Le paragraphe modèle · Sujet : Une communauté humaine peut-elle tenir sans fraternité ?
On pourrait croire que la fraternité va de soi entre les hommes ; mais Hobbes montre qu’en l’absence de tout pouvoir commun, la seule proximité des désirs et des capacités suffit à faire naître la méfiance, puis la violence, entre des individus par ailleurs raisonnables. La conséquence est radicale : sans institution qui garantisse la sécurité de chacun, aucune coexistence stable n’est possible, quelles que soient les bonnes intentions individuelles. Rousseau objecte cependant que ce tableau suppose déjà, chez l’homme naturel, des passions comme l’orgueil ou la comparaison qui n’appartiennent en réalité qu’à l’homme social ; avant toute société, la pitié retient l’homme de nuire à son semblable sans qu’aucune loi ne l’y contraigne. Le problème se déplace alors : il ne s’agit plus de savoir si l’homme est bon ou mauvais par nature, mais de comprendre comment l’histoire sociale a pu transformer une disposition pacifique en source de conflits. La fraternité ne serait ainsi ni un fait acquis ni une pure fiction, mais une disposition qu’il revient aux institutions de cultiver ou d’étouffer.
Le geste : Partir d’une évidence supposée pour la faire vaciller par une objection, avant de la reformuler à un niveau plus exigeant.