Freud
Sigmund Freud · 1856-1939
Œuvre essentielle : Malaise dans la civilisation, publié en allemand en 1930
Le problème qu’il affronte
Une certaine image classique présente l’homme comme un sujet rationnel, conscient, capable de se connaître et maître de ses décisions ; Freud complique profondément cette image et pose alors la question : la civilisation nous rend-elle meilleurs, ou se contente-t-elle de contenir ce qu’il y a de dangereux en nous ?
Le raisonnement, pas à pas
- D’abordNos actes, nos rêves, nos symptômes, nos lapsus et nos désirs peuvent exprimer des processus psychiques auxquels la conscience n’a pas directement accès : l’homme n’est pas totalement maître dans sa propre maison psychique.
- EnsuiteVivre ensemble suppose des limites : si chacun pouvait satisfaire immédiatement sa colère, sa sexualité, sa volonté de domination ou sa vengeance, la coexistence deviendrait rapidement impossible ; la civilisation produit donc règles, interdits et institutions.
- PuisFreud insiste avec force sur la présence de l’agressivité dans les relations humaines et refuse de représenter les hommes comme de simples créatures paisibles qui deviendraient violentes seulement si on les attaque ; il rejoint ici Hobbes, mais pose en plus un problème psychique : que devient l’agressivité lorsqu’on l’empêche de s’exprimer ?
- EnfinUne partie de l’agressivité est retournée vers l’intérieur : le surmoi surveille et juge le moi, comme une garnison intérieure, et ce mécanisme produit la culpabilité.
La scène qui fait tout comprendre
Dans un service où règne une hiérarchie stricte et où toute manifestation de colère envers un supérieur est impensable, un employé rentre chaque soir tendu, irritable avec ses proches sans qu’il sache toujours pourquoi. Le jour où on lui fait remarquer cette tension, il répond d’abord qu’il n’a « aucune raison d’être en colère », avant de reconnaître, après un silence, qu’il ressasse depuis des semaines une remarque de son supérieur qu’il n’a jamais pu contester ouvertement.
La scène bascule alors sur le terrain freudien : l’agressivité empêchée de se décharger sur son objet initial ne disparaît pas, elle se déplace vers d’autres cibles ou se retourne contre le sujet lui-même, exactement le mécanisme que la civilisation, selon Freud, généralise à grande échelle.
Les deux contresens qui coûtent des points
Sa conception de la vie psychique comporte aussi les forces de liaison, d’attachement et d’Éros : l’homme n’est ni pur amour ni pure destruction, il est traversé par des forces contradictoires.
Elle la contient et la déplace, notamment en la retournant contre le sujet sous forme de culpabilité : le malaise est le prix de cette contrainte, non sa disparition.

