Sartre décrit d’abord la rencontre d’autrui comme une menace pour ma liberté : le regard de l’autre me transforme en objet dans son propre monde, avant que je ne puisse à mon tour l’objectiver en retour. La conséquence est un rapport à autrui structurellement marqué par une forme de conflit des libertés, chacune cherchant à échapper à l’objectivation par l’autre. Levinas déplace la focale : le visage d’autrui ne me menace pas, il m’oblige, il m’assigne une responsabilité que je n’ai pas choisie et qui précède tout calcul de réciprocité. Le problème se déplace alors de la description d’un conflit vers la reconnaissance d’une exigence reçue avant même que je ne délibère. Ce que nous devons aux autres se comprendrait alors moins comme une négociation entre deux libertés que comme une obligation qui nous précède.
Le geste : Partir d’une description conflictuelle de la relation à autrui pour la faire basculer vers une exigence éthique plus radicale.