← La fichothèque

La Peste, la solidarité sans garantie

Fiche texte · Albert Camus · La Peste · 1947

Fiche texteL’humanité · Culture générale ECG 2026-27

La Peste, la solidarité sans garantie

Albert Camus · La Peste · 1947

Ce que tu dois voir en lisant

Camus met en scène une épidémie qui ne promet ni salut ni victoire certaine : comment l’humanité peut-elle se prouver dans ce contexte, sans le secours d’un grand récit de sens ?

Le mouvement du texte

  1. D’abordPrésenter Rieux, qui refuse le vocabulaire de l’héroïsme et ramène son action à l’exercice honnête d’un métier.
  2. EnsuitePrésenter Tarrou, qui cherche à ne jamais être complice des logiques transformant des hommes en victimes acceptables.
  3. PuisMontrer que cette solidarité ne repose sur aucune garantie de sens, de salut ou de victoire.
  4. EnfinConclure que l’humanité se prouve dans la décision de continuer à soigner, non dans les grandes déclarations.

La scène

Chaque matin, le docteur Rieux prépare sa trousse, relit la liste des malades de la veille et reprend sa tournée dans une ville désormais fermée, sans savoir si l’épidémie reculera un jour. Un confrère pourrait, à sa place, se convaincre que rien ne sert de soigner des cas qui semblent perdus d’avance et cesser peu à peu ses visites, sans que personne ne puisse vraiment le lui reprocher. Rieux, lui, continue, non parce qu’il croit à une victoire certaine ou à une récompense finale, mais parce que la maladie ne cesse pas d’exister tant qu’il renonce à la combattre. La bascule tient tout entière dans ce choix quotidien et discret de reprendre la trousse plutôt que de la laisser fermée, sans qu’aucun discours héroïque ne vienne jamais l’accompagner.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire

Rieux est un héros exemplaire.

Il refuse explicitement ce vocabulaire.

L’absurde justifie l’inaction.

C’est l’inverse chez Camus : l’absurde n’autorise pas l’indifférence.

ecg-humanite.frRecto · 1/2 · Aurlom
Fiche texteL’humanité · Culture générale ECG 2026-27

La Peste, la solidarité sans garantie · Mobiliser

Où ça se joue aujourd’hui

Soigner sans certitude

Des personnels soignants confrontés à une situation sanitaire qui dure sans qu’on en connaisse l’issue illustrent, sans grande proclamation, la solidarité sans garantie que décrit Camus. Leur persévérance quotidienne pose la question de ce qui peut motiver une action lorsque aucune victoire n’est assurée.

Fatigue de la solidarité

Lorsqu’une crise se prolonge au point que l’élan de solidarité initial finit par s’essouffler, la question de Camus se pose avec plus de force encore. Que reste-t-il d’une conduite solidaire quand elle n’est plus soutenue par l’enthousiasme du début mais doit se maintenir seule ?

Refuser la complicité ordinaire

Refuser de participer, même modestement, à des pratiques qu’on sait nuisibles à d’autres, alors même que tout le monde autour semble s’en accommoder, reprend la position de Tarrou. Ne jamais être, même indirectement, du côté de ce qui fait souffrir.

Le paragraphe modèle · Sujet : Peut-on être humain sans espérance ?

Répondre que l’on peut être humain sans espérance semble d’abord contredire l’idée que toute action suppose un minimum de confiance en son issue favorable. Pourtant, la conduite de Rieux dans La Peste introduit une conséquence précise : il continue à soigner alors même qu’aucune promesse de guérison collective ne lui est jamais faite, ce qui dissocie l’action de l’espérance en un résultat garanti. On objectera qu’un tel comportement relève moins de l’absence d’espérance que d’une forme discrète d’espoir minimal, celui de soulager au moins une personne à la fois, sans se projeter plus loin. Camus semble accepter cette nuance : ce n’est pas l’espérance qui disparaît totalement, mais son horizon collectif et garanti, remplacé par une exigence beaucoup plus modeste et immédiate. Le problème se déplace alors de la présence ou de l’absence d’espérance vers son échelle : espérer sauver l’humanité entière n’est pas la même chose qu’espérer soigner le malade qui se trouve devant soi.

Le geste : Distinguer l’espérance en un résultat collectif garanti et l’espoir minimal attaché à un geste immédiat et concret.

À confronter avec

Arendt — L’action politique suppose-t-elle un monde commun, ou peut-elle se réduire à un geste individuel isolé ?

Kant — La dignité inconditionnelle exige-t-elle un devoir d’agir même sans aucune espérance de succès ?

Dans quels sujets

  • L’humanité est-elle une essence ou une conduite ?
  • Faut-il un sens pour agir ?
  • La solidarité est-elle un devoir ?

Vérifie que tu as compris

  1. L’humanité est-elle une essence ou une conduite ?
  2. Faut-il un sens pour agir ?
  3. La solidarité est-elle un devoir ?

Pour viser plus haut

L’humanité s’y définit non par une essence, mais par la décision de continuer à soigner dans un monde qui ne promet rien.

ecg-humanite.frVerso · 2/2 · Aurlom

Où en es-tu ?

Crée ton compte gratuit pour garder la trace de ce que tu as appris, sur tous tes appareils.

Ton geste est conservé : il s’applique tout seul dès que tu es connecté. Toutes les pages restent lisibles sans compte.