · Culture générale ECG 2026-27

De officiis, une société du genre humain

Cicéron · De officiis, livre I · 44 av. J.-C.

Ce que tu dois voir en lisant

Cicéron se demande où commence réellement la communauté humaine : s’arrête-t-elle à la frontière de ma cité, ou raison et langage font-ils de tous les hommes les membres d’une société plus vaste ?

À retenir

Le premier principe de la société se trouve dans le lien unissant tous les membres du genre humain, lien que constituent la raison et la parole.

Le mouvement du texte

  1. D’abordPoser ratio et oratio : raison et parole ne sont pas de simples facultés individuelles, elles produisent du lien social.
  2. EnsuiteDécrire une sociabilité graduée : genre humain, peuple, langue, cité, parenté organisent des appartenances emboîtées.
  3. PuisPréciser qu’il s’agit d’une communauté sans institution : cette société du genre humain n’est pas un État mondial, mais un lien moral et rationnel.
  4. EnfinEn conclure que le premier principe de la société humaine tient dans ce lien commun, avant même toute appartenance particulière.

La scène

Sur la route qui mène à Rome, un voyageur croise un étranger épuisé, sans ressources et sans relation connue de lui ; rien ne l’oblige légalement à s’arrêter, mais il partage néanmoins un peu de son pain et lui indique un abri pour la nuit. Ce même voyageur réserverait pourtant une aide bien plus grande, presque automatique, à un parent ou à un concitoyen se trouvant dans une situation comparable. Cicéron ne voit aucune contradiction dans cette différence de degré : reconnaître à l’étranger une part d’humanité commune, fondée sur la raison et la parole, n’exige pas de lui devoir exactement ce que l’on doit à ses proches. Ce qui changerait tout, en revanche, serait de refuser à cet étranger jusqu’à cette reconnaissance minimale, en le traitant comme un être appartenant à une humanité différente de la sienne.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire

Cicéron invente les droits de l’homme.

Non : il pense une généalogie intellectuelle, pas une identité institutionnelle.

La Rome antique reconnaissait une égalité politique universelle.

Évidemment non.

ecg-humanite.frRecto · 1/2 · Aurlom
Fiche texteL’humanité · Culture générale ECG 2026-27

De officiis, une société du genre humain · Mobiliser

Où ça se joue aujourd’hui

Accueil et cercles concentriques

La question de l’accueil de l’étranger réactive la hiérarchie cicéronienne des cercles d’appartenance : peut-on légitimement privilégier ses proches et ses concitoyens sans jamais exclure l’étranger du lien moral le plus fondamental qui unit tous les hommes ? Cette tension entre préférence et reconnaissance universelle traverse encore aujourd’hui les débats sur la solidarité internationale.

Communautés numériques mondiales

Des échanges rendus possibles entre des personnes n’ayant en commun ni langue maternelle ni proximité géographique redonnent une actualité concrète à l’idée cicéronienne d’un lien fondé sur la raison et la parole. Reste à savoir si cette possibilité technique de communiquer produit réellement la reconnaissance morale que Cicéron attribuait à ce lien.

Devoirs envers les inconnus

S’interroger sur ce que l’on doit, très concrètement, à des personnes que l’on ne rencontrera jamais mais dont on sait qu’elles existent et souffrent quelque part reprend la question centrale du De officiis. La raison et le langage suffisent-ils à fonder un devoir envers qui nous reste totalement étranger ?

Le paragraphe modèle · Sujet : L’étranger est-il notre semblable ?

Répondre oui à cette question, comme le fait Cicéron, ne revient pas à effacer toute différence entre l’étranger et le proche, mais à situer leur ressemblance à un niveau plus fondamental que celui des liens familiers ou civiques. La conséquence de cette thèse est qu’aucun être humain, si éloigné soit-il par la langue ou les coutumes, ne peut être totalement exclu du lien moral que fondent la raison et la parole. On objectera que cette reconnaissance abstraite d’une humanité commune ne produit, en pratique, presque aucune obligation concrète tant qu’elle n’est adossée à aucune institution capable de la faire respecter. Cicéron accepterait sans doute cette limite : il ne prétend pas fonder un État mondial, mais seulement un principe moral qui rend condamnable toute exclusion totale de l’étranger du cercle de l’humanité. Le problème se déplace alors vers une question que Cicéron laisse ouverte : comment transformer une reconnaissance morale sans institution en devoirs effectivement contraignants envers ceux qui ne partagent avec nous ni cité ni parenté.

Le geste : Situer la ressemblance entre étranger et proche à un niveau plus fondamental que les liens civiques, sans les confondre.

À confronter avec

Aristote — La communauté politique organisée dans la cité épuise-t-elle tout ce que les hommes se doivent entre eux ?

Kant — Un cosmopolitisme moral peut-il se passer de toute institution mondiale pour devenir effectif ?

Dans quels sujets

  • Existe-t-il une seule humanité ?
  • L’humanité suppose-t-elle la fraternité ?
  • Faut-il préférer ses proches ?

Vérifie que tu as compris

  1. Existe-t-il une seule humanité ?
  2. L’humanité suppose-t-elle la fraternité ?
  3. Faut-il préférer ses proches ?

Pour viser plus haut

L’universel moral doit-il supprimer les préférences particulières ou seulement les empêcher de devenir des exclusions d’humanité ?

ecg-humanite.frVerso · 2/2 · Aurlom

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