Darwin
Charles Darwin · 1809-1882
Œuvre essentielle : The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex, 1871
Le problème qu’il affronte
Avant Darwin, la question était : qu’est-ce qui sépare radicalement l’homme des animaux ? Après lui, il devient impossible d’ignorer une autre question : comment les caractéristiques humaines ont-elles émergé au sein de l’histoire du vivant, et existe-t-il malgré tout une rupture absolue entre homme et animal ?
Le raisonnement, pas à pas
- D’abordL’être humain possède une ascendance évolutive : Darwin conclut que l’homme descend de formes de vie antérieures moins organisées, en s’appuyant sur les ressemblances anatomiques, embryologiques et autres continuités avec le reste du vivant.
- EnsuiteContinuité ne signifie pas identité : l’être humain possède des capacités extraordinairement développées — langage, abstraction, conscience réflexive, transmission culturelle, techniques complexes, morale, institutions.
- PuisDans les conclusions de The Descent of Man, Darwin soutient que les pouvoirs mentaux des animaux supérieurs et ceux de l’humanité présentent une continuité, même s’ils diffèrent considérablement en degré.
- EnfinIl écrit que les qualités morales ont leur fondement dans les instincts sociaux, tout en soulignant l’importance chez l’homme de la réflexion sur ses actions passées et futures ; mais une explication biologique de notre origine ne suffit pas à résoudre la question de notre valeur morale.
La scène qui fait tout comprendre
Dans un centre de recherche, des chercheurs observent un groupe de corbeaux fabriquer un outil à partir d’une branche pour atteindre une nourriture inaccessible, puis transmettre ce geste à d’autres individus du groupe par simple observation. Un visiteur s’exclame que ces oiseaux « pensent presque comme des humains », tandis qu’un chercheur nuance : la fabrication d’outils existe chez plusieurs espèces, mais aucune n’a développé de langage articulé capable de discuter abstraitement de la méthode elle-même.
La discussion bascule alors sur le terrain darwinien : faut-il dire que ces oiseaux possèdent un peu de ce que l’homme possède beaucoup, ou que l’accumulation de telles capacités finit, à un certain seuil, par produire une différence de condition plutôt qu’un simple écart de degré ?
La distinction qui sert partout · Fait ou valeur ?
Fait
Que sommes-nous biologiquement ?
Valeur
Quel statut moral accorder aux êtres ?
Les deux contresens qui coûtent des points
La pensée évolutive porte sur une histoire de filiation et d’ancêtres communs, pas sur l’idée qu’un chimpanzé contemporain se serait transformé en être humain.
Elle décrit des variations retenues par la survie et la reproduction, sans finalité ni sommet : la supériorité humaine n’en est pas une conclusion.

