Hobbes
Thomas Hobbes · 1588-1679
Œuvre essentielle : Léviathan, 1651
Le problème qu’il affronte
Nous imaginons parfois que la violence vient d’abord de l’inégalité entre les hommes ; Hobbes commence presque à l’envers, en montrant que des êtres suffisamment égaux et concurrents peuvent, par simple méfiance réciproque, rendre leur coexistence dangereuse en l’absence d’un pouvoir commun.
Le raisonnement, pas à pas
- D’abordLes hommes sont suffisamment proches en force et en capacités pour qu’aucun ne puisse se croire définitivement à l’abri d’un autre : même le plus faible peut s’allier, surprendre, ruser ou attaquer pendant le sommeil.
- EnsuiteLorsque leurs fins entrent en concurrence, je peux avoir intérêt à attaquer parce que je crains que l’autre ne m’attaque : la violence peut naître de la méfiance réciproque, sans haine préalable.
- PuisL’état de nature n’exige pas un combat permanent, mais l’absence d’une sécurité suffisamment assurée, d’où une vie « solitary, poore, nasty, brutish, and short ».
- EnfinParce que les hommes possèdent aussi une raison capable d’identifier les conditions de la paix, mais qu’une promesse sans garantie ne suffit pas, un pouvoir commun devient nécessaire pour rendre la coexistence relativement sûre.
La scène qui fait tout comprendre
Deux groupes disposent chacun d’armes ; le groupe A pense n’avoir aucune raison d’attaquer B, mais ajoute que rien ne garantit que B raisonne de la même manière. B raisonne exactement comme A.
Chacun peut alors considérer l’attaque préventive comme prudente, alors que personne ne voulait initialement la guerre : la structure de la situation peut la produire.
Les deux contresens qui coûtent des points
L’état de nature fonctionne comme un dispositif philosophique permettant de comprendre ce qui se produit en l’absence d’un pouvoir commun capable de garantir les engagements et la sécurité, pas comme un récit historique ; les interprètes discutent d’ailleurs du statut exact que cet état prend chez Hobbes.
Il montre au contraire que les hommes peuvent avoir besoin les uns des autres sans s’aimer : la société politique peut se fonder sur la vulnérabilité, l’intérêt, la peur et la raison, sans exiger d’idéaliser les hommes.

