Aristote · Les Politiques · IVe siècle avant notre ère
Ce que tu dois voir en lisant
Aristote se demande ce qui distingue la communauté humaine des simples groupements animaux : pourquoi la cité n’est-elle pas un arrangement accidentel, mais l’accomplissement d’une nature ?
À apprendre par cœur
« l’homme est un animal politique »
Le mouvement du texte
D’abordPoser que la cité correspond à l’accomplissement d’une nature qui ne se réalise pas dans l’isolement.
EnsuiteIdentifier le logos comme critère : ce qui distingue la communauté humaine, c’est la délibération commune sur l’utile et le juste, non le simple cri animal du plaisir ou de la douleur.
PuisEn déduire que le tout précède la partie : un individu privé de toute communauté est privé de ce qui lui permet de s’accomplir.
EnfinConclure que l’homme est par nature un animal politique, destiné à la vie commune organisée.
La scène
Sur la place publique, un groupe de citoyens se rassemble pour décider si une nouvelle loi sur le partage des terres est juste ou non : certains prennent la parole, d’autres contestent, un vote finit par trancher. Rien de tout cela ne ressemble au cri que pousseraient des animaux devant une même ressource disputée, car chacun cherche à justifier sa position devant les autres plutôt qu’à s’imposer par la seule force. Si l’on retirait à cette assemblée la possibilité de discuter les raisons du juste et de l’injuste, en ne laissant subsister que la distribution brute des terres selon la force ou le hasard, la réunion perdrait exactement ce qui, pour Aristote, fait d’elle une communauté politique. C’est cette bascule, du cri partagé à la délibération argumentée, qui sépare pour lui un simple groupement animal d’une cité véritable.
Ce qu’il ne faut pas lui faire dire
Aristote dit que l’homme aime la politique.
Non, il parle de la cité comme communauté organisée, pas d’un goût pour les partis.
Aristote est un penseur de l’égalité universelle.
Le livre I comporte des hiérarchies que nous rejetons ; il faut le dire.
Être connecté à des milliers d’autres personnes sur un même espace numérique ne suffit pas à constituer une communauté politique au sens d’Aristote, si personne n’y délibère réellement sur ce qui est juste ou avantageux pour tous. La question devient alors de savoir si la connexion permanente rapproche ou éloigne d’une véritable vie commune organisée.
Isolement urbain et cité
Vivre dans une grande ville sans jamais participer à aucune décision collective qui concerne son quartier ou sa commune interroge la thèse d’Aristote. Peut-on encore parler d’accomplissement politique quand la proximité physique ne s’accompagne d’aucune délibération partagée ?
Expertise technique et juste
Confier des décisions collectives à des experts ou à des dispositifs automatisés, au nom de leur seule compétence technique, déplace la question aristotélicienne du logos. La capacité à calculer l’utile remplace-t-elle la capacité à discuter ensemble de ce qui est juste ?
Le paragraphe modèle · Sujet : L’homme est-il fait pour vivre en société ?
Soutenir que l’homme est fait pour vivre en société ne revient pas simplement à constater qu’il vit rarement seul, ce que d’autres espèces animales font tout autant. La conséquence de la thèse d’Aristote est plus précise : elle fait de la capacité à délibérer du juste et de l’injuste, et non du seul regroupement, le critère de la vie proprement politique. On objectera qu’un marché mondialisé relie aujourd’hui des millions d’individus dans des échanges d’une efficacité redoutable sans qu’aucune délibération commune n’y ait jamais lieu sur ce qui est juste. Cette objection ne réfute pas Aristote mais déplace le problème : un tel réseau d’échanges resterait, dans son vocabulaire, une coexistence utile plutôt qu’une communauté politique accomplie. La vraie question devient alors de savoir à quelles conditions concrètes une masse d’individus reliés peut redevenir une assemblée capable de délibérer, et non seulement un ensemble d’intérêts coordonnés.
Le geste : Distinguer coexistence utile et communauté politique accomplie à partir du critère du logos délibérant.
À confronter avec
Hobbes — La communauté naît-elle de l’accomplissement d’une nature ou de la peur d’une violence originelle ?
Rousseau — La vie en société accomplit-elle l’homme ou finit-elle par corrompre ce qu’elle devait développer ?
Dans quels sujets
L’homme est-il fait pour vivre en société ?
La société dénature-t-elle l’homme ?
L’humanité est-elle une communauté ?
Vérifie que tu as compris
L’homme est-il fait pour vivre en société ?
La société dénature-t-elle l’homme ?
L’humanité est-elle une communauté ?
Pour viser plus haut
Trois réponses : Aristote, la communauté accomplit une nature ; Hobbes, elle protège d’une menace ; Rousseau, elle peut aussi corrompre.
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